3. UNE CIVILISATION A LA DÉRIVE

 

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La Foi

La raison, à elle seule, peut montrer l'existence de Dieu. Il est raisonnable de penser, comme Voltaire à propos de l'univers, que l'horloge ait un horloger. Saint Paul affirme que l'idée de Dieu créateur est accessible à la raison droite. Au moins de cette façon, l'homme est un animal religieux. Voltaire était déiste. Était-il pour autant croyant ? Être croyant, c'est penser que l'Horloger s'intéresse à l'horloge. C'est le contenu même de la Révélation.

La Bible. disait le père Panaget, vicaire à Saint-François-Xavier, peut se résumer en quelques mots un peu mystérieux de prime abord : " Veux-tu bien ? ". Dans la Bible, c'est l'homme qui écrit mais c'est Dieu qui parle. Celui-ci nous dit : " Veux-tu bien de moi, veux-tu bien de ma divinité? ". Il fait le premier pas. Il ne peut respecter davantage notre liberté. Il ne peut donner davantage, puisqu'il est Tout. Cette offre, c'est l'Alliance proposée à Noé, à Abraham, à Moïse, à tous et à chacun. Ce qui est proposé ainsi, ce sont les épousailles de l'âme.

La raison débouche sur une idée, la foi sur une personne. La foi n'est pas une idéologie, une construction humaine mais l'adhésion à l'Être même, vérité et vie, comme nous l'apprend la Révélation. La raison n'a rien à perdre avec la foi puisque elle agrandit son domaine. À l'inverse, la foi sans la raison, le fidéisme, est incomplète. Le curé de Loigny-la-Bataille parlait du bonheur de l'intelligence, car l'on ne peut concevoir la foi sans la raison, toutes deux étant faites pour la vérité. Notre bonheur est dans la dépendance de celle-ci. La plus belle des prières est celle dont parlait un ancien aumônier de l'Armée de l'air : "Demander Dieu à Dieu" ". Nous ne pouvons demander davantage et il n'y a que Dieu qui puisse donner Dieu, même si la prière passe par les saints, qui lui sont proches.

On ne se sauve pas soi-même. On ne peut prendre Dieu, disait le Père Varillon, on ne peut que le recevoir. Le péché est de vouloir se faire Dieu, ou de se passer de lui, alors que nous n'avons pas d'autre bonheur que lui.

La première des Béatitudes est la reconnaissance de cette dépendance, celle de la pauvreté de l'esprit, ou bien encore, et c'est la même, celle de l'enfance spirituelle de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Par cette Béatitude nous viennent toutes les autres :

douceur, pureté, miséricorde, puisque par elle nous nous revêtons de Dieu lui-même. Toute la création est faite pour Dieu et pour l'homme de façon éminente puisque, s'il y consent, l'homme est appelé à partager la vie divine. Il n'est fait que pour ça. La Bible nous dit que Dieu fit l'homme à son image. Cette Révélation est admise par les trois grandes religions monothéistes : juive, chrétienne et musulmane.

Le mystère fondamental du christianisme est celui de la Trinité avec l'incarnation de la deuxième personne divine. Par là, il se distingue de toutes les autres religions, même monothéistes. Dieu, infiniment loin, se fait infiniment proche. Tout-puissant, il se veut faible : le " Veux-tu bien " prend ici tout son sens. Dieu non seulement donne en créant, mais se donne en recréant. La re-Création est ainsi plus grande que la Création.

En s'incarnant, Dieu passe par le stade le plus humble et le plus dépendant qui soit, celui d'embryon. Nous le savons par les Écritures (Luc 39-45), puisque aussitôt après l'Annonciation, la Vierge quitte à la hâte Nazareth pour retrouver, à 72 kilomètres de là, à Ain Karim près de Jérusalem, sa cousine Elisabeth. Celle-ci la salue du nom de mère de Dieu. Jésus, à ce moment là, n'avait que quelques jours de vie. Dieu lui-même s'est fait embryon, conférant à celui-ci une singulière dignité. Plus qu'un autre, un chrétien lui doit attention, amour et respect, à l'égal d'un petit Christ.

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La Conscience

Elle est la connaissance que nous avons de nous-mêmes et du monde extérieur depuis celle, élémentaire, de l'état de veille jusqu'à celle, la plus élevée, qui nous permet de juger de la valeur des choses, de nos actes et de ceux d'autrui. De la première, la plus basse, on pourrait dire qu'elle est animale et de la deuxième, la plus élevée, qu'elle est spirituelle et religieuse. Cette dernière est si élevée qu'elle peut, au-delà même de l'intelligence et de l'affectivité nous mettre en présence de la divinité. Quand il est dit dans la Bible que l'homme a été fait à l'image de Dieu, c'est d'elle dont il s'agit.

Faculté la plus haute de l'homme, est-elle pour autant absolue comme le disait le vicaire savoyard de Rousseau? " Conscience, conscience... instinct divin, juge infaillible du bien et du mal " (Émile IV). Ce serait oublier notre condition humaine, fragile et dépendante. Notre conscience est peu stable. Elle varie avec le sommeil, l'âge, la fatigue, l'infirmité, les épreuves, la maladie. Elle peut être obscurcie, exaltée, enivrée, droguée ou hallucinée ; mais aussi apaisée, grandie, affermie. Elle doit être préparée, formée, éclairée. Paul VI disait de la conscience qu'elle n'est pas elle-même la lumière, mais l'œil qui reçoit la lumière.

La conscience juge, mais elle n'est pas infaillible. Elle apprécie le bien et le mal, le vrai et le faux, mais elle ne peut en décider. Le pouvoir est réservé à Dieu. Au paradis, Adam et Ève pouvaient prendre les fruits de tous les arbres, sauf ceux de la connaissance du bien et du mal (Gen Il, 16-17). Le péché consiste précisément à décider soi-même du bien et du mal. La conscience s'éclaire à la vérité, mais elle n'est pas elle-même la vérité, elle en est la connaissance. Si elle est la plus haute faculté, elle repose sur toutes les autres (attention, mémoire, intelligence, affectivité, amour, volonté, liberté) et elle les éclaire en retour. Toutes dépendent de la vérité. Mais pour cette raison, la liberté de conscience ne peut être un absolu. Une chose est frappante : quel que soit le tribunal ou la cour d'appel, le président ou les assesseurs, le procureur ou les avocats de la partie civile, à un moment ou à un autre, le plus souvent in fine, on nous dit : "Vous avez vos convictions et votre conscience. Nous les respectons. Pensez que d'autres n'ont pas nécessairement les mêmes. Vous n'avez pas à les imposer " et l'on ajoute " Nous sommes dans un État laïc et pluraliste. "

Ces arguments n'ont de la logique et du respect d'autrui que l'apparence. Que l'État soit laïc et pluraliste et quelle que soit l'opinion que l'on en ait, l'avortement n'est pas affaire de conviction, c'est un meurtre. L'avortement-problème de conscience celle-ci entendue comme souveraine a été le leitmotiv des hommes politiques, comme de ceux de la rue. Il a été et reste l'expression de la liberté de chacun. C'est oublier au moins le principal intéressé, la victime elle-même, incapable de se défendre.

Quand Grégoire XVI, en 1832, condamnait les idées libérales dans l'encyclique Mirari vos- il condamnait la liberté de conscience absolue, mais non celle de la conscience droite. Tout le mal vient du subjectivisme qui rapporte la vérité à soi. Avec lui, l'homme pense se faire Dieu ou s'en passer. L'illusion est totale. On sait bien que l'on ne peut pas se substituer à Dieu pas plus qu'à la réalité, on ne peut que les recevoir, et il est mortel de les ignorer. La vie n'est pas affaire de conviction dictée par la conscience, elle est une réalité et un don.

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LA LIBERTÉ

Telle que nous la montre la raison, la liberté est une indépendance, un choix, un jeu ou une gratuité. Le foisonnement des astres, celui de la vie végétale et animale qui se perpétue sous nos yeux, témoignent d'une immense prodigalité, celle d'une liberté créatrice aux possibilités que l'on pourrait croire infinies.

À propos du jeu d'une articulation, on parle de degré de liberté. Ainsi, l'articulation de l'épaule, la plus mobile, a de nombreux degrés de liberté, alors que celle du genou n'en a qu'un, celui de la flexion-extension. La liberté d'une articulation est limitée par le jeu des surfaces en présence et par la contention de la capsule et des ligaments qui l'entourent. C'est que précisément, en même temps qu'une indépendance, la liberté est une dépendance car il y a un ordre des choses.

