A l’occasion de la parution de l'appel à la mobilisation pour la défense de la vie, lancé par le Pape Benoît XVI devant l'assemblée générale annuelle des membres de l'Académie pontificale pour la vie, puis de la publication de « Sacramentum Caritatis » (dont nous reproduisons ci-dessous le N°83 : « Cohérence eucharistique »), le Dr Dor a demandé aux évêques de France de bien vouloir lui adresser pour ce site quelques textes significatifs de leurs prises de position sur l’avortement et les lois bioéthiques.
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EXHORTATION APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI
« Sacramentum Caritatis » n° 83 : Cohérence eucharistique
Monseigneur Jean-Michel di Falco Leandri, Évêque de Gap
L’avortement et le respect de la vie humaine en ses commencements
Monseigneur Guy Bagnard, Évêque de Bellay –Ars
Quand Dieu est reconduit à la frontière !
Le bateau, les hommes et la souris
Ce que j’aurais aimé exprimer au tribunal de Bourg, le 14 juin 1995 (extraits)
Message Pascal. Couronne d’épines…couronne de gloire
Monseigneur Eric Aumonier, Évêque de Versailles
Discernement moral et action politique
Cardinal Philippe Barbarin, Achevêque de Lyon
Monseigneur François Garnier, Archevêque de Cambrai
Notre Dieu ? Il est comme un fiancé passionné !
Allons plus loin : Dieu est aussi comme un père et comme une mère
Allons encore plus loin : « Tel Père, tel Fils »
Et l’Esprit Saint dans tout cela ?
2) Mais vive aussi l’Église quand elle reconnaît que chacun peut être confronté à des choix personnels qui sont souvent difficiles.
3) Alors, vive l’Église quand elle respecte notre conscience personnelle, sans jamais renoncer à la rendre plus responsable.
4) Enfin, vive l'Église quand elle nous donne le pardon du Christ
III ~ « Huit repères pour avancer »
Premier repère → AIMER SA VIE
Cinquième repère → APPRIVOISER, CELA DEMANDE DU TEMPS ET DES ÉTAPES
Enfin, huitième repère → RECEVOIR TOUTE VIE COMME UN DON DE DIEU
1 ~ Pas de relations sexuelles sans amour
2 ~ Pas d'amour vrai sans mariage
3 ~ Enfin, pas de mariage sans famille
Monseigneur André Fort, Évêque d’Orléans
Les enfants, printemps de la famille et de la société.
Monseigneur Bernard Housset, Evêque de Montauban
Fête des mères, journée de la vie
EXHORTATION APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI
Cohérence eucharistique
83. Il est important de relever ce que les Pères synodaux ont appelé cohérence eucharistique, à laquelle notre existence est objectivement appelée. En effet, le culte agréable à Dieu n'est jamais un acte purement privé, sans conséquence sur nos relations sociales: il requiert un témoignage public de notre foi. Évidemment, cela vaut pour tous les baptisés, mais s'impose avec une exigence particulière pour ceux qui, par la position sociale ou politique qu'ils occupent, doivent prendre des décisions concernant les valeurs fondamentales, comme le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes. (230) Ces valeurs ne sont pas négociables. Par conséquent, les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine. (231) Cela a, entre autres, un lien objectif avec l'Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27-29). Les Évêques sont tenus de rappeler constamment ces valeurs; cela fait partie de leur responsabilité à l'égard du troupeau qui leur est confié. (232)
Monseigneur Jean-Michel di Falco Leandri, Evêque de Gap
L’avortement et le respect de la vie humaine en ses commencements
Alors que la France vient de «
fêter » en 2005 les 30 ans de la loi autorisant l'IVG (près de 6 millions d'IVG
ayant eu lieu depuis cette date) et que de nouvelles législations ont institué
en France un « délit d'entrave à l'IVG » au nom du « droit à l'IVG » pour chaque
femme, l'Église, consciente des pressions à la fois sociales, économiques et
même médicales qui s'exercent sur les femmes, veut avant tout redire sa
sollicitude à l'égard de celles qui traversent cette douloureuse épreuve :
« Je voudrais adresser une pensée spéciale à vous, femmes qui avez eu
recours à l'avortement. L'Église sait combien de conditionnements ont pu peser
sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision
a été douloureuse, et même dramatique. Il est probable que la blessure de votre
âme n'est pas encore refermée. En réalité, ce qui s'est produit a été et demeure
profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne
renoncez pas à l'espérance. Sachez plutôt comprendre ce qui s'est passé et
interprétez-le en vérité. Si vous ne l'avez pas encore fait, ouvrez-vous avec
humilité et avec confiance au repentir: le Père de toute miséricorde vous attend
pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation.
Vous vous rendrez compte que rien n'est perdu et vous pourrez aussi demander
pardon à votre enfant qui vit désormais dans le Seigneur. » Jean-Paul II,
EV, 100
Mais dans le même temps, l'Église veut rappeler la valeur de toute vie humaine.
L'avortement ne saurait être la véritable solution à des difficultés d'ordre
socio-économiques :
« Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie,
et l'homme doit s'en acquitter d'une manière digne de lui. La vie doit donc être
sauvegardée avec un soin extrême dès la conception. » Vatican II, GS 51-1
« Avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en
communion avec les Évêques [...], je déclare [...] qu'aucune circonstance,
aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui
est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite dans
le coeur de tout homme, discernable par la raison elle-même et proclamée par
l'Église. » Jean-Paul II, EV, 62
Monseigneur Guy Bagnard, Évêque de Bellay Ars
C'est le 17 janvier 1975 qu'a été promulguée la Loi sur l'avortement. Elle avait été adoptée et défendue à la Chambre des députés le 21 décembre 1974.
L'impact de cet anniversaire n'échappe à personne, tant ont été considérables les conséquences de cette loi sur la vie de la femme, du couple, de la famille, sur les relations entre filles et garçons, sur la vie en société !
J'ai été relire le discours que Simone Veil a prononcé le 26 novembre 1974 devant le Parlement. Elle y présentait, en une quarantaine de pages, l'esprit du projet de loi qu'elle allait soumettre aux députés.
On est immédiatement frappé - avec le recul que donnent ces trente années - de la distance qui sépare ce qui était alors affirmé à l'époque et ce qui se dit et se pratique aujourd'hui. Il y a une telle différence que l'on peut difficilement s'abriter derrière la Loi Veil pour justifier ce qui se passe sous nos yeux aujourd'hui. Et l'on finit par comprendre qu'en fait la "Loi Veil" n'était que le point de départ d'un processus qui allait conduire à transformer l'avortement en un simple moyen - brutal - de contraception. Le raisonnement est simple : "Puisque l'on n'a pas réussi à prévenir la conception de l'enfant, on le supprime."
Mgr André Vingt-Trois, responsable de la Commission épiscopale pour la famille, voit dans l'avortement une "commodité contraceptive". C'est bien une culture de mort qui s'est instaurée au sein de notre société.
Que disait Simone Veil le 26 novembre 1974 ? Voici ce qu'elle exprimait dès l'ouverture de son discours
"Si le projet qui vous est présenté admet la possibilité d'une interruption de grossesse, c'est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader les femmes".
Dans l'esprit de la loi, cette intention dissuasive, si fortement soulignée, devait amener la femme à renoncer à l'avortement ; la loi ne devait donc n'autoriser l'avortement que dans des cas extrêmes !
Le projet prévoyait, à cet effet, plusieurs consultations pour aider la femme "à mesurer toute la gravité de la décision qu'elle se propose de prendre. " Simone Veil explique : "Cette tâche de dissuasion et de conseil revient au corps médical de façon privilégiée". Et elle poursuit : "Le projet prévoit ensuite une consultation d'un organisme social qui aura pour mission d'écouter la femme, ou le couple, lorsqu'il y en a un, de lui laisser exprimer sa détresse, de l'aider à obtenir des aides si cette détresse est financière, de lui faire prendre conscience de la réalité des obstacles qui s'opposent ou semblent s'opposer à l'accueil d'un enfant. Bien des femmes apprendront ainsi à l'occasion de cette consultation qu'elles peuvent accoucher anonymement et gratuitement à l'hôpital et que l'adoption éventuelle de leur enfant peut constituer une solution. "
Enfin la Ministre conclut : "Tous ces entretiens auront naturellement lieu seul à seule et il est bien évident que l’expérience et la psychologie des personnes appelées à accueillir les femmes en détresse pourront contribuer, de façon non négligeable, à leur apporter un soutien de nature à les faire changer d'avis".