L'ordre est cette permanence de la vérité que recherche la raison : la liberté passe ainsi nécessairement par la vérité et la connaissance de celle-ci. J'en ai souvent parlé avec les étudiants en disséquant les cadavres. Chez l'homme, l'opposition du pouce par rapport à d'autres doigts de la main a beaucoup d'importance car elle permet de saisir les objets avec force et précision. Peut-on ignorer le nerf destiné à cette fonction ? Serions-nous libres de le faire ? Tous en convenaient. Ils seraient d'autant plus libres comme étudiants médecins chirurgiens qu'ils connaîtraient mieux l'anatomie et la physiologie de la main.

La liberté se nourrit de la vérité. Il n'en est pas autrement dans l'ordre surnaturel, car la vérité est une. Sinon serait-elle encore la vérité ? Ici c'est Dieu dont on peut se demander s'il n'est pas lui-même jeu entre les trois personnes de la Trinité et si, en nous créant, il n'a pas cherché à avoir des compagnons de jeu. Et en même temps, les trois personnes divines dépendent tellement les unes des autres qu'elles ne font qu'un.

En nous créant, Dieu a limité sa Toute-Puissance. Le Père Varillon disait : " Dieu lui-même n'est pas tout puissant parce que, ayant créé l'homme libre, il a mis une limite à sa Toute-Puissance. Alors Dieu n'est pas tout-puissant ? Il est amour tout puissant.

Dans la Révélation, il se fait humble, presque suppliant, lorsqu'il nous propose son Alliance et davantage encore quand il se fait l'un d'entre nous. Un tableau de Murillo nous montre la liberté de l'homme, vue de Dieu. Le sujet est le départ de l'enfant prodigue. L'artiste représente le père imposant, bienveillant, assis derrière une table. Devant celle-ci, l'enfant prodigue en habit de voyage, prêt à partir, se dispose à prendre les titres, l'or et l'argent de son héritage, que lui désigne largement son père. Le plus remarquable est le regard du père dans lequel on devine une anxiété. Quel usage son fils fera-t-il de sa liberté?

La réponse est donnée par Pascal dans un petit ouvrage intitulé Du bon usage des maladies. Il dit ceci :

" Le seul bonheur véritable est d'aimer librement Celui qu'il nous faut nécessairement aimer ". La nécessité où se trouve la liberté lui vient de la vérité. Tout dépend de celle-ci. Le Christ disait " La vérité vous rendra libres " (Jean 8-32). Si l'ordre est la permanence de la vérité et l'amour le don, la liberté en est l'aisance.

Tout est renversé avec la liberté révolutionnaire. Il n'y a pas de vérité, ou s'il y en a une, c'est l'homme qui la définit. Il n'y a plus ni nécessité ni dépendance. L'homme s'affranchit à la fois de Dieu et des lois naturelles. Il ne dépend que de lui-même, et l'aisance est précisément cette absence de dépendance. La liberté. n'est plus qu'une indépendance. Par elle, l'homme choisit non ce qu'il doit mais ce qu'il veut.

Ni Dieu ni maître. Prise à la lettre, cette formule n'a pas de sens. Les étudiants athées de la faculté le reconnaissaient. L'un d'eux disait : " Je suis libre, mais si je nie la pesanteur et que je me jette par la fenêtre et m'écrase par terre, c'est au prix de ma liberté et de mon existence. "

L'acte libre n'est pas l'acte insensé, ni l'acte gratuit d'André Gide. Remarquons que la victime de l'acte gratuit n'en était pas l'auteur mais son voisin, un inoffensif voyageur. Sont ainsi niées la liberté et l'existence de l'autre. Il en va de même pour l'avortement avec cette différence qu'ici la victime est un petit voyageur et l'auteur de l'acte, sa mère.

Toute la lutte en faveur de l'avortement s'est faite au nom de la liberté : " Choisir ", " Avortement libre et gratuit ". Étrange liberté qui ne concerne que la femme alors que le premier concerné est l'enfant qui va disparaître. Pour les besoins de la cause, son existence est niée (" Liberté des femmes à disposer d'elles-mêmes" ; "Mon corps m'appartient" ) ou son humanité contestée (" Embryon pré-humain" ; " Personne potentielle" ) Liberté qui ne concerne pas plus l'entourage, le père de l'enfant, les ascendants, les collatéraux, la fratrie ou la collectivité toute entière. Pourtant, l'enfant est membre d'une famille et d'une société.

Étrange liberté pour la femme, celle qui l'affranchit de sa propre nature de mère, gardienne du foyer, source d'attention et de tendresse. Elle ne règne plus que sur des cendres éteintes. Liberté où elle fait sentir son pouvoir, mais qui l'éloigne de Dieu, de tous et d'elle-même et la conduit à l'irréparable dont elle portera la marque toute sa vie. Liberté infernale qui la fait échapper à la nécessaire vérité et à l'amour qui était en elle. Un moment, sur les murs, on voyait cette affiche terrible de Laissez-les vivre, avec cette inscription : "Maman, nous nous serions tant aimés".

 

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LA TOLÉRANCE

La tolérance est une indulgence, une excuse pour l'auteur d'une erreur ou d'une faute. Elle vient du latin tolerare, supporter Elle est une bienveillance, une espérance, un respect de l'autre. Elle n'est pas une indifférence, mais une patience. Elle est le contraire d'une exigence, elle adoucit les contours. La tolérance n'est pas la liberté, mais l'attente de celle-ci. Saint Paul disait : " Supportez-vous les uns les autres. Parents, n'exaspérez pas vos enfants. "

Mais, comme la non-violence, la tolérance n'est pas véritablement évangélique. Elle n'est pas une béatitude. Elle n'a pas la profondeur de l'amour et de la miséricorde, ni celle du don et du pardon. La tolérance est à mi-chemin de la vertu, mais comme toute qualité, elle ne reste elle-même que si elle s'accroche à la vérité.

Tout change avec la tolérance révolutionnaire. Avec elle, s'opère un glissement de l'indulgence pour l'auteur de la faute à l'indulgence pour la faute elle-même, ce qui revient à la négation de la faute et, en fait, à la négation de la vérité elle-même. C'est la vérité qui devient intolérante, à moins que ce soit vous ou moi qui la définissions. Désormais, il n'y a plus de vérité, il n'y a que des vérités. La tolérance révolutionnaire n'est plus objective mais subjective. Par là même, elle signe son origine. Elle parle ainsi :

· Si vous dites que l'avortement est un meurtre, vous êtes intolérant; c'est votre vérité. Elle est respectable, mais vous n'avez pas à l'imposer.

· Mais si vous dites que l'avortement est un problème de conscience, vous êtes tolérant car vous respectez chacun dans sa vérité et dans la conviction qu'il en a.

Parler ainsi, c'est rendre hommage à la conscience mais c'est nier, ou noyer l'évidence (l'avortement est un meurtre) et rappeler la vérité n'est pas l'imposer :La vérité ne peut que s'imposer d'elle-même. La tolérance subjective dénature la tolérance. Elle est un mensonge. Fausse douceur, elle n'est plus une indulgence mais une complaisance. Fausse fraternité, elle n'est plus une patience mais une indifférence et c'est cette désossée qu'on exalte en hymne au pluralisme. Coupeuse de têtes, comme la liberté et l'égalité, elle est redoutable car elle donne bonne conscience. On le voit avec l'avortement.

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Violence et non-violence

Le terme de violence dérive du latin, vis, la force. La force est une vertu, elle est l'âme de la volonté, elle est la puissance de la vérité : on ne peut la concevoir sans la lumière, ni la lumière sans elle. Sans la lumière, la force est aveugle, sans la force, la lumière est vaine.

La violence est une force explosive. Elle n'est légitime que dans certaines limites, maîtrisée et dirigée, elle aussi, vers le bien et la vérité. Elle peut être dangereuse. Facile au début si on a l'initiative, elle est contagieuse. La violence appelle la violence. Elle peut emporter celui qui la commet, comme celui qui la subit; au point de faire oublier sa raison d'être. Non contrôlée, elle dégénère. Mise au service du mensonge, du crime et de l'injustice, elle est dévastatrice. Mise au service du bien, elle est précieuse. Comme le geste décisif du chirurgien, la correction d'une faute peut nécessiter une violence proportionnée, salutaire (comme, aussi, la prison pour un voleur, la correction d'un enfant ou la correction de soi-même).

Dans l'Ancien Testament, la colère divine se manifeste à maintes reprises contre un peuple rebelle. Les prophètes et jusqu'au dernier d'entre eux, Jean-Baptiste en témoignent. Le Christ lui-même a usé de violence. On le voit durcir son visage, interpeller très vivement les pharisiens et même ses disciples, renverser les tables des changeurs du temple, brandir le fouet, comme enflammé de l'amour du service de son Père. Mais il désamorce lui-même la violence lorsqu'il nous recommande de ne pas répondre à celle-ci (même injuste) par une autre violence et d'être prêt à la subir et à l'accepter comme lui-même l'a fait sur la croix. Il consent à son propre sacrifice par amour de la vérité et de ses ennemis.

La non-violence est une expression négative. Elle est étrangère, pensons-nous, à l'Évangile et à la réalité. Certains, comme Lanza del Vasto, ont voulu l'accommoder aux Béatitudes, mais elle en diffère profondément. D'une certaine façon, et pour nous arracher à la pesanteur, la violence est dans les Béatitudes. Elle est dans la pauvreté de soi, dans la souffrance de la persécution, dans la recherche de la pureté, de la miséricorde, et même de la douceur et de la paix. Le Royaume des cieux appartient à ceux qui lui font violence (Luc, 16,16).

D'autre part, la non-violence, pas plus que la violence, n'a de sens en elle-même. Les Béatitudes ne sont pas qu'une ascèse ou un détachement, mais d'abord surtout un attachement. Heureux les pauvres en esprit. Heureux les doux, heureux les pacifiques. La vie divine est l'amour de Dieu, des autres et de sa création, avant d'être un oubli de soi. Elle n'est pas une extinction mais un brasier.

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Le subjectivisme

La conscience est exaltée comme absolu, la liberté comme indépendance. La tolérance vaut aussi bien pour le fautif que pour la faute. Il y a des droits sans devoirs, car tout est dû. Il n'y a pas d'obéissance car si l'on obéit, c'est à soi-même. La science est accommodée ou contrefaite suivant les besoins on déclare scientifique ce qui n'est qu'un habillage, comme Marx avec le matérialisme. La loi n'a d'autre fondement qu'une majorité d'opinions variables et façonnables à gré.

Il n'y a pas de vérité objective, éclatante et une, mais neutre et plurielle. Il n'y a que des façons de voir. Seul compte le sujet individuel ou collectif. C'est lui qui décide de l'ordre naturel et surnaturel, du vrai, du beau et du bien. Il n'apprécie pas l'objet, il se substitue à lui.

Le subjectivisme touche tous les domaines, religieux, spirituel, moral, philosophique, social, politique, économique, scientifique. Il est de toutes les époques. Apparu avec l'homme il se confond avec le péché originel qui est le refus de dépendance de la vérité —, il mourra avec lui.

On le voit :

·  · Chez les sophistes grecs,

· Les gnostiques aux premiers siècles,

· Les nominalistes au moyen âge,

· Avec le protestantisme et la Renaissance,

· Chez Descartes,

· Chez les libertins au Grand siècle,

· Au temps des Lumières avec la franc-maçonnerie,

· Chez Rousseau (conscience, conscience !),

· Chez Kant (avec la révolution copernicienne, où tout tourne autour de soi ; et avec l'impératif catégorique),

· À la Révolution et dans ses descendances socialiste,

laïque, marxiste, anarchiste, libérale et démocratique,

·  · Chez les existentialistes (on se crée soi-même)

· Dans la tendance moderniste de l'Église et dans le New-Age véritable self-service où l'on se trompe soi-

même.

L'avortement n'échappe pas à la règle. On le présente, non comme un meurtre, ce qu'il est, mais comme une libération et une dignité ce qui est une erreur ou un mensonge. Maladie de l'intelligence qui refuse la libre soumission à la vérité, le subjectivisme est à la lettre une schizophrénie : " rupture du contact avec la réalité, tendance à se renfermer dans un monde intérieur ". Folie, illusion, enfermement, ses risques sont mortels tant pour l'individu que pour la société. On ne peut nier la réalité ni indéfiniment ni impunément. Si les faits ont tort, ils sont aussi têtus.

Le positivisme à l'inverse du subjectivisme admet et recherche l'ordre des choses. Aux droits il ajoute les devoirs, mais arrête son élan vers toute transcendance, emportant ainsi le principe de causalité qu'il appliquait à l'étude du monde observable. Alors que le subjectivisme conduit à l'athéisme, puisque Dieu c'est soi-même, le positivisme mène à l'agnosticisme où Dieu ne peut être connu ni par la raison ni par la Révélation. Jean Daujat disait " Seul le saint est extraverti" ". On pourrait dire, aussi en changeant à peine un mot "seul le sain est extraverti."

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LE PÉCHÉ ORIGINEL

Au Paradis, le fruit défendu est celui de la connaissance du bien et du mal. Le prendre, c'est vouloir décider par soi-même de l'un et de l'autre, c'est s'attribuer ce qui n'appartient qu'à Dieu. " Vous serez comme des dieux " avait dit le serpent (Genèse 3, 4). Ce mensonge est celui du subjectivisme.

Satan s'est adressé à Éve plutôt qu'à Adam, non parce qu'elle était la plus faible mais, au contraire, parce que la femme c'est l'enfant, l'amour dont elle l'entoure, le foyer, l'éducation, la permanence. Qui tient la femme, tient toute la société. Qui corrompt la femme, corrompt la société. Lénine ne pensait pas autrement.

Dieu lui-même s'est adressé à une femme pour l'Incarnation de son fils, demandant son consentement à une Vierge. Ainsi la chute et la Rédemption passent par la femme. Les ténèbres et la lumière se la disputent. Elle est l'enjeu de la création et de la recréation. Elle, et sa fécondité, sont les ennemis jurés de Satan. " Le dragon de l'Apocalypse se tenait devant la femme qui allait enfanter, afin de le dévorer dès sa naissance." (Ap. 12,4).

En tuant son propre enfant, la femme accomplit un acte contre Dieu et contre sa propre nature. L'avortement est toujours un crime. Mais je ne veux pas parler ici tellement de l'avortement fait par désespoir, par misère, ou même par désarroi, que de celui délibéré, fait en vue d'un changement de société. Le coupable est à son tour victime, instrument inconséquent d'une révolution. Or celle-ci appelle au crime en connaissance de cause.

Voici ce que dit le Planning Familial (MFPF) dans son dossier de présentation de juin 1978 : " Nous militons pour la contraception et l'interruption de grossesse ni par malthusianisme, ni pour améliorer l'état sanitaire de la population [mais pour] contester des comportements et des situations traditionnelles. "L'avortement devient un acte révolutionnaire. Il est un crime contre Dieu. En haine de Dieu et de sa création, on tue l'enfant. Le péché était jusque-là individuel, le voilà maintenant collectif. L'avortement devient un parricide. On se souvient que la Révolution française fut déicide, avant d'être régicide et terroriste.

L'avortement est le chef-d'oeuvre de la Révolution. Il en est l'outil le plus destructeur. Il est la clef du retournement des esprits. Son cortège est celui de la libération des mœurs : contraception, pornographie, homosexualité, pédophilie.

La pesanteur et la grâce : la pesanteur c'est notre moi et le refus d'en sortir. La grâce, c'est la vie divine. Nous invitent à la pesanteur : une partie de nous-mêmes, la déraison, la tentation avec tous ses chantres nominalistes, marxistes, francs-maçons, existentialistes qui se renouvelleront sous d'autres noms jusqu'à la fin des temps. Nous invitent à la vie divine : la meilleure part de nous-mêmes, la raison droite, le Saint-Esprit, la Révélation et l'Église qui en est le dépôt sacré.

Dieu pardonne aux hommes tout péché, tout blasphème, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné (Matthieu 12,31). Quel est ce péché contre l'esprit ? Ne serait-il pas le refus du pardon ? Dieu ne peut nous sauver malgré nous, ou contre nous. Il respecte notre liberté. C'est lui qui l'a faite.

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La laïcité chrétienne traditionnelle

Deux phrases du Christ définissent les rapports des pouvoirs temporel et spirituel. L'une célèbre, à propos de l'impôt dû aux autorités civiles : " Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. " L'autre moins connue ou moins reconnue, prononcée devant le tribunal de Pilate : " Tu n'aurais pas de pouvoir sur moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut ". (Jean 19, 11)

La première phrase indique la distinction des pouvoirs et la deuxième leur hiérarchie. Distinction et non séparation, car une séparation abolirait toute dépendance.

Subordination du pouvoir temporel au pouvoir spirituel et non l'inverse. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu? Mais tout est à Dieu. Quel domaine en effet, à part celui de notre liberté, pourrait lui échapper? Et n'est-ce pas Lui qui a voulu notre liberté ? Dieu ne règne pas seulement sur les individus mais aussi sur les collectivités, peuples, nations, générations, races, royaumes, tribus et cités à condition que les individus, les peuples, les nations le veuillent bien.