Comment mieux affirmer que cette loi autorisant l'avortement en certaines situations exceptionnelles voulait d'abord mettre tout en oeuvre pour que soit protégé l'enfant à naître. C'est le sens de la suggestion de l'accouchement sous X et de l'adoption.
Cette protection voulue de l'enfant était également étendue à la mère. "L'interruption de grossesse ne peut être que précoce, parce que ses risques physiques et psychiques, qui ne sont jamais nuls, deviennent trop sérieux après la fin de la dixième semaine qui suit la conception, pour que l'on permette aux femmes de s'y exposer. "
Enfin pour renforcer le caractère dissuasif de la loi, deux mesures étaient prévues
• "Le projet interdit l'incitation à l'avortement par quelque moyen que ce soit, car cette incitation reste inadmissible". Donc, toute propagande ou publicité en faveur de l'avortement est interdite.
La Sécurité sociale ne prend pas en charge l'I.V.G. "Il nous a paru nécessaire de souligner la gravité d'un acte qui doit rester exceptionnel, même s'il entraîne, dans certains cas, une charge financière pour les femmes". "L'aide médicale n'est prévue que pour les plus démunies. " Si "la société tolère l'avortement, elle ne saurait ni le prendre en charge ni l'encourager. "
Et voici les lignes qui terminent le discours de Simone Veil : "Si la loi n'interdit pas l'avortement, elle ne crée aucun droit à l'avortement... Personne ne peut éprouver une satisfaction profonde à défendre un tel texte, sur un tel sujet. Personne n'a jamais contesté, et le Ministre de la Santé moins que quiconque, que l'avortement soit un échec quand il n'est pas un drame. "
Quand on voit le chemin qui a été parcouru depuis le vote de cette loi, on ne peut que prendre acte d'un fait patent : la loi a été détournée de ce qu'elle affirmait. Il est même contradictoire de se rapporter à elle pour justifier la pratique d'aujourd'hui. En quelques années, une dérive en a bouleversé complètement le contenu. On peut même dire que la loi a changé de nature. Ce changement a été si rapide qu'en fait la dérive était déjà contenue, virtuellement, au principe de la loi. Car comment dissuader l'avortement au moment où on l'autorise ? Comment une même loi peut-elle prétendre atteindre deux objectifs qui se contredisent ? Cette contradiction conduit à des absurdités dont nous sommes aujourd'hui les témoins.
La première de ces absurdités, c'est que l'embryon n'a aucun statut, aucune identité. La loi se trouve devant l'embryon comme devant un objet non identifié. Pourtant, on lit dans le discours de Simone Veil : "Plus personne ne conteste maintenant que, sur un plan strictement médical, l'embryon porte en lui définitivement toutes les virtualités de l'être humain qu'il deviendra". Ce silence voulu, entretenu, donne libre cours à toutes les pratiques ! Face à ce vide juridique, il est inévitable que les intérêts économiques deviennent les maîtres absolus à bord.
La seconde absurdité, c'est que l'ours des Pyrénées, le loup de Savoie, l'animal de compagnie ou un oeuf de serpent sont mieux protégés pénalement qu'un enfant à naître ! Car, bizarrement, on "sait" ce que contient un oeuf de serpent ! On "sait" mieux ce qu'est un petit ours qui est à naître, qu'un enfant humain dans le sein de sa mère.
Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, a rapporté ce fait d'actualité qui s'est passé dans un hôpital "Un médecin confond deux femmes et, par erreur, avorte l'une d'elles, enceinte de six mois - au lieu d'enlever son stérilet à l'autre. La Cour d'Appel de Lyon fait son devoir et condamne le praticien pour homicide involontaire. Mais la Cour de cassation, rompant avec une jurisprudence plus que séculaire, casse l'arrêt ; elle considère que le médecin ne peut être poursuivi pour homicide involontaire. Pourquoi ? Parce que dans "homicide", il y a "humain ". Et que rien n'indique que la femme enceinte porte un être humain qui mérite d'être protégé... La preuve ? Puisque la femme est autorisée à avorter, la vie de l'enfant attendu n'a plus besoin d'être protégée. "
Et c'est ainsi que la "loi Veil", en voulant pallier les avortements clandestins, s'est transformée, au fil des années, en une loi qui donne droit à toute femme d'avorter quand elle le souhaite. De fait, le droit à l'avortement est entré dans la mentalité générale. On en parle à l'égal du droit au logement ou du droit à l'instruction. La grave question de l'enfant que l'on supprime, celle de la santé de la mère, ont quitté le champ de la conscience ; celle de l'aide à apporter aux femmes en détresse elle aussi a disparu. L'avortement, désormais, règle tout !
Le Pape Jean-Paul II observe très justement "que la conscience morale semble s'obscurcir terriblement et avoir de plus en plus de difficulté à établir la distinction claire et nette entre le bien et le mal pour ce qui touche à la valeur fondamentale de la vie humaine. "
Pour nous, chrétiens, nous avons le devoir de rappeler partout la gravité de cette situation et de venir en aide à celles qui connaissent des situations de profonde détresse. Sans doute faut-il rappeler aussi le grave devoir d'alerter les hommes politiques qui sont chargés de voter les lois, car demeure ce fait majeur et incontournable : supprimer un enfant à naître c'est supprimer la vie d'un être humain.
+ Père Guy Bagnard -Évêque de Belley Ars
Église des Pays de l’Ain n°2 - 21.01.2005
Quand Dieu est reconduit à la frontière !
Au début du mois de juin dernier, l'Assemblée du Sénat a adopté, en seconde lecture, le projet de loi concernant la recherche scientifique sur les embryons humains. Le vote a eu lieu dans la nuit du 8 au 9 juin. 304 suffrages ont été exprimés : 187 pour ; 117 contre. Le groupe U.M.P., le plus nombreux, a voté le projet à la quasi unanimité, à l'exception d'un seul sénateur : M. André Lardeux.
Le Sénat confirme donc, pour les cinq ans qui viennent, l'autorisation des recherches sur l'embryon humain, avec les précisions suivantes : les embryons destinés à un projet parental seront protégés. Par contre, tous les embryons appelés surnuméraires, c'est-à-dire en surnombre - pourront devenir un matériau de recherche pour les scientifiques ! On estime aujourd'hui leur nombre à 200.000 environ. La seule condition sera l'accord des parents.
« Au cours du vote, un amendement particulièrement important concernant le nombre des embryons disponibles pour la recherche a néanmoins été adopté par le Sénat, à 191 voix contre 112. Cet amendement, portant sur l'article 18 et déposé par le rapporteur, M. Giraud, précisait que "le couple dont les embryons sont conservés et ne font plus l'objet d'un projet parental à la date de la promulgation de la loi (...) de bioéthique, peut consentir à ce que ses embryons fassent l'objet des recherches prévues à l'article L.2151-3. " Selon cet amendement, le stock des embryons disponibles pour la recherche était donc limité à ceux existant à la date de la promulgation de la loi. Cette ultime correction n'a pas obtenu l'avis favorable de M. Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé, qui craignait ainsi de limiter la recherche française. L'amendement a été finalement supprimé par la Commission mixte paritaire qui s'est réunie le 15 juin 2004. »
Donc, en l'état actuel du projet de loi, la recherche sera possible non seulement sur le stock actuel des embryons humains surnuméraires, mais aussi sur les stocks futurs de ceux que l'on pourra constituer librement à l'avenir. Ainsi est rendu possible un approvisionnement permanent. Une fois la loi adoptée, les ministres de la Recherche et de la Santé auront tout pouvoir pour autoriser ces activités en laboratoire. Le champ d'action est totalement ouvert aux chercheurs.
On n'a pas manqué de souligner que "c'est la première fois qu'on autorise, en France, la destruction d'êtres humains pour les utiliser comme matériau ".
De fait, même si le commun des mortels n'a pas toujours une conscience claire du contenu ni des conséquences de ce qu'une telle loi engage, du moins il pressent que quelque chose de grave, d'essentiel, s'y trouve impliqué. C'est ce qu'a tenté de montrer M. Bernard Seillier, Sénateur de l'Aveyron, au cours des débats. Sans s'entourer de précautions oratoires, il a attiré l'attention sur la question majeure
"Devons-nous poser, a-t-il déclaré, une barrière infranchissable à l'expérimentation sur l'être humain, dès le début de la vie ?" Et il a poursuivi : "Apporter une réponse positive à cette question, c'est affirmer la réalité métaphysique de l'être humain et établir obligatoirement des interdits qui, loin de freiner `le développement scientifique, permettront qu'il soit source d'un vrai progrès sans contradiction, pour toute l'humanité. C'est reconnaître qu'il y a, au-delà du visible, une réalité dont la négation porterait tort à l'intérêt supérieur de l'humanité. C'est à cause de cette négation que se perpétuent les crimes contre l'humanité. "Parler de "la réalité métaphysique de t'être humain" et d'une "réalité au-delà du visible", c'est, en définitive, faire référence à la Transcendance, à Dieu lui-même. C'est donc s'interroger d'une façon radicale : l'humanité veut-elle s'organiser sans Dieu, c'est-à-dire sans une Réalité absolue sur laquelle se fonde le respect de l'être humain ?
Si, en effet, ce respect ne repose que sur des Traditions, des Conventions, des Cultures toutes évolutives, donc provisoires et interchangeables, la notion de "seuil infranchissable" disparaît et perd toute signification. Dès lors, on peut faire n'importe quoi !
Il vaut la peine de se souvenir de ce que Georges Pompidou écrivait dans "Le noeud gordien", peu de temps avant de mourir
"La conviction qu'il existe une Puissance qui s'impose aux hommes constitue pour ceux-ci, et donc pour ceux qui les dirigent, une sorte de garde-fou d'autant plus utile que les moyens dont nous disposons aujourd'hui sont plus terrifiants. "
Pour un croyant, ramener Dieu au rôle de "garde-fou" est certainement réducteur. Mais on voit ce que vise le raisonnement : si le ciel devient vide de Dieu, alors l'humanité perd tout repère. Le choix de privilégier une direction repose en définitive sur un arbitraire. Toutes les directions sont également justifiées parce que toutes sont indifféremment valables.
S'il fallait citer encore un autre Président de la République, je citerai François Mitterrand ! Dans son tout dernier entretien avec Marie de Hennezel, il parle de la mort en pensant naturellement à la sienne qu'il sent toute proche
"Jamais peut-être le rapport à la mort n'a été aussi pauvre qu'en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes, pressés d'exister, paraissent éluder le mystère. Ils ignorent qu'ils tarissent ainsi le goût de vivre d'une source essentielle. "
Là aussi, parler de "mystère", de "source essentielle", n'est -ce pas invoquer une réalité supérieure avec laquelle l'homme est en étroite parenté et en laquelle il trouve le fondement de son absolue grandeur.
Comment mieux dire que s'en prendre à la Transcendance, c'est s'en prendre à l'homme lui-même. C'est s'engager sur la voie d'une "dégradation irréversible de l'humanité". C'est pourquoi l'enjeu est si considérable. L'étonnant est que l'élaboration d'une législation à si grande portée pour l'homme, s'effectue dans une indifférence quasi générale, signe, dit M. Bernard Seillier, "de l'affaiblissement de la conscience métaphysique." C'est d'abord dans ce registre là que se situe ce que l'on pourrait appeler la maladie de l'humanité, une maladie provenant de la perte de la notion de bien et de mal.
Jean-Paul II ne disait pas autre chose quand - dans son exhortation sur l'Europe - il écrivait l'année dernière
"Les grandes valeurs qui ont amplement inspiré la culture européenne ont été séparées de l'Évangile, perdant ainsi leur âme la plus profonde et laissant le champ libre à de nombreuses déviations. "
Ainsi, dans la constitution de ses lois, l'homme se passe de la Transcendance comme, au Premier Livre de la Genèse, il s'est passé de Dieu pour élaborer sa conduite.
+ Père Guy Bagnard Évêque de Belley Ars
Église des Pays de l Ain n°13 - 9.07.2004
La classe politique se trouve aujourd'hui bien embarrassée. Une loi vient d'être votée à la Chambre des Députés, rangeant parmi les délits "l'interruption involontaire de grossesse" (I.I.G.). La loi a été votée en fin d'après-midi, devant une hémicycle clairsemé. Au réveil, le lendemain, grand émoi chez les Parlementaires et les membres du Gouvernement ! C'est que l'I.I.G. pourrait remettre en cause l'I.V.G.!
Ce que recherche cette nouvelle loi, c'est d'apporter de la clarté dans certaines situations. Ainsi, par exemple, le cas de cette femme qui perd l'enfant qu'elle attend dans un accident de voiture. Son véhicule a été heurté violemment par un automobiliste qui n'a pas respecté le code. Elle s'en tire, heureusement, sans trop de dommage, mais l'enfant, lui, meurt. Elle porte plainte. C'est alors la surprise : on ne peut recevoir sa plainte, car la loi ignore qu'elle attendait un enfant, "son" enfant. La loi ne fait pas de différence entre celle qui attend un enfant et celle qui n'en attend pas !
Supposons que la Justice reçoive la plainte ! Elle sera obligée d'identifier "ce" que portait cette femme : un enfant ou "quelque chose" d'autre qu'on ne peut nommer. Elle est donc conduite, de gré ou de force, à donner un statut à l'embryon et au foetus. C'est justement ce que la législation refuse ! Actuellement, une femme qui attend un enfant porte en elle, aux yeux de la loi, quelque chose qui est indéchiffrable, sur lequel le législateur ne veut pas se prononcer. C'est bien "quelque chose", mais on évite de l'identifier.
L'avantage, dans cette position - si l'on peut parler ainsi - c'est que l'on peut agir sur ce "quelque chose" en toute liberté. Comment pourrait-on accuser quelqu'un qui porte atteinte à quelque chose d'inconnu ! Mais, à l'inverse, on ne pourrait prendre la défense de quelqu'un qui veut protéger quelque chose d'inconnu. Les deux situations sont renvoyées dos à dos pour motif d'ignorance.
C'est pourquoi cette loi dérange sérieusement ! On ne peut pas à la fois considérer une I.I.G. comme un délit - un acte poursuivi par la loi parce que... c'est un mal - et une I.V.G., non poursuivie par la loi, parce que l'acte est jugé comme un bien. On ne peut pas avoir le droit d'interrompre une grossesse et refuser le droit de la poursuivre. L'incohérence est trop voyante. Ça passe mal ! Donc, en l'état, il est préférable de rester silencieux. Ainsi, en l'absence d'une législation, la Justice ne peut rendre son jugement.
Sans doute, dans le langage courant, on continuera bien de dire qu'une femme attend un enfant ; et le bon sens fera de lui-même la différence entre une femme enceinte et une autre qui ne l'est pas, surtout quand on arrive dans les derniers mois, comme c'était le cas de la conductrice accidentée.
Mais, face à la Loi, le bon sens doit se résoudre à renoncer à lui-même. On doit dire : "j'ignore de quoi il s'agit"... comme on dit, dans le langage populaire :"Je ne veux pas le savoir !"
Il y a quelque chose de dramatique à refuser ainsi de se prononcer. Bien - Mal, tout se mélange dans la tête des gens ! Comment alors se plaindre d'un manque de repères dans notre société, puisque les Responsables se refusent, délibérément, à apporter l'éclairage nécessaire aux consciences !
Ce choix du silence sur l'identité du foetus est d'autant plus intenable que les échographies pratiquées en grand nombre - en moyenne quatre pour chaque femme qui attend un enfant - montrent sur écran l'enfant qui vit dans le sein de sa mère. On distingue nettement sa bouche, ses bras, ses jambes. On en voit même qui tètent leur pouce. Et on en voit aussi se défendre désespérément quand on s'en prend à leur vie ! On a parlé du "cri silencieux" ! Tout montre que le foetus a une vie autonome dès la conception.
Sans doute il ne peut pas se développer en dehors du corps de sa mère. Mais à l'intérieur de ce corps, il a une autonomie propre. Relié à la mère, il est différent d'elle. Il "n'est pas", purement et simplement, le "corps" de sa mère.
Qu'il y ait des ambiguïtés dans cette loi qu'il faille lever, c'est certain. Mais enfin, soyons clairs la future mère qui porte plainte pour la perte de son enfant est dans son droit ; et l'avortement reste une atteinte mortelle portée contre un être humain innocent qui ne demande qu'à vivre. Il faut avoir le courage de le dire.
C'est faute d'avoir ce courage que les esprits finissent par être totalement dans le brouillard et ne perçoivent même plus la gravité des actes qui sont posés.