L'affirmation dans la Bible et dans la tradition en est constante : Alliance de Dieu avec le peuple d'Israël ; intervention d'Abraham en faveur de Sodome et Gomorrhe ; Jonas et Ninive ; Tyr et Sidon jugés moins sévèrement que Chorazaim et Bethsaïde ; pleurs de Jésus sur Jérusalem ; et à la fin de l'Évangile de saint Matthieu, l'envoi en mission : " Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. "

N'est-ce pas là le baptême de la France dont parlait Jean-Paul Il ? Conçoit-on sainte Geneviève, saint Louis, Jeanne d'Arc sans la politique?

L'homme n'a véritablement d'existence que par sa vie sociale : La Révélation intéresse ainsi nécessairement l'homme entier, privé et public. L'Église, à son tour, enseigne une doctrine sociale. On doit affirmer en cela comme pour le reste le droit divin en politique. Il en est le fondement et l'aboutissement. On doit affirmer la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ. Certes, elle n'est pas de ce monde, ni selon ce monde. Elle est au-delà de ce monde, avant et après lui, mais aussi en lui et ceci de façon éminente puisque le fils de l'homme s'est incarné : son domaine est celui des âmes et des institutions, celles-ci guidant celles-là.

Les institutions sont dans la société les gardiennes de la vérité et de la justice. On se relève du péché, " mais on ne se relève jamais du sacrifice des principes" écrit Mgr Freppel. " Les convictions peuvent fléchir à un moment donné et les mœurs publiques recevoir quelque atteinte du vice ou du mauvais exemple, mais rien n'est perdu tant que les vraies doctrines restent debout dans leur intégrité. Avec elles, tout se refait tôt ou tard, les hommes et les institutions, parce qu'on est toujours capable de revenir au bien lorsqu'on n'a pas quitté le vrai. "

Qu'en est-il pour l'incroyant ? Peut-il adhérer à un droit dont il ne connaît ou ne reconnaît ni l'énoncé ni l'origine ? Peut-il souscrire à une royauté et à une notion de péché qui lui sont étrangères ? Ce qui a été dit de l'âme et de l'institution vaut pour lui de la même manière. Il y a pour lui, comme pour le croyant, un droit naturel, défini par la raison droite et la bonne volonté, à la recherche de la vérité et de la justice, fondements de la vertu et du bien commun. Croyant ou incroyant, l'homme privé ou public, n'est fait que pour la vérité. Nul ne peut s'y soustraire en conscience. Foi et raison reposent sur le principe d'objectivité, correspondant aux réalités surnaturelles et naturelles. Mais alors que la vérité est donnée en plénitude par la Révélation, elle ne peut qu'être approchée par la raison seule.

On ne peut mieux résumer la pensée traditionnelle de l'Église sur les rapports des pouvoirs temporel et spirituel, que par cette phrase du père Hazeman, ancien recteur de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre : La politique est à César mais tout est à Dieu, même César, même la politique. Cette définition correspond à la " saine laïcité" dont parlait Pie XII qui distingue les pouvoirs temporel et spirituel sans les séparer et reconnaît le droit divin en même temps que le droit naturel.

Il ne peut s'agir de théocratie. Il n'en reste pas moins que tout pouvoir vient de Dieu, manifesté chez les rois de France par le sacre. Il ne s'agit pas davantage de cléricalisme, empiétement du spirituel sur le temporel, ou abus de pouvoir des clercs. Pour les ministres de Dieu comme pour les laïcs, le pouvoir est un service.

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La laïcité révolutionnaire

La laïcité révolutionnaire ou le laïcisme, sa forme de combat est à l’opposé de la conception chrétienne des rapports de l’Église et de l’État. Valeur suprême de la République, source des lois, la laïcité est inscrite en tête de la Constitution.

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, elle n’est pas la séparation de l’Église et de l’État mais la mainmise de l’État sur l’Église, et sur son bien propre, le pouvoir spirituel : l’État se fait Église. Dans une séparation ou partition chacun garde son bien et ses distances. Ici, il n’en est rien. Sous des dehors de déférence, de protestations de neutralité ou même de bienveillance, l’État ne cesse d’éliminer l’Église à son profit, ne voulant garder d’elle que son fantôme. Rendez à César ce qui est à César, et tout est à César, disait Clemenceau.

L’histoire de la Révolution et de la République est jalonnée d’actes imprégnés de cette volonté :

· soit que l’État soumette l’institution ecclésiale elle-même. (Constitution civile du clergé - 1790)

. soit qu’il veuille la faire disparaître sans autre

en fait. N’admettant que la souveraineté populaire, refusant toute autre dépendance, la laïcité révolutionnaire est la transcription politique, collective, du subjectivisme et du péché originel.

Cette laïcité est à la fois le temple de l’arbitraire et celui de l’athéisme. Elle est autant une désobéissance qu’un vice de l’intelligence. On pourrait croire la laïcité d’aujourd’hui éloignée de son origine révolutionnaire, assagie, modérée, moderne, respectueuse de tous. En réalité, le laïcisme ne s’est jamais aussi franchement déclaré que dans les propos du Président de la République en 1995, suivant lesquels la loi morale ne saurait primer la loi civile.

La laïcité n’a jamais été aussi dévastatrice des cœurs et des intelligences. La loi sur l’avortement, c’est elle. Aucun fléau, aucune guerre, aucune tyrannie n’ont autant tué que le laïcisme dans ses œuvres. Est-ce bien ce qu’auraient voulu Jules Ferry ou Jaurès?

Le ver était dans le fruit dès 1789. En fait, la République est déicide et homicide dès son principe, dès la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

L’avantage de ces édifices laïcs est que, bâtis sur le subjectivisme, changeant par définition, ils portent en eux-mêmes le germe de leur destruction. Fouché, Tallien, Barras ne valaient pas plus cher que ceux qu’ils ont remplacés. À quand Thermidor?

Et pourtant la démocratie fondée sur les élections et la participation des citoyens à la vie politique n a en soi rien de répréhensible. Le mal vient de la souveraineté du peuple. Un état, un régime quel qu’il soit, démocratie, monarchie, empire, tyrannie, n’ont de légitimité que s’ils restent dans leur domaine et respectent le droit divin et naturel.

LAÏCITÉ

TYPE DE LAÏCITÉ

RAPPORT DES POUVOIRS
TEMPOREL ET SPIRITUEL

DROIT DIVIN
DROIT NATUREL

SOUVERAINETÉ
POPULAIRE

Laïcité chrétienne traditionnelle
Saint Louis - Mgr Pie
Pie XI (charité politique)
Pie XII (saine laïcité)

Distinction et union des pouvoirs
. La politique est à César
et tout est à Dieu

+

 

Laïcité révolutionnaire
Déclaration des droits de l’homme
et du citoyen (1789), art. 3 et 6

Mainmise du pouvoir temporel
sur le pouvoir spirituel
. La politique est à César
et tout est à César

 

+

Laïcité libérale
Lammenais - Loi de 1905
Évêques de France (1997)

Séparation des pouvoirs
· La politique est à César

et rien qu’à César

 

+

Laïcités révolutionnaire et libérale sont très proches. La loi sur l’avortement est leur fille.

Pour les libéraux, la religion est une affaire privée.

La démocratie grecque du temps d’Hippocrate et de Sophocle respectait les lois inaltérables, écrites ou non écrites de la cité. Soumise à la loi naturelle, elle restait à sa place. En France, pendant près de mille trois cents ans, la monarchie de droit divin, malgré des dépassements et des excès, était soumise à une règle reconnue par tous qui était à la fois la plus élevée et la plus humaine qui soit, celle de l’Évangile.

La démocratie actuelle définit elle-même ses règles. Elle est à la fois fin et moyen. Elle ne cherche pas la vérité mais l’opinion d’un moment. Elle nie, néglige ou asservit la vérité. Livrée à elle-même, ne porte-t-elle pas dans ses flancs Satan, Moloch, Sodome et Gomorrhe?

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La laïcité libérale

À côté de la laïcité chrétienne traditionnelle et de la laïcité révolutionnaire, existe-t-il une place pour une troisième laïcité que l’on pourrait qualifier de libérale, humaniste et moderne qui préserverait cette neutralité acceptable par toutes les parties?