Nous devrions avoir l'audace d'écouter la voix des Prophètes de notre temps qui ne manquent pas de s'élever, celle de la bienheureuse Mère Térésa, par exemple. Voici ce qu'elle disait à l'occasion de la remise du Prix Nobel de la Paix, à Oslo, en 1979, devant un parterre de Chefs d'État et de Personnalités
"J'ai une conviction dont je voudrais vous faire part à vous tous : aujourd'hui, le plus grand ennemi de la paix est le cri de l'embryon innocent. Si une mère est capable de tuer l'enfant qu'elle porte en elle, qu'est-ce qui pourrait nous empêcher de nous tuer les uns les autres ? Mais aujourd'hui on tue des millions d'enfants innocents et nous ne disons rien. Nous lisons ceci et cela dans les journaux, mais personne ne parle de ces millions de petits qui ont été conçus du même amour que vous et moi, avec la vie de Dieu... Pour moi, les nations les plus pauvres sont celles qui ont légalisé l'avortement. Elles ont peur des petits, elles ont peur de l'embryon. Et l'enfant doit mourir parce qu'on le refuse... C'est pourquoi je vous invite aujourd'hui, Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs, vous tous qui êtes venus ici de nombreux pays du monde priez pour que nous ayons tous le courage de protéger la vie embryonnaire. "
+ Père Guy Bagnard Évêque de Belley Ars
Église des Pays de l Ain n°20 - 5.12.2003
Le Parlement européen vient de rendre son verdict ! Dans un rapport adopté le mercredi 3 juillet, par 280 voix contre 240, et à l'issue d'un débat houleux, les eurodéputés ont demandé que "l'avortement soit légalisé, sûr et accessible à tous" dans toute l'Europe.
Ainsi chaque pays membre de l'Union devra s'aligner sur ce "Parlement universel" et les pays qui attendent à la porte de l'Europe devront modifier leur propre législation, s'ils veulent y entrer.
On s'achemine donc progressivement vers la constitution d'un "super pouvoir" qui donnera à chaque pays la ligne de conduite à tenir dans les domaines aussi différents que celui de l'économie, celui de la répartition des finances, celui de la monnaie, celui de la famille et de l'éducation des enfants. Ainsi, une sorte de Quartier Général, de plus en plus éloigné des gens et de plus en plus puissant, s'organise sous nos yeux. Comment ne pas être inquiet de l'avenir ? On parle de « mondialisation », mais parlons déjà d' « européanisation » !
Sans doute, faut-il se réjouir de voir les pays du vieux continent se rapprocher les uns des autres, entrer dans une collaboration cordiale et une aide mutuelle. Qui ne serait heureux de ce "vivre ensemble" qui éloigne le spectre des guerres et des violences insensées d'un passé encore récent ?
Mais cette violence n'est-elle pas en train de revenir sous la forme d'un pouvoir législatif dont chaque peuple particulier se laisse progressivement déposséder ? Car enfin, concernant l'avortement, n'y a-t-il pas quelque chose d'exorbitant à vouloir imposer une loi à tous, alors que, dans notre propre pays - je ne parle que de lui ! - on ne parvient pas à donner un "statut" au foetus. On le manipule, on l'élimine, mais chercheurs et médecins ne savent pas sur "QUOI" ils interviennent. S'agit-il d'un être humain ou d'une tumeur maligne, d'un matériau utile ou inutile ? Personne ne semble pressé de mettre un nom sur ce qui fait pourtant l'objet d'une législation de plus en plus étendue ! On promulgue une loi en laissant dans l'ombre ce qui est à son fondement.
Ainsi, le 25 juin dernier, au cours d'un procès, la Cour de cassation a refusé à nouveau de se prononcer sur la nature du foetus. Elle a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une "personne". Donc, de la part des parents qui portaient plainte pour le décès d'un futur bébé, mort dans un accident de la route dont ils n'étaient pas responsables, il n'y avait pas de dommage à réclamer. Pourtant, l'avocate générale avait dit : "L'être humain est respectable dès le commencement de sa vie, sans aucune autre condition". Elle avait ajouté : "A quelques minutes près - selon qu'il est né ou non - l'enfant peut être protégé juridiquement ou pas. C'est extrêmement choquant".
Voilà donc la question faut-il instaurer une "protection" pour "CE" qui a commencé de vivre sans être né ? On le voit : à vouloir ne pas répondre sur le statut des foetus, on entre dans un dédale de questions de plus en plus étranges.
Le Docteur Roger Bessis, Président du collège d'échographie foetale, s'est ainsi adressé aux juges : "On ne peut pas dire que la mort d'un foetus n'est rien ! Un homme qui blesse une femme enceinte et provoque le décès du futur bébé, on ne peut pas dire qu'il n'a rien fait. La jurisprudence actuelle protège plutôt les médecins, c'est vrai, mais il faudrait aujourd'hui établir un statut du foetus. Il y a un décalage entre l'évolution de la société et de la médecine - car nous soignons désormais ces bébés à naître in utero - et le droit".
Tout le monde se tourne alors vers le législateur. C'est à lui que l'on demande de se prononcer ! Mais, à l'évidence, il y a longtemps que la pratique impose déjà sa loi !.,.
Ne faut-il pas aussi se tourner vers les consciences ? Un député, ancien Ministre, M. Jack Lang, a fait cette quasi-confidence au journaliste venu l'interviewer "Avec d'autres, je me suis battu pour la contraception et j'ai plaidé pour le droit à l'avortement. Je le referais si c'était à refaire./
Mais, en même temps, dans l'intimité de ma conscience - et cela n'engage que moi -, je ressens l'interruption de la genèse de la vie humaine comme une mutilation ou une souffrance."
Enfin ! Voilà quelqu'un qui laisse parler sa conscience. Ne faudrait-il pas que le Parlement aussi écoute cette voix des consciences avant de légiférer à l'échelon de l'Europe ? Cette voix n'est-elle pas celle du Bon Sens et de la Sagesse ?
Et revient toujours la même question cruciale : faut-il faire dépendre la nature du foetus d'un vote majoritaire ? La vérité de ce que chacun d'entre nous a été dans le sein de sa mère serait-elle brusquement livrée à une entente entre Députés, par ailleurs soumis à toutes sortes de pressions !
Nous sommes bel et bien entrés dans l'ère de la culture de mort !
+ Père Guy Bagnard, Évêque de Belley Ars
Église des Pays de l Ain n°13 - 12.07.2002
Le bateau, les hommes et la souris
Il y avait un océan grand, vaste et beau, tumultueux parfois. Sur cet océan naviguait un vaisseau aux larges voiles couleur de nuage. Les vagues étaient comme des jours et l'abîme de ces vagues était comme des nuits. Sur le bateau vivaient de nombreux hommes, tous fiers et aimant Dieu, la terre et les étoiles. Il y avait aussi une souris, si petite sur le bateau que personne n'y prenait garde. Le bateau filait à bonne allure et sur l'horizon se détachaient des chaînes de volcans en éruption.
La souris rongea un biscuit, mais les marins se dirent : "un de plus, un de moins, bah ! Qu'importe !". Un jour elle rongea l'embase de la corde qui amenait la grande voile et elle se cacha sitôt son forfait accompli. Puis un autre jour de grand soleil où l'on faisait escale sur une île sauvage, monsieur souris monta à bord et il rencontra madame et le navire reprit la mer ; deux biscuits furent rongés et les petits de monsieur et madame souris vinrent au monde par une après-midi de grand vent. D'autres cordages furent rongés et tous les biscuits des marins furent mangés par toutes ces souris qui avaient grand faim. Le capitaine décréta que l'on ferait la chasse aux souris mais elles étaient déjà si nombreuses que le navire dût aborder sur l'île aux volcans. Le pain ne dura pas longtemps, un gros volcan se réveilla fort en colère et le bateau avec son équipage fut enseveli sous un torrent de lave. Madame souris, seule, en réchappa et l'on dit qu'elle attend toujours un bateau. Moralité : Avant d'être contraint à faire escale là où vous ne voulez pas, chassez le mal à sa première apparition !
Ce que j’aurais aimé exprimer au tribunal de Bourg, le 14 juin 1995 (extraits)
Des propositions positives
Pour rester dans un esprit constructif, il est bon de proposer des moyens concrets pour remédier aux situations de détresse
- et d’abord faciliter l’adoption ;
- que la loi souligne davantage la responsabilité du père ; qu’elle lui forme un devoir d’assumer les conséquences de ses actions. Dans cette loi, l’homme brille par son absence. Le couple n’existe pas ! Nous sommes dans une société sans père ! La femme, le plus souvent, se débat seule, comme elle peut.
- que, par le jeu des subventions, des organismes sociaux d’aide aux familles se multiplient ;
- que les mères de famille soient mieux reconnues dans leurs tâches familiales et leur mission d’éducation ; qu’elles aient un salaire à l’égal de ceux qui exercent une profession ;
- qu’il y ait une véritable solidarité de la société avec les femmes en détresse. Rien n’est inéluctable. Devant des situations apparemment sans issue, il reste encore des chemins possibles, des voies à découvrir. L’inventivité humaine est admirable.
- Enfin – et c’est peut-être le plus important – que la loi dise clairement ce qu’il en est de l’embryon. Oui ou non, a-t-on affaire à un être humain ? Ce procès n’est pas seulement celui des accusés, mais d’abord celui d’une législation, celui de l’Étai qui, jusqu’alors, se refuse à donner un statut a l’embryon et Lui se prononcer sur son identité. Dans l’ignorance de ce qu’est un embryon, il est logique qu’on puisse le traiter n’importe comment et en faire n’importe quoi !
+ Père Guy BAGNARD Évêque de Belley Ars
MESSAGE PASCAL
COURONNE D'EPINES... COURONNE DE GLOIRE !
Par Mgr BAGNARD
Les journaux nous ont appris, dernièrement, une nouvelle assez singulière un roi avait décidé, de lui-même, de déposer sa couronne ! La raison avancée était encore plus singulière que le geste : le roi estimait ne pas pouvoir donner sa voix à une loi qui contredisait gravement sa conscience. Dans une lettre au Premier Ministre, il avait écrit : "Serait-il normal que je sois le seul citoyen belge à être forcé d'agir contre ma conscience dans un domaine essentiel ?". Il recourait donc à la constitution de son pays pour pouvoir légalement ne pas voter la loi ! Et ainsi, il devenait, pour un temps, un roi découronné... avec un risque cependant : celui de se déconsidérer aux yeux de tous, puisque la constitution ne prévoit que trois cas où une telle procédure devient légitime : il faut que le roi soit fou, malade ou prisonnier. Comme il n'était ni prisonnier, ni atteint par la maladie, il s'exposait à ce qu'on tire la conclusion.
Aujourd'hui, l'appel à la conscience semble produire dans notre société le même effet qu'un grain de sable qui se serait introduit dans des rouages délicats et complexes. Sa présence, tel un virus dans un ordinateur, finit par dérégler tout le système. C'est si vrai que certaines fonctions, affirme-t-on, ne devraient plus être autorisées à recourir à la clause de conscience. On ne saurait dire plus clairement que certaines tâches ne seront plus désormais assumées que par des "hommes-sans-conscience". Quand je me trouvais en 1960, sur le territoire algérien en pleine guerre, j'ai entendu développer ces raisonnements en des circonstances ô combien difficiles !
L'appel à la conscience jette habituellement dans un profond embarras. Celui qui invoque ce sanctuaire le plus sacré et le plus noble de l'homme jette le trouble autour de lui. Il dérange par le simple fait qu'il déclare "avoir une conscience" ! Car il renvoie ainsi brutalement chacun à la sienne ! Il n'y a pas de situation plus périlleuse que celle-là : attirer les regards sur soi alors que l'on voudrait au contraire les tourner vers un au-delà de soi-même ! Reconnaître que l'on a une conscience n'est-ce pas avouer, en effet, que l'on est habité par plus grand que soi ! La vérité existe ! Elle ne peut être arrangée selon nos goûts, à moins d'avoir introduit un virus, le virus "endormeur de conscience". Il n'y a pas pire gêneur que celui
qui dérange un dormeur !
Il n'est pas difficile de relier cette actualité brûlante aux fêtes pascales ; les communautés chrétiennes célèbrent, en ces jours, la résurrection du Christ, Celui qui fut, à un degré indépassable, "le gêneur" : un gêneur pacifique, innocent, qui refuse jusqu'au bout de se défendre mais qui laisse tomber de sa bouche des paroles auxquelles l'humanité viendra ou se nourrir - ou se heurter -jusqu'à la fin des temps.
Qu'on se souvienne de ce dialogue étonnant entre le Christ et son jugé
- "Alors tu es roi ?"
- "C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix !"
- Pilate lui dit : "Qu'est-ce que la vérité ?".
Le juge perd pied. Il est littéralement dépassé par ce condamné qui est là devant lui, les mains nues. Le prisonnier est roi ; mais c'est d'un royaume où règne la Vérité. C'est pourquoi, le juge est invité, avec une impressionnante sérénité, à se laisser mesurer par la vérité. Le Christ est un prodigieux éveilleur de conscience. Il tourne vers ce centre essentiel les regards de tous ses interlocuteurs. Il met chaque homme en devoir de rentrer en lui-même et de se laisser regarder par "le Père" qui voit dans le secret, Lui qui est source de Vérité !
Le Père a couronné de gloire Celui que les hommes avaient couronné d'épines. D'une certaine façon, Pâques nous fait célébrer la victoire d'une Conscience qui se livre jusqu'au bout à la vérité et qui voudrait entraîner toute l'humanité dans son sillage, parce qu'il est lui-même la Vérité ! C'est le triomphe de la vie sur la mort dans la clarté et la fidélité sans compromission à la Personne du Christ.
Dans cette lumière de Pâques, on peut s'interroger : la vérité est-elle simplement dans un bulletin de vote ? Est-elle affaire de majorité, une question de coutume .? Est-elle le fruit du seul consensus social ? Il y a deux mille cinq cents ans, Platon recueillait déjà cette opinion des lèvres de Protagoras, son interlocuteur !
L'acte par lequel un enfant est supprimé dans le sein de sa mère devient-il moral parce qu'il s'harmonise avec le point de vue majoritaire ? On voit bien le glissement qui s'opère. Dans un premier temps, le "légal" se détache du "moral' pour se constituer en domaine indépendant; puis, dans un deuxième temps, le légal devient purement et simplement moral ! Ce qui est "légal" devient"légalement moral" ! Mais au cours de ce glissement, quelque chose de capital se produit : la conscience personnelle s'est évanouie ! Agir et se comporter comme la Majorité tend alors à devenir la ligne de conduite de chacun. Dans ce climat, il est extrêmement courageux de sortir du rang !
Le Père Bro, célèbre prédicateur de Notre-Dame de Paris, rapporte le fait historique suivant Il écrit : ( "Le génial compositeur que fut Beethoven a dû s'interroger sur le mystère de sa naissance. On connaît la question
- "Dans le cas d'une famille dont le Père est syphilitique, dont le premier enfant est aveugle second unijambiste~ troisième tuberculeux, le quatrième diminué mental. Un cinquième s'annonce, faut-il le supprimer ?
- Sans aucun doute, répond le généticien.
- Alors, vous auriez supprimé Ludwig van Beethoven" ).
Avoir foi en l'avenir. Accueillir l'enfant parce que c'est un être humain ! Le Seigneur nous dit : "Tu ne tueras pas !.
J'aime ce témoignage d'une mère de famille, membre de l'ACGF. Il a été publié dans Le Journal du Mouvement, il y a quelque temps.
"J'ai quarante-cinq ans et à nouveau, je vais avoir un bébé. Certains me disent : "Il faut avorter, c'est trop tard pour avoir un enfant". On me donne des soi-disant conseils ? Mais je sais déjà ce que je ferai. Cet enfant, c'est le mien, c'est une vie. Je n'ai pas le droit de vie ou de mort. Je le garderai. Les gens penseront ce qu'ils voudront, je m'en fichue Les enfants sont heureux d'avoir à nouveau un petit frère ou une petite soeur. Les plus grands font tout ce qu'ils peuvent pour m'aider. Ma grossesse se passe très bien.
Tout va bien. Et quand la sage-femme me dit: "C'est un garçon", je lui réplique aussitôt:
- "Dites-moi, Madame, est-il normal ?".
- "Rien de plus normal, il mesure 54 centimètres et pèse 4,540 kg. C'est le plus beau bébé de la journée". Elle me regarda surpris
- "Pourquoi me posez-vous cette question ?"
- "On m'a dit que je risquais d'avoir un trisomique à cause de mon âge".
- "C'est un très beau bébé, Madame On lui donnerait un mois". Quel dynamisme et quelle foi en l'avenir ! Et quelle joie pour l'enfant à qui on a permis de naître. N'est-ce pas le tout premier de ses droits ? On sent passer ici le souffle de Pâques. Mais il restera toujours vrai que pour dire oui à la vie, il faut faire un choix décisif dans une conscience éclairée par le Bien ! Il faut alors refuser toutes sortes de sollicitations, refuser de prêter sa voix à toutes sortes de chansons ! D'une certaine manière, il faut courir le risque de porter une couronne d'épines ! Nous savons que, sur cette route, nous avons été précédés par Quelqu'un !
En définitive, la couronne de gloire est toujours précédée d'une couronne d'épines ! Le oui à la vie passe par le non à la mort ! Tant pis s'il faut, pour cela, qu'un roi se découronne ! Notre Roi n'a-t-il pas connu la croix avant de baigner dans la lumière de la résurrection ?