C’est elle dont rêvait Lammenais dans l’intérêt même de l’Église et de son indépendance. C’est elle que faisaient miroiter les promoteurs de la laïcité sous la IIIé République, les propos tenus en public étant très différents de ceux tenus en loge. C’est elle dont parlait Cavour : " L’Église libre dans un État libre. " C’est elle aussi que définit l’usage ou les dictionnaires. C’est celle de la loi de l9O5 et du Sillon, plus tard du MRP et des évêques de France.

Selon une déclaration commune de nos évêques

(Proposer la foi dans la société actuelle, Le Cerf, 1997), la laïcité dans sa forme actuelle paraît acceptable et même désirable. Elle demande de notre part loyauté et compréhension. Elle a l’avantage d’être réaliste dans un monde pluraliste. Les querelles sont du passé. " L’opposition entre une tradition catholique contre révolutionnaire et une tradition républicaine anti-cléricale et progressiste est presque totalement révolue."... " Les catholiques sont passés d’une situation majoritaire à une situation minoritaire ".

Certains évêques s’enthousiasment : " La laïcité est l’expression commune d’une exigence civique. " (Mgr Eyt, Doc. catholique, juin 1994). " La laïcité est une manière de vivre ensemble dans le respect des lois de la République et l’apprentissage de la différence. Elle est un partenariat en vue d’édifier une société de convivialité. À l’expérience, il apparaît que la laïcité peut être une chance pour notre pays, permettant à la France de vivre en paix. " (Mgr Panafieu, Doc. catholique, janvier 1997).

Étranges lois, étrange chance, étrange paix ! Étranges déclarations plus proches, semble-t-il, de la profession de foi du vicaire savoyard et de la Déclaration des droits de l’homme que du Décalogue et du Notre Père.

Avec le respect dû aux évêques, mais aussi avec le souci de vérité, il doit être dit que ces déclarations acceptent l’inacceptable. Elles sont indignes de nos évêques. Elles sont, en politique, l’abandon et le refus de la Révélation, la reconnaissance implicite de la Révolution et un écartèlement entre les deux.

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Abandon ou refus de la Révélation

Dieu n'a plus accès à la politique. Le spirituel déserte le temporel. Il n'y a plus de loi supérieure immuable. Tout un pan de la Révélation s'effondre Que deviennent l'Ancien et le Nouveau Testament? : " Dieu et son peuple ", " Allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les. . . " ? Le Décalogue, à la fois loi divine et loi naturelle, cesse d'être une référence pour la cité. Des textes sacrés, il n'est retenu que " Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ", mais interprété ici comme une séparation des pouvoirs.

Que deviennent la tradition, l'enseignement des papes, l'encyclique Vehementer (1906) de Pie X en réaction contre la loi de séparation de 1905, la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ (Quas Primas 1924), la charité politique de Pie XI, la saine laïcité de Pie XII et, en ce qui concerne le respect de la vie, Humanoe Vitoe de Paul VI et Evangelium Vitoe de Jean-Paul Il?


Reconnaissance de la Révolution

Ce qui est enlevé au pouvoir spirituel est donné au pouvoir temporel. Cet abandon et ce transfert font penser au reniement des grands prêtres devant Pilate :" Nous n'avons d'autre roi que César. " (Jean 19,6)

On le sait depuis le péché originel. Si l'homme ne se tourne pas vers Dieu, il se tourne vers lui-même et vers les idoles qu'il se fabrique. S'il se refuse à la grâce, il est pris par la pesanteur. En délaissant la politique, l'Église livre l'État à son démon subjectiviste : la souveraineté du peuple, c'est-à-dire l'arbitraire de quelques groupes. Elle nourrit elle-même ses adversaires.

Inversement, l'Église se lie les mains en renonçant à intervenir dans les affaires de l'État pouvant la concerner. Par sa faute, elle devient légaliste. Elle condamne l'avortement, mais est-elle à l'aise pour condamner la loi qui le permet ? Peut-elle encourager la désobéissance civile contre une loi inique et mettre l'État en garde contre tout débordement ? Aussitôt, on lui reprocherait de manquer à la laïcité.

L'État qui n'est pas théologien, reconnaît toutes les religions comme équivalentes, sans en reconnaître une en particulier. Est-ce une raison pour l'Église de l'admettre et même de s'en féliciter, y voyant une source renouvelée de respect et de dialogue ? Le danger pour l'Église est d'oublier que l'on ne peut respecter et aimer croyants et incroyants qu'en vérité. Il y a bien des religions, mais une seule, pensons-nous, les accomplit, sinon pourquoi la Trinité, l'Incarnation, la mort et la Résurrection du Christ, et l'Église elle-même ? Certes, si la vérité ne peut s'imposer, encore faut-il la proposer. Et ceci demeure, même si nous étions minoritaires. Le sommes-nous vraiment avec 70 % de baptisés en France? Si nous le sommes, c'est par la démission des esprits. Le monde au temps du Christ était au moins aussi pluraliste que le nôtre, et l'Église primitive ne représentait qu'une infime minorité.

De son plein gré, sans nécessité véritable, ni obéissance à sa nature profonde, l'Église de France démissionne de la vie politique. En s'effaçant devant la souveraineté populaire, le légalisme, le pluralisme et le fait minoritaire. Elle accomplit ainsi d'elle-même ce que ses adversaires souhaitent lui voir faire : disparaître de la vie civile et se confondre avec les autres religions.

En se plaçant volontairement sous le boisseau, l'Église pense-t-elle rester fidèle à sa mission, attirer les regards et inciter au dialogue? Est-ce là le réalisme?

 

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Écartèlement entre Révélation et Révolution

Dieu, dans la laïcité libérale, est celui des âmes. Il n'est pas celui des institutions. Les âmes sont à Dieu.

Les institutions à César et rien qu'à César. Il y a ainsi pour un même homme deux morales : l'une personnelle, celle du croyant, ferme sur les principes, l'autre publique, celle du citoyen, prête à donner à la loi civile le pas sur la loi morale.

Dans la première, l'avortement est refusé. Dans la deuxième, il est accepté, puisque la loi le permet. On a deux comportements possibles pour un même acte. L'un, guidé par la Révélation, l'autre par la Révolution. Voici à peine caricaturé le danger que court un croyant libéral. Il a pour lui ses convictions contre l'avortement ou tout autre débordement grave, mais il se gardera de les professer publiquement. Son attitude est faite de tolérance, de largeur d'esprit et de dialogue. Il est l'homme de l'ouverture et du partage.

Le même croyant entre en politique. Les choses ne changent guère, à ceci près : il a maintenant des responsabilités dans ce domaine et doit rendre des comptes. Il a d'un côté ses convictions intactes et de l'autre la nécessité où il se trouve de faire appliquer les décisions de César, même si elles sont contraires à ce qu'il croit intérieurement. Grande alors est la tentation des deux casquettes : celle du chrétien et celle du fonctionnaire. Il a sous les yeux l'exemple de l'Église qui a consenti à sa séparation d'avec l'État, et qui invite à cette laïcité. Pour peu qu'il pense à sa carrière, à ses charges familiales, qu'il aspire à sa tranquillité, comment résister à tant de sirènes ?

" Nul ne peut servir deux maîtres " sans que son unité soit en péril. Que votre oui soit oui. Il ne peut y avoir de distorsion entre le penser et l'agir, sans perte d'identité. L'homme ne sait plus ce qu'il est, il ne sait plus ce qu'il fait.

L'homme ne peut se dédoubler entre le bien et le mal. Il ne peut le faire que dans le bien : " Que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite. " Le Christ disait à propos du mariage " que l'homme ne peut séparer ce que Dieu a uni. " On pourrait le dire aussi de l'Alliance qu'il a faite avec les hommes. Mais ne pourrait-on le dire aussi de l'Église et de l'État?

Le principe de la séparation de l'Église et de l'État est fondamentalement un artifice, tant sur le plan naturel que sur le plan surnaturel. Désarticulation du réel, il est un subjectivisme tiré de la Révolution et, si l'on veut remonter plus haut, du péché originel. Sous prétexte de liberté, il asservit. Il lui manque la vérité et le courage.

Laïcité libérale et laïcité révolutionnaire ont un même fondement et aboutissent au même résultat. La laïcité libérale est, de plus, une tromperie qui donne le change puisqu'elle est partiellement d'origine chrétienne et qu'on la donne pour modérée.


L'ÉGLISE DE FRANCE

Jamais la loi sur l'avortement ne serait passée si l'Église s'était dressée contre elle, unanime. Le signe le plus accablant de cette démission, malgré des exceptions et quelques écrits remarquables mais sans lendemain, est son silence.