+ Père Guy BAGNARD Évêque de Belley Ars
Église des Pays de l Ain n°8 - 13.4 .1990
Monseigneur Eric Aumonier, Évêque de Versailles
Discernement moral et action politique
Les débuts de congés de l'été sont propices aux annonces pénibles, et nous y avons eu droit comme chaque année! Je n'évoque pas les régulières augmentations des timbres poste ou de l'essence, qui ne nous traumatisent plus beaucoup, mais l'application des lois autorisant l'avortement quasiment à domicile, par un décret qui ne traumatise pas davantage, semble-t-il, la population de notre pays. La présentation de la décision par les média nationaux a été effrayante de neutralité: n'ont été évoqués que les avantages matériels, et les économies budgétaires qu'une telle décision est censée comporter. Personne ne s'interroge pour se demander pourquoi le nombre des avortements n'a pas diminué depuis que la loi dépénalisant l'avortement a été votée. Ni pourquoi les seuls avertissements "techniques" (usage des préservatifs) pour éviter l'attente d'enfant ne sont pas aussi "efficaces" que leurs promoteurs l'imaginaient... Il est tacitement admis par certains, clairement dit par d'autres, que les premières victimes de l'IVG (puisque l'abréviation, l'euphémisme IVG couvre la honte) ne seraient pas des enfants mais des "masses moléculaires" non identifiées. Dans ce contexte, dire ou penser qu'ils ont été tués apparaît inconvenant et on dira qu'ils ont été "supprimés". Comble de l'hypocrisie, il revient à la "santé" de rembourser un acte considéré dans les faits comme l'équivalent d'une maladie: attendre un enfant dans des conditions non désirées ou non prévues. Une société qui banalise et présente comme un acte neutre ce qu'elle présentait hier comme, un moindre mal, mais tout de même comme un mal, une telle société est en survie artificielle. Elle ne veut plus vivre mais profiter. Elle se demande qui paiera demain les retraites des anciens, mais comment prépare-t-elle l'avenir?
Les chrétiens ne gémissent pas mais font appel à la conscience éclairée. S'ils voient la perversité de certains systèmes -Le Pape et les évêques l'ont montré pour leur part maintes fois -, ils cherchent de toutes leurs forces, avec beaucoup d'inventivité et de présence gratuite, à agir. Je pense à tout ce qui est fait pour soutenir les familles et les femmes en désarroi, pour aider à l'accueil de l'enfant, ou, si l'avortement a eu lieu, à l'accompagnement des mamans la plupart du temps laissées seules. Le Service de pastorale familiale publiera dans les mois qui viennent la liste des associations qui travaillent en ce sens, et qui méritent d'être connues et soutenues. Mais il y a aussi le travail en amont, que rien ne remplace: l'éducation des jeunes et des adultes. Il s'agit, non pas de "débattre" pour débattre, mais de réfléchir et d'aider à réfléchir sur ce qu'est l'homme, une authentique liberté humaine, la société. Des repères solides existent. Ils nous ont été redonnés, notamment dans l’Évangile de la vie (Jean Paul II, 25 Mars 1995). La catéchèse, des formations sont offertes, sans doute pas assez nombreuses ou pas assez connues. C'est un gros travail, mais les fourmis aussi savent travailler, surtout quand elles ont la foi et l'espérance!
+ Eric Aumonier
Évêque de Versailles pour les Yvelines
Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon
Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a bien voulu répondre à nos questions sur la réalité de l'avortement en France et l'éclairage évangélique qu'il convient d'offrir à une société blessée.
Monsieur le Cardinal, quel bilan faites-vous des trente ans de la loi Veil ?
Les statistiques montrent que le nombre d’avortements augmente, il y en a plus de 200 000 par an en France. Cet acte, qu’on voulait ne pas punir dans certaines circonstances, a été rapidement considéré comme laissé au libre choix de chacun. On en est venu non seulement à permettre, mais à recommander l’avortement, si l’on décelait le risque d’un possible handicap chez l’enfant à naître… Beaucoup estiment aujourd’hui que c’est un droit auquel il ne faut porter atteinte sous aucun prétexte. J’ai même lu un texte d’un responsable politique, le regardant comme un « droit fondamental » de notre pays. Quelle dérive ! Le prologue de la loi de 1975 rappelle pourtant l’article 16 du Code civil, qui affirme que « la loi garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ». Depuis trente ans, j’ai l’impression qu’on ne fait que des exceptions à ce principe majeur de vie sociale.
Quel regard pastoral vous inspire la réalité de l'avortement ?
Tout le monde ferme les yeux sur les souffrances qui s’ensuivent : « Le syndrome post avortement » pour tant de femmes, qui peut aller chez certaines d’entre elles, jusqu’à leur hospitalisation dans des établissements psychiatriques. Et les difficultés familiales aux formes multiples. Que de culpabilité enfouie chez des pères ayant refusé leur paternité, par peur ou par lâcheté, chez des médecins et des personnels soignants qui voudraient ne plus continuer à pratiquer d’I.V.G., et qui sentent en eux comme une déchirure qui s’aggrave ! Pourquoi ne pas redire les choses simples de la vie et de la foi ? Nous avons toujours entendu les mamans dire : « Mon bébé commence à bouger » ou : « Quand j’attendais mon deuxième… ». Vatican II nous enseigne à quel point il s’agit d’un acte grave et dramatique. Tout le monde s’accorde pour dire cette évidence que tant qu’il y aura des guerres le monde ne sera pas en paix , Mère Teresa complétait : « Tant qu’il y aura l’avortement, le monde ne sera pas en paix.»
Mais alors, comment réagir aujourd'hui ?
Il faut reprendre la parole, sinon le silence nous étouffera. L’enfant de Noël n’est-il pas la Miséricorde qui est venue visiter les ténèbres de nos souffrances ? Demandons-lui la grâce d’une guérison intérieure profonde, complète. Le pardon de Dieu est offert à tous, il est plus fort que tous nos péchés et toutes nos souffrances. Il suffit de le demander, d’appeler les choses par leur nom. Combien de fois, j’ai parlé avec une femme qui avait traversé cette épreuve ! La conversation commençait souvent par des larmes. Il fallait écouter longuement pour que ce cœur dise son désir d’aimer, pour que s’exprime à nouveau toute la dignité d’une féminité blessée. Puis je parlais de l’enfant, vivant auprès de Dieu, de son regard d’amour sur sa mère, sur son père. Cet enfant voit maintenant tout dans la lumière de Dieu, il désire que ses frères et sœurs n’aient pas à souffrir de sa triste histoire terrestre, et que tous avancent librement, dans les meilleures conditions, sur les chemins de la vie.
Dans le documentaire de Marie Mitterrand « Avortement ou accueil de la vie », vous déclarez que l'Église n'a pas été assez présente au moment de la discussion de la loi Veil et qu'il faudrait demander pardon pour cela.
Je ne suis pas le seul à penser cela. J'en ai parlé à d'autres évêques qui partagent le même avis. La question de l'avortement est trop grave pour que la moindre équivoque soit possible sur la pensée de l'Église. Aujourd'hui, il nous faut reprendre la parole, éclairer et libérer les consciences, secourir autant qu’il sera possible les nombreuses personnes blessées par ce drame.
Des propos recueillis par Gérard Leclerc
Marie dès qu’elle a compris l’incroyable événement qui venait de se passer en elle, a entonné un cantique d’action de grâce : Magnificat. Mon esprit exulte en Dieu mon sauveur.
J’aime écouter aussi Zacharie qui ne cache pas sa joie devant Jean-Baptiste, l’enfant qu’on n’attendait plus. Quand il retrouve l’usage de la parole, le papa exulte devant son petit bonhomme : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël(…) Et toi, petit enfant, tu marcheras devant, à la face du Seigneur, pour annoncer à son peuple le salut, par la rémission des péchés.
A chaque fois qu’un faire-part de naissance m’arrive, je le reçois comme un rayon de Noël, et j’entends monter en moi le chant de la naissance. Mais tout cela reste discret, pour ne pas risquer de blesser ceux qui n’arrivent pas à trouver la joie de Noël.
Je pense aux couples qui se réunissent pour prier et partager leur peine, car ils attendent depuis des années d’avoir un enfant…qui n’est toujours pas là. Leur souffrance m’a décidé à célébrer la messe pour eux chaque semaine, le jeudi.