Dans quelle église parle-t-on encore de l'avortement, ne fût-ce qu'à Noël ou le jour des Saints Innocents ? On parlera des textes sacrés, certes, mais aussi des guerres autour de nous, du tiers-monde, du chômage, de l'exclusion, en oubliant que la pire des exclusions est l'élimination des plus faibles et des plus petits. Jamais n'ont sonné pour eux de tocsin, au rythme rapide, pour donner l'alerte, ni même un glas au rythme lent, pour pleurer leur perte.

11 novembre 1978. Notre-Dame de Paris. Mgr Marty célèbre la messe. Le gouvernement en ce 60e anniversaire de l'armistice est là au grand complet avec à sa tête le Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, et le premier ministre, Raymond Barre. Nous sommes nombreux à avoir avec nous des tracts contre l'avortement que nous réservons pour la sortie, de façon à ne pas être pris trop tôt par la police partout présente. La tension est grande au sujet de l'avortement. La loi qui remonte à près de quatre ans, est loin d'être acceptée. Au début de l'année, deux centres où il était pratiqué, avaient été occupés à Paris et à Lille. J'ai trouvé une place dans la nef, sur le bas-côté gauche. Juste après l'Épître, des cris retentissent, montant de la tribune droite. " Giscard, avorteur, assassin". La voix est forte et masculine. Une, deux, trois fois puis les cris sont étouffés. J'admire ce courage insolite et peut-être irrespectueux dans une telle enceinte. Cette voix n'est-elle pas prophétique ? Tout le monde l'a entendue et certainement aussi l'Archevêque. Au moins, le voilà prévenu. Attendons l'homélie. La seule chose dont je me souvienne à son sujet, c'est que pas un mot ne fut prononcé contre l'avortement.

Lors du silence de l'offertoire, à nouveau, venant du même endroit, des cris identiques aux précédents se sont élevés " Giscard, avorteur, assassin " suivis du même étouffement. L'émotion est à son comble. À la sortie de la cérémonie, nous nous sommes fait prendre aussitôt, embarqués dans les fourgons de police déjà bondés. Au commissariat, nous sommes tellement nombreux derrière les grilles qu'il faut rester debout et ne pas se déplacer. Il règne dans notre cellule une sorte d'exaltation. Nous récitons le chapelet sans trop savoir ce que nous disons. La plupart de ceux qui sont là, sont les mêmes que ceux qui étaient entrés dans les centres d'avortement.

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Le désordre est dans l'Église

Le silence de l'Église peut apparaître comme une complicité passive, délibérée, mais le plus souvent, elle semble irréfléchie. Il n'en va pas de même lorsque cette complicité devient active. Elle est alors proprement scandaleuse. On campe chez l'adversaire.

Le journal La Croix du 1er avril 1993, un vendredi saint, célébrait Mme Veil alors ministrable, comme prima donna inter-pares, "haute figure morale ", "grande figure morale " . Pas un mot sur l'avortement.

Vingt-huit prêtres de Caen et de sa région ont signé en mars 1995 un manifeste comme quoi " ils s'opposeraient à toute régression du droit des femmes ". Ils n'ont pas été repris. Des médecins, des magistrats, des politiciens, députés ou ministres bien que catholiques déclarent admettre et servir l'avortement. Eux non plus ne sont pas repris et l'on se garde bien de parler d'excommunication.

Au sommet de l'Église, le Pape ne cesse d'appeler à combattre l'avortement. Dans Evangelium Vitoe, il rappelle qu'il y a une loi au-dessus des lois. Il n'est pas suivi et parfois même contrarié sur ce sujet. Nos évêques ne nous donnent-ils pas ici l'exemple de la démission et de la désobéissance ?

Face à la chose publique, là encore, le plus souvent, les évêques se taisent. Ils se taisent et quand ils prennent la parole, c'est pour dénoncer les commandos, publier une déclaration de repentance qui ferait oublier leur propre responsabilité, ou, beaucoup plus grave, inviter au respect de la laïcité et au pluralisme. L'action est ici pire que l'omission.

Par des déclarations faites au nom de la Conférence épiscopale, ou a titre isolé, nos évêques ont souvent, et, de façon véhémente, condamné les commandos anti-avortement en les accusant de violence, d'intolérance, d'illégalité et d'inconséquence. Sont ainsi désignés ceux qui rentrent dans les centres d'avortement, dont notre propre groupe.

Le terme de commando ne paraît-il pas trop fort, hors de proportion avec l'irruption d'un petit groupe pacifique?

On sait ce qu'est notre violence le législateur y croit si peu qu'il a créé un délit d'entrave à IVG, faute de pouvoir nous poursuivre pour coups et blessures volontaires, ou dommages matériels que nous pourrions occasionner. On nous a reproché " la violence spirituelle du chapelet ". Mais ne faut-il pas s'en réjouir, plutôt que de la déplorer? Impiété de certains de nos pasteurs !

Sommes-nous vraiment illégaux? Les lois se contredisent. Celle qui réprime la non-assistance à personne en danger est plus sévère que celle qui interdit d'entrer dans les centres d'avortement. C'est au nom de la première que nous avons été relaxés le 4 juillet 1995. Quant à l'inconséquence, il semble que ce soit le contraire : N'est-ce pas grâce aux commandos que le débat sur l'avortement a rejailli ? Certes on peut contester la méthode, mais pourquoi vouloir nous discréditer?

On ne veut pas nous entendre et pourtant ceux qui nous condamnent se disent partisans du dialogue et ennemis de l'exclusion. En ceci, d'une certaine façon, nous partageons avec les petites victimes l'ostracisme dont on les frappe. En partant en guerre contre les commandos, les évêques ne pensent-il pas faire le jeu de l'adversaire ? Ils utilisent en tout cas ses propres termes. Ils nous prêtent une violence et une intolérance qui masquent celles, réelles, de l'avortement. En nous déclarant illégaux, ne se font-il pas les complices de la légalité ?

De notre côté, nous pardonnons bien volontiers, mais nous ne pouvons pardonner à la place des petites victimes. Elles seules peuvent le faire et l'ont déjà fait. Nous ne pouvons qu'avertir, supplier, ou intercéder. A travers elles, ce sont Dieu, sa création, notre société et la France qui sont offensés.

Trente trois évêques ont, le 30 septembre 1997, fait une déclaration de repentance reprochant à leurs prédécesseurs leur attitude sous l'occupation face au problème juif. Les termes à leur égard sont parfois très durs et pas toujours justifiés :

Manque de compréhension de l'immense drame planétaire.

Autorités spirituelles dans leur majorité empêtrées dans un légalisme et une docilité allant bien au-delà de l'obéissance traditionnelle au pouvoir établi.

Silence à des violations flagrantes des droits de l'homme et laissant le champ libre à un engrenage mortifêre.

L'Église de France a alors failli à sa mission d'éducatrice des consciences.

Paroles prophétiques prononcées par ceux-là mêmes qui aujourd'hui se taisent devant le pouvoir et l'opinion sur un massacre sans précédent qui se déroule à leurs portes, sans avoir l'excuse, comme leurs prédécesseurs, de l'occupation ennemie et de l'ignorance où l'on était du sort final des victimes.

Les signataires de la déclaration de repentance et le corps épiscopal tout entier, ne craignent-ils pas que, sans attendre 50 ans, ce qui serait trop cruel et dévastateur, leurs successeurs fassent à leur sujet une déclaration de repentance sur l'avortement ?

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La politique

La gauche c'est Hérode, la droite c'est Pilate. Peu après la venue au monde du Christ, Hérode faisait massacrer les enfants en bas âge de Bethléem, là où il avait appris que devait naître le Messie. Pilate a condamné à mort le Christ lui-même et relâché un coupable à sa place. Tous deux étaient superstitieux et craignaient pour leur pouvoir. Hérode était sans scrupule. Pilate aurait bien voulu éviter de prononcer une condamnation mais il a préféré céder à la pression de la foule des Juifs, ameutée par les grands prêtres.

Ainsi il est politique de tuer ou de laisser tuer les innocents. Il est encore politique de le faire non plus de façon occasionnelle mais régulière et à grande échelle en couvrant le massacre de la loi et de l'humanisme.

La loi Veil, entrée en application le 17 janvier 1975, avait été votée le 28 novembre précédent à l'Assemblée par 284 voix contre 189 (sur 473 votes exprimés et 6 abstentions). À gauche, 179 députés sur 180 avaient voté ~ Seule manquait la voix d'un député corse, le socialiste Zuccarelli.

À droite, 105 députés sur 310 votèrent la loi, dont 26 centristes sur 52, 55 gaullistes (UDR) sur 174, 17 républicains indépendants sur 65 et 7 non-inscrits. La gauche communiste et socialiste avait fait bloc mais, étant minoritaire, n'aurait rien pu faire sans la droite parlementaire. D'où vient qu'une majorité d'idées ait pu passer par dessus les partis ? Le Dr Pierre Simon, grand maître de la Grande Loge de France, en a donné l'explication dans une interview à TF1, le mercredi 7 décembre 1992, dans l'émission Droit de Savoir : " C'est par le canal particulier de la fraternelle parlementaire, d'une part, mais d'autre part aussi par d'autres amis qui aiment bien écouter la pensée maçonnique et réfléchir avec nous, c'est par dessus les partis que l'on a pu faire passer la législation sur l'avortement. " En d'autres termes, une droite aux idées contaminées, avec les francs-maçons comme maîtres d'œuvre.

Ainsi, 284 députés ont trempé leurs mains dans le sang des innocents, sans compter tous ceux qui, par la suite, se rallieront. L'avortement a été un tremplin pour beaucoup, à commencer par le président Giscard d'Estaing lui-même, qui lui doit son élection en 1974, après qu'il eut fait le tour des loges maçonniques, comme me l'a dit lui-même, l'ancien garde des Sceaux Jean Foyer. Ce même avortement lui coûta probablement de ne pas être réélu en 1981.

En France, la situation est celle-ci : gauche + droite (dans sa très grande majorité) = au moins mille victimes par jour toutes innocentes, avec en prime Sodome et Gomorrhe et en toile de fond une Église quasi muette, empêtrée dans la laïcité à laquelle elle a elle-même souscrit.

Ce qui sépare la droite de la gauche tient à l'ordre des choses : la droite, quand elle est véritable, reconnaît cet ordre, alors que la gauche s'y refuse : elle ne reconnaît qu'elle-même. À la réalité, elle substitue l'idéologie. Son acte de baptême est la déclaration des droits de l'homme et du citoyen dans son article 3 "Tout principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation " et dans l'article 6 si souvent cité: "La loi est l'expression de la volonté générale. " Héritière de la Révolution et des Lumières, la gauche s'en est faite la gardienne. Elle est, comme la laïcité qu'elle sécrète, l'expression politique du subjectivisme, aussi ancien que l'homme tourné vers lui-même. Elle est, dans la cité, le mensonge de Satan qui dit : " Vous serez comme des dieux. " Elle décide du bien et du mal. Elle n'a pas à se soumettre à la vérité: il n'y a pas de vérité, et s'il y en a une, c'est la gauche elle-même qui la détient.

Éwé a cru le serpent, mais ses yeux se sont " Le serpent m'a trompée, et j'ai mangé (Gn 3-13) " [de ce fruit de l'arbre de la connaissance]. La gauche croit le serpent, mais tient les yeux fermés. Elle persiste dans le mensonge. Non serviam. Je ne servirai pas. Là est son péché. Errare humanum est, perseverare diabolicurn. Tout homme, toute femme peut se tromper, mais persévérer dans l'erreur est diabolique. C'est cette persévérance qui caractérise la gauche. Ève, elle, avait reconnu sa faute.

Il y avait aussi dans le Paradis un arbre de vie (Gn 3, 27). La gauche se serait-elle aussi approprié son fruit? La gauche n'aime ni la vérité ni la vie. Elle n'a ni foi en Dieu ni raison droite. Elle n'aime qu'elle-même, et en s'enfermant ainsi, elle perd l'esprit. Son idéologie est celle du moment. Elle est aussi changeante que tyrannique. La transgression est de ne pas dire, pas agir, de ne pas penser comme elle. Son égalité est un nivellement sauf pour quelques-uns, le petit nombre éclairé de la nomenklatura qui veille sur l'idéologie. Elle parle de chances égales pour tous. (Son rêve serait-il un monde de clones à la dévotion de quelques lucifériens?) Ces chances seraient-elle égales pour ses ennemis, les laissés-pour-compte et pour ses petites victimes ?

Sa fraternité est un refus de paternité et une suite inégalée de massacres : révolutionnaire, marxiste, libéral et maçonnique. Laïque, elle n'admet pas de loi supérieure à la sienne. N'aimant pas la Vérité, elle ne s'intéresse ni au Bien, qui en est la possession, ni au Beau qui en est la contemplation.

Elle n'aime pas la famille, ni la femme au foyer. Ses préférences vont à l'union libre ou contre-nature. Son rêve serait de prendre les jeunes esprits dès le berceau pour les façonner. On trouve en elle les sept péchés capitaux : envie, luxure, orgueil... avec cette différence que, grâce à la magie du verbe, ils ne s'appellent plus péchés mais vertus et épanouissement: Tolérance, humanisme, droits de l'homme, libération, dignité, maternité heureuse (à faire frémir quand on sait que le Planning Familial est derrière).

Elle parle d'elle-même comme force de progrès mais c'est par antiphrase. Force d'anéantissement serait plus juste : le nihilisme, la culture de mort, c'est elle. À des degrés divers, la gauche est l'inversion, c'est peut-être là sa meilleure définition. Tout ceci paraîtra excessif, effarant. Mais c'est une réalité que chacun, jour après jour, peut observer. Je n'ai rien inventé. À quoi bon?

La gauche opère sur beaucoup d'esprits une espèce de séduction. Serait-ce l'attrait du vide ? Un délire collectif? Une possession comme celle qui, dans l'Évangile, précipitait un troupeau de porcs dans le lac de Génésareth ? Est-ce une générosité mal comprise ? Une cécité volontaire ou involontaire sur les événements ? Une méconnaissance de la véritable nature de cette fascination ? La mode ? L'habitude ? L'inertie? L'opportunisme ? Un manque d'esprit critique ou de simple bon sens ? Un manque de foi? Le subjectivisme lui-même, chez nous partout présent?

Il semble que pour la plupart, au moins chez ceux de bonne volonté, ce soit par ignorance. De nombreux chrétiens, clercs et laïcs, apportent leur suffrage à la gauche : Ont-ils bien mesuré qu'ils cautionnent la perte de beaucoup et la leur, et qu'il menacent gravement leur propre identité en servant deux maîtres à la fois?

La droite, quand elle est véritable, reconnaît l'ordre des choses. Elle le recherche, se soumet à une loi supérieure ou, de façon plus humble, à la réalité quotidienne, en vue du bien commun, comme dans l'empirisme organisateur de Charles Maurras. Elle est le contraire de l'idéologie.

Tout homme, toute société sont pris entre la pesanteur et la grâce. La gauche a choisi la pesanteur, la droite devrait se trouver dans le camp de la grâce, seule source du progrès et du salut. Ce qui compte en politique, ce n'est pas tant la loi civile que la loi morale, celle-ci inspirant celle-là. Ce qui compte en politique, c'est le droit divin et naturel, exprimé dans le Décalogue et de façon plus parfaite dans les Béatitudes. Ce qui compte, ce n'est pas la Déclaration des droits de l'homme, mais la Déclaration des droits de Dieu et de l'homme. Le peuple n'est souverain qu'après Dieu. " La Déclaration des droits de l'homme sans Dieu " (J. Madiran) est une tour de Babel purement humaine, qui n'a pas d'autre avenir que celui de sa destruction.

Lors du vote de la loi Veil, la droite n'était plus la droite. Largement infiltrée, elle était déjà acquise aux idées maçonniques. Et sans elle, la loi ne serait jamais passée. La gauche est subjectiviste par nature, la droite l'est devenue par trahison.

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Le terrorisme
Les commandos et la détresse des bourreaux

Je ne parlerai pas ici du terrorisme dont nous sommes victimes à des degrés divers du fait de la police, des tribunaux, des gauchistes, des médias et jusque dans nos propres milieux, mais de celui qu'on nous impute. Nous serions des terroristes. On nous l'a dit clairement.

Mars 1990. Nous étions une trentaine au centre hospitalier d'Orléans, postés devant la porte du bloc opératoire du service de gynécologie-obstétrique. Le directeur du personnel était accouru précipitamment. Avec un demi-sourire, il fit cette remarque Au fond, vous êtes des terroristes. Mon voisin sortit son chapelet et répondit: Voici nos armes. Puis il ajouta: Qui sont ceux qui tuent?