L’an dernier, j’ai passé l’après-midi de Noël dans un bidonville de Lyon, et au milieu de centaines de Roumains et de Yougoslaves que nous ne savions pas comment accueillir parmi nous, je me rappelais la phrase de l’Évangile : il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Souvent je me suis demandé pourquoi on fêtait tant de martyres après Noël, pourquoi cette couronne rouge, mêlée à la lumière de la Nativité ? Saint Etienne, le premier martyr, dès le lendemain, et les saints innocents, fêtés le 28 décembre, avec leurs mamans qui ne « veulent pas être consolées » ? Autour de la naissance du Christ, plane déjà l’ombre de la Croix. L’immense joie de sa venue est vraiment faite pour la guérison de nos blessures. Et, cette année, je pense à tous les enfants que ne sont pas nés, qu’on n’a pas laissé naître, l’une des plus douloureuses plaies de notre société !
Il y a trente ans, une loi a dépénalisé l’avortement en France. Et les statistiques montrent que le nombre des avortements augmentent, qu’il y en a plus de 200 000 par ans. Rapidement, cet acte qu’on voulait ne pas punir dans certaines circonstances, a été considéré comme un libre choix laissé aux parents. On est venu non seulement à permettre, mais à recommander l’avortement, si l’on décelait un risque d’un possible handicap chez l’enfant à naître…Beaucoup estime aujourd’hui que c’est un droit auquel il ne faut porter atteinte sous aucun prétexte. J’ai même lu un texte d’un responsable politique, le regardant comme « un droit fondamental » dans notre pays. Quelle dérive ! Et moi qui croyais que les droits fondamentaux, c’est la liberté, la santé, la nourriture, l’instruction…
Dans le prologue de la loi de 1975, on trouve le texte de l'article 16 du code civil,qui affirme que" la loi garantie le respect de l'être humain dès le commencement de la vie". Depuis trente ans, j'ai l'impression que l'on fait que des exceptions à ce principe majeur de la vie sociale.
Et tout le monde ferme les yeux sur les souffrances qui s'en suivent : "le syndrome post-avortement" pour tant de femmes, qui entraîne leur hospitalisation dans des établissements psychiatriques. Qui se préoccupe de leur souffrance? Et le syndrome du survivant, perceptible chez la soeur ou le frère, qui perturbe bien des adolescents et des jeune.
Que de culpabilité chez des pères ayant refusé leur paternité, par peur ou par lâcheté, chez des médecins et des personnels soignants qui voudraient ne plus pratiquer l'IVG, et sentent en eux comme une déchirure qui s'aggrave !
Pourquoi ne pas redire les choses simples de la vie et de la foi ? Nous avons toujours entendu les mamans dirent : mon bébé commence à bouger ou quand j'attendais mon deuxième... Dans le Concile Vatican II, l'Église enseigne à quel point il s'agit d'un acte grave et dramatique. Nous nous souvenons de la forte déclaration de Mère Teresa, lorsqu'elle a reçu le prix Nobel de la Paix : Tant qu'il y aura l'avortement, le monde ne sera pas en paix.
Il fut reprendre la parole en ce domaine, sinon le silence nous étouffera. L'enfant dont nous fêtons la naissante n'est-il pas la Miséricorde qui vient visiter les ténèbres de nos souffrances. Il suffit de le demander, d'appeler les choses par leur nom. Qui ne comprend pas les peurs qui s'emparent de nous, le refus d'une grossesse inattendue, les pressions auxquelles on n'a pas pu, on n'a pas su résister ?
Souvent j'ai pensé aux enfants qu'on n'a pas laissé naître, mais que personne ne peut empêcher d'entrer dans le Royaume des Cieux. Ils voient tout avec le regard de personne, ils comprennent leur maman, la détresse dans laquelle elle s'est trouvée. Ils souhaitent son bonheur retrouvé de femme, d'épouse, de mère...
Combien de fois j'ai parlé avec une femme qui avait traversée cette épreuve ! La conversation commençait souvent par des larmes. J'avis l'impression qu'il fallait écouter longuement pour que ce coeur dise son désir d'aimer, pour que s'exprime à nouveau toute la dignité d'une féminité blessée. Puis je parlais de l'enfant, vivant auprès de Dieu, de son regard d'amour sur sa mère, sur son père, son désir que ses frères et soeurs n'aient plus à souffrir de sa triste histoire terrestre, qu'il voit maintenant dans la lumière de Dieu, afin que tous avancent librement, dans les meilleures conditions, sur les chemins de la vie.
Je remercie tous ceux qui, dans notre diocèse ou ailleurs, agissent pour que toute femme en difficulté trouve une écoute, un accueil pour le bébé qu'elle voudrait mais ne sait pas comment le garder.
Une nouvelle fois, nous voici devant la crèche, contemplant Joseph, la Mère et l'Enfant-Dieu venu pour nous sauver, et que Bethléem n'a pas su accueillir. En priant pour notre monde, nous pourrions reprendre les mots que Jean-Paul II écrivait il y a dix ans, à la fin de l'encyclique sur la valeur et l'inviolabilité de la vie humaine : Ô Marie, aurore d'un monde nouveau, Mère des vivants, nous te confions la cause de la vie : regarde, Ô mère, le nombre immense des enfants qu'on empêche de naître, des pauvres pour qui la vie est rendue difficile. Fais que ceux qui croient en Ton fils sachent annoncer aux hommes de notre temps l'Évangile de la vie.
Cardinal Philippe Barbarin
Monseigneur François Garnier, Archevêque de Cambrai
« Sexualité, sida, cohabitation, contraception, avortement… », impossible de vous rencontrer sans que vous abordiez toutes ces questions. Je suis heureux que vous n’ayez pas peur d’en parler avec votre évêque. Je souhaite aussi que vous puissiez le faire avec vos parents, vos éducateurs, ainsi qu’avec des couples qui vous donnent de voir leur bonheur de vivre et d’aimer, quelles que soient leurs épreuves.
Je n’éviterai pas vos questions. Promis. Mais avant d’y répondre, laissez-moi faire un premier détour : donnez-moi la joie de vous « dessiner Dieu » ! Le Dieu que j’aime ! Celui que me révèle le Christ ! Tellement différent de tous les autres !
Notre Dieu ? Il est comme un fiancé passionné !
Je ne l’invente pas ! C’est la Bible qui le dit ! Avec les mots merveilleux d’un poème de braise. Lisez le « Cantique des Cantiques ». Doucement. Respectueusement. En le lisant du dedans, avec le cœur. Il ne fait qu’une dizaine de pages. Pourquoi s’en priver ? Vous n’y trouverez pas le mot « Dieu », mais l’histoire de l’amour fou entre un fiancé et une fiancée qui se cherchent, se trouvent et ne veulent plus se quitter :
« – la fiancée :
Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché ton visage.
J’ai cherché : je ne l’ai pas trouvé.
Je me suis levée ; j’ai parcouru la ville.
Dans les rues, sur les places,
j’ai cherché celui que mon cœur aime…
j’ai rencontré les gardes de la ville et leur ai demandé :
"Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?"
A peine les avais-je dépassés, je l'ai trouvé.
Je l'ai saisi, je ne le lâcherai plus… »
(Ct 3, 1-4)
« – le fiancé :
Tu es belle, ma bien aimée. Que tu es belle !
Tes yeux sont comme des colombes derrière ton voile…
Tes lèvres sont comme un ruban écarlate…
Tes joues comme des moitiés de grenades…[1] »
(Ct 4, 1 et 3)
J’aime notre Dieu qui s’appuie sur l’expérience de l’amour humain pour nous dire combien Il nous aime. Avec pudeur, mais avec passion ! J’aime qu’Il nous dise à quel point il aime le bonheur que donne l’amour partagé. Et j’aime bien qu’Il se dessine comme un fiancé qui cherche passionnément chacun d’entre nous, pour le trouver et ne plus le quitter.
Allons plus loin : Dieu est aussi comme un père et comme une mère
L’un des plus beaux tableaux qui existe représentant Dieu le Père a été peint par Rembrandt (1606-1669). C’est le père de cet enfant prodigue qui a gâché sa vie et son argent dans la « débauche avec des femmes ». (Lc 15, 11-24)
Rembrandt peint le père au moment où son enfant revient. Son fils est en guenilles, il a la nuque rasée comme un bagnard. Il a les pieds nus. Il est à genoux, il appuie sa tête contre le ventre de son père.
Le père est là debout. Ses yeux sont épuisés d’avoir pleuré. Il pose ses deux mains sur les épaules de son fils. Sa main droite est longue, effilée et douce, c’est une main de femme ; sa main gauche est forte, carrée et trapue, c’est une main d’homme. Rembrandt nous dessine un Dieu qui est à la fois père et mère, un Dieu qui est même un peu plus mère que père.