Peu avant Noël 1993, l'année de la loi Neiertz, nous avions occupé à Bourg-la-Reine le sas du bloc opératoire de la clinique Ambroise Paré. Un procès à Nanterre s'ensuivit. La Présidente du tribunal nous interrogeait un par un. Arrivée à mon tour, elle demanda ce que nous faisions dans ce sas et quelle aurait été notre attitude si, le cas échéant, une femme s'était présentée pour une IVG. Je répondis que nous étions là pour prier et que n'ayant pas dépassé la porte du bloc opératoire, nous avions respecté les règles d'asepsie. J'ajoutai pour finir que si la femme dont il était question s'était présentée, nous l'aurions entourée, suppliée, embrassée et que si nous avions eu avec nous des petits chaussons, nous les lui aurions donnés. Deux avocats deux femmes représentaient les parties civiles. Madame Dhabernas, la première s'est aussitôt dressée et écriée : Ces chaussons, Madame la Présidente, sont d'une extrême violence ! et la seconde peu après ajouta : Vous faites du terrorisme avec ces chaussons. La salle riait. La chose était inattendue et avait un côté surréaliste. Ces chaussons, même potentiels, étaient-ils donc si redoutables ? Ils l'étaient pour l'œuvre de mort. Les chaussons sont le signe de la vie que la femme porte en elle, et celui de sa nature profonde, sa maternité et sa tendresse.

On nous a souvent assimilés aux commandos et à la terreur armée qu'ils représentent. Mais c'est par inversion, car, encore une fois, la mort n'est pas de notre fait. Les accusations portées à faux contre nous montrent, non pas notre faiblesse évidente mais celle de nos adversaires, et en réalité notre force.

Le terme de commando lui-même peut être pris aussi comme un hommage rendu à la hardiesse d'un coup de main, à sa préparation et à l'effet de surprise qu'il provoque. La prière, le chapelet sur les lieux de l'avortement sont des armes spirituelles puissantes car le combat est spirituel.

Dans les heures qui précèdent nos opérations, et jusqu'au dernier moment, nous sommes dans l'inquiétude et l'émotion. Serons-nous assez nombreux, le rendez-vous sera-t-il respecté, l'affaire ne s'est-elle pas ébruitée, trouverons nous les portes ouvertes, passerons nous avec notre équipement parfois très encombrant quand des équipes de télévision nous accompagnent?

Une fois sur place l'émotion change de camp. Ce sont alors de ce côté des pas précipités, des portes qui claquent, des appels téléphoniques, des cris parfois. Nous dérangeons et si nous trouvons de l'indifférence, celle-ci nous a toujours paru simulée. Alors que nous déployons nos banderoles et commençons à prier, nous sommes soulagés, heureux d'être arrivés. En face de nous, c'est tout le contraire. Au-delà de la surprise, de l'hostilité ou de l'indifférence, c'était comme si le terrorisme véritable celui-là se retournait contre ses auteurs. Et ce n'a pas été pour nous le moindre des étonnements. Nous ne nous doutions pas avant de commencer nos opérations que ceux-là mêmes qui faisaient les avortements, mis en face de leurs actes, perdraient pied. De cette détresse des bourreaux, nous avons eu parfois la preuve bouleversante : tel directeur d'un grand centre hospitalier en région parisienne venu sur les lieux, tremblant, mal à l'aise, s'épongeant le front ; telle femme d'une quarantaine d'années assurant les avortements dans un hôpital de province, avouant qu'il s'agissait bien de meurtres, et par là même se rendant la vie impossible ; colère irrépressible de cette femme encore revêtue de sa casaque venant de faire un avortement chez une jeune fille de seize ans ; tel gynécologue que nous désignait la directrice et qui quittait le centre en rasant les murs, pâle comme la mort. Nous n'avons pas pris au début la mesure de cette détresse, puis nous avons été comme saisis par elle. Nous rassurions alors nos interlocuteurs en leur disant comme nous l'avons dit souvent, que nous ne condamnions personne beaucoup étaient pour moi des confrères mais que nous condamnions l'avortement.

À l'émission de Dechavannes Comme un lundi, j'ai pu glisser l'expression "détresse des bourreaux". Il y a eu un moment de stupeur, même chez les plus aguerris. Lors d'une autre émission télévisée en Martinique, un médecin qui faisait des avortements m'a demandé :

Regardez-moi dans les yeux et dites-moi si je suis un criminel Pourquoi cette détresse, ces aveux, des interrogations parfois muettes ? Nous ne sommes pourtant pas bien dangereux avec nos chapelets et nos chants. Nous n'entravons pas la circulation. Nous n'abîmons rien. Qu'ont-ils à craindre, ceux qui font les avortements ? La loi les y autorise et les protège. Ils nous connaissent. En vérité, ce n'est pas nous qu'ils craignent, c'est leur conscience.

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Les médias

Ce n'est un secret pour personne : la plupart de ceux qui, au gouvernement ou à titre privé, ont en main les grands moyens de communication, presse, radio, télévision, se sont mis au service de l'avortement et de ce qu'il représente. Envers nous et envers ceux qui peuvent constituer une menace réelle ou supposée pour leur entreprise, ils utilisent deux méthodes éprouvées : le silence pour étouffer et le discrédit pour écarter.

Au début, malgré nos efforts pour dénoncer publiquement l'avortement, on ne nous prêtait guère attention. Quelques coupures de journaux, rien à la télévision. Nous voulions rompre le silence, et le silence retombait sur nous. Pouvait-on cependant nous ignorer indéfiniment ? À nos opérations qui revenaient chaque mois, s'ajoutèrent à partir d'octobre 1988 celles et non des moindres de la " Trêve de Dieu " Nous troublions ouvertement le jeu. Pouvait-on continuer d'affirmer que la loi était généralement acceptée?

Et puis, nous dégagions d'une certaine façon un parfum médiatique lié à un effet de nouveauté au moins dans les premiers temps —, à celui du secret et de la surprise, à une sorte de sacrilège en intervenant dans les lieux mêmes où la loi était appliquée, à notre caractère pacifique qui nous rendait insaisissables, à nos prières qui touchaient, intriguaient ou repoussaient. Bref, nous ne laissions pas indifférents d'autant qu'aux États-Unis soufflait aussi le vent de la contestation.

Notre première télévision fut américaine, ABC News. C'était à la clinique des Maussins, dans le 19e arrondissement, près de la Porte des Lilas. Nous étions une quarantaine dans le hall. Nous avions prévenu Le Monde et Libération, sans succès. Nous savions par des prospectus que la clinique utilisait le RU 486 (en mars 1989, il s'agissait d'un produit nouveau) de façon illégale car s'il était permis d'utiliser cette drogue, il était interdit d'en faire la propagande.

Trois gynécologues étaient responsables des avortements, l'un surtout, costaud et colérique. Lorsqu'il a vu la caméra, il s'est précipité sur elle en criant que nous n avions pas le droit de filmer dans un lieu privé (si l'établissement était privé, le lieu où nous étions était public). Mais celui qui portait la caméra un costaud lui aussi restait imperturbable "On ne touche pas à ma caméra" Ses amis avaient dû le calmer. Nous ne savons pas de quelle façon ces documents ont été diffusés aux États-Unis. Mais quelque chose s'était déclenché. C'était comme le 22 à Asnières : Pour se faire entendre en France, il avait fallu passer par New-York.

Si vous luttez contre l'avortement et que l'on vous invite à participer à une émission télévisée, il est rare, au moins en France, que cette invitation ne cache un piège. En février 1991, nous étions les invités de la 5. Sur le plateau, cinq femmes partisans de l'avortement dont Mme Simone If, une dirigeante du Planning Familial et le Dr Aubeny, chef de service d'orthogénie de Broussais. Contre, il y avait Claire Fontana, le Pr Jérôme Lejeune et moi-même. La salle n'était pas très grande. On s'était arrangé là était le piège pour la remplir de partisans de l'avortement et leur donner la parole. Parmi eux, une jeune femme américaine parlant bien français et portant un bel enfant sur les genoux, s'était montrée l'une des plus acharnées. Je pensai en moi-même que ce petit, avec une telle maman, était un rescapé.

Tout ne fut pas à leur avantage. Claire Fontana fit rire à propos d'une table de bloc opératoire qui aurait été endommagée par les sauveteurs qui s'y étaient enchaînés. "Vous détériorez le matériel " lui avait-on dit. "Pas du tout, c'est vous, ce sont ceux qui ont détaché les sauveteurs " et c'était vrai.

Elle avait ému lorsque de la salle était partie cette question très souvent posée " Si votre fille avait été violée et qu'elle soit enceinte, que feriez-vous ? " Elle répliqua " Je conseillerai à ma fille de garder l'enfant, et je l'élèverai comme un petit-fils >.

Un moment, il avait été question du Christ. Des rires avaient fusé dans la salle. Le Pr Lejeune avait aussitôt durci son visage. " C'est inadmissible. Je n'accepterai jamais que ce qu'il y a de plus sacré au monde soit l'objet de risée. C'est un traquenard. "