En effet, lorsque Rembrandt peint ce tableau, il habite dans le quartier juif d’une ville de Hollande. Il est chrétien mais il connaît bien les coutumes juives : il sait qu’un bon juif, le matin, lave d’abord sa main droite et ensuite seulement sa main gauche. Car la main droite est celle de la miséricorde et la gauche celle de l’exigence. Il faut toujours que la miséricorde passe avant l’exigence. J’aime qu’on représente notre Dieu comme cela… exigeant sans doute, mais toujours plein de miséricorde comme savent l’être ceux et celles qui nous aiment vraiment. Exigeant, tant il attend de nous que nous aimions mieux !
Il faut bien qu’il le soit : nous sommes tellement fragiles ; quand nous le sommes, il ne souhaite qu’une chose : nous pardonner ! Il nous accueille malgré nos défaillances, nos maladresses ; il attend notre retour et l’aveu humble de notre péché si nous avons abîmé l’amour. Il espère que nous apprenions de Lui à aimer en vérité, sans gâcher cette formidable capacité d'aimer qu'il nous a donnée.
Allons encore plus loin : « Tel Père, tel Fils »
Je peux vous dire en un seul exemple pourquoi j’aime le Christ :
Un jour, il est le seul à défendre la femme surprise en état d’adultère que tous ceux qui sont là, avec leur bonne conscience, veulent lapider (Jn 8, 3-11) ; et un autre jour, il dit : « Un homme qui regarde une femme avec envie est déjà adultère en son cœur ». (Lc 5, 28)
Eh bien, ce Christ mérite d’être contemplé : il est bien le Fils de son Père. Lui aussi a la main douce et féminine qui refuse de saisir la pierre qui blessera cette femme pécheresse. Mais il a aussi la main ferme et masculine qui la relève… avec une parole exigeante : « Va et ne pèche plus ». (Jn 8, 11)
En Jésus, comme en son Père, nous contemplons la miséricorde sans limite, mais aussi l’exigence la plus grande. En Lui, jamais l’exigence ne se dégrade en dureté et jamais la miséricorde ne se dégrade en lâcheté. Il accomplit l’exigence en demeurant dans la miséricorde et inversement. J’aime ce Christ qui déteste le péché, qui le déniche partout où il se cache et le combat, mais qui est le seul à aimer encore et toujours les pécheurs, à aimer encore et toujours le dernier des derniers des pécheurs. Il est le seul à nous croire capables de nous relever et de réapprendre à aimer.
Rappelez-vous de cela le jour où vous aurez abîmé quelque chose de votre cœur, quelque chose de votre vie ; le jour où vous aurez abîmé quelque chose de la relation avec l’autre ; ce jour-là, rappelez-vous que vous pourrez toujours revenir vers le Seigneur et lui dire « Seigneur, je ne suis pas digne, mais dis seulement une parole et je serai guéri… »
Et l’Esprit Saint dans tout cela ?
Souvenez-vous de votre Confirmation ! Si vous ne l’aviez pas encore faite, sachez d’ailleurs qu’il n’est jamais trop tard pour la célébrer ! Elle nous rappelle en effet que, depuis le matin de la Pentecôte (Ac 2, 1-12), l’Esprit Saint est Celui qui donne du souffle à l’Église. Il est Celui qui fait de nous des « chrétiens gonflés » ! Vous savez qu’Il anime et sanctifie l’Église et que sans Lui, il y a longtemps qu’elle aurait disparu comme une secte de passage ! Il réveille l’Église quand elle s’endort ; Il lui redonne courage quand elle en perd ; Il lui donne les saints et les saintes (le plus souvent des baptisés tout simples) pour la réorienter vers le Christ. Il est « feu » et « vent ». On ne le trouve pas dans les petites vies tièdes couleur de cendre, mais dans les vies ardentes qui cherchent à aimer vrai, à aimer juste, à aimer toujours et quand même. « Il vous mènera à la vérité tout entière », annonce Jésus. (Jn 16, 13). « Il vient au secours de notre faiblesse ». (Rm 8, 26). « Laissez-vous conduire par Lui », « Il vous affermira puissamment », ajoute Paul (Rm 8, 26 – Ga 5, 16 – Ep 3, 16)… là où Il est, il y a « de la joie, de la paix, … de la confiance et de la maîtrise de soi… » (Ga 5, 22-23).
Sa mission majeure est de tout recentrer sur le Christ. De tout fonder sur la Foi. Y compris ce qu’on appelle la morale, cet effort que fait l’intelligence pour réfléchir comment mieux vivre entre nous chaque jour. J’en appelle à votre expérience de jeunes qui – non sans épreuves – découvrez ce qu’est l’amitié. Vous savez bien que tout change lorsque vous aimez et que vous êtes aimés. Si j’aime et si je suis aimé, je ne peux plus vivre n’importe quoi, avec n’importe qui, n’importe comment et n’importe où. Sinon, je vais abîmer quelqu’un, le faire souffrir, lui faire du mal. Eh bien, l’Esprit qui nous révèle à quel point le Christ nous aime nous provoque à ne pas faire n’importe quoi de notre puissance d’amour. Il nous invite à laisser le Christ renouveler, ressusciter notre façon, souvent maladroite, d’aimer. Il vit dans son Église pour sanctifier ce qu’elle dit, quand elle propose à tous et à chacun des repères pour vivre en vérité l’Amour, celui que nous recevons et celui que nous donnons.
1) Vive l’Église, quand elle ne craint pas de nous appeler à la sainteté dans notre manière de vivre et d’aimer. Les baptisés n’ont qu’un seul Seigneur à servir : c’est le Seigneur de la sainteté, le Christ, qui nous appelle à devenir saints, comme Lui (1 Pi 1, 15) ! Cela paraît un peu fou, et pourtant, chaque année, la fête de la Toussaint nous rappelle que la sainteté est notre vocation commune. L’Église ne serait pas fidèle à son Seigneur si elle ne la proposait à chacun. Au moins doué comme au plus doué, au moins cultivé comme au plus diplômé, au plus handicapé comme à celui qui a la chance d’une santé débordante. Oui, l’Église nous appelle à la sainteté ; elle ne peut pas ne pas le faire ! Cela peut nous agacer, nous faire réagir, nous faire dire « pas d'accord », nous faire penser : « elle devrait s'adapter »…
Elle ne rabaissera pas la sainteté de l'amour pour faire plaisir au monde, aux modes, aux médias ou aux sondages ! On voudrait souvent qu'elle tienne le langage qui plaît aux majorités d’opinion : pourquoi pas si c’est ce que veut le Christ ? Sûrement pas si ce n’est pas cela.
J’aime cette Église qui a de l’ambition pour nous. J'aime cette Église qui nous dérange. J'aime cette Église qui ne manque pas d’audace et ne se lasse pas de nous appeler à la sainteté plus grande dans nos façons d’aimer. Nous avons aimé pour cela le Pape Jean-Paul II : il a toujours eu le courage d'appeler les jeunes et les moins jeunes à lutter contre toutes les contrefaçons de l'amour, contre tous les massacres quotidiens de l’amour !
2) Mais vive aussi l’Église quand elle reconnaît que chacun peut être confronté à des choix personnels qui sont souvent difficiles. Chaque fois que j’ai une décision à prendre, je me trouve dans une situation tout à fait singulière. Bien sûr, il y a la sainteté à laquelle je suis appelé, mais il y a cette situation très difficile et unique dans laquelle je suis…
Je vous donne un exemple. J’ai reçu un jour un couple. Je les avais préparés au mariage. Ils étaient vraiment attachés au Christ. « Nous attendons un bébé, mais toutes les analyses médicales nous font pressentir qu’il sera gravement handicapé. Aide-nous à réfléchir… ». Je me suis vite rendu compte que l’un des deux souhaitait l’avortement et que l’autre ne le voulait pas. Dans cette situation singulière, ils avaient – à deux – à faire un choix, et un choix difficile. Ils savaient ma prière : « Mon Dieu, pourvu qu’ils soient capables d’accueillir la vie de cet enfant même si elle est handicapée. Pourvu qu’ils trouvent en Toi le courage d’accueillir cette vie… ». Je devais éclairer leur conscience. Je devais les appeler à trouver dans leur foi la force de respecter toute vie. Je devais leur proposer une voie de sainteté dont la foi nous dit que Dieu nous rend capables ; mais je ne pouvais pas prendre la décision à leur place : ils étaient devant leur conscience et moi devant mon impuissance, l’impuissance que choisit d’avoir Jésus : vous savez bien qu'il ne choisit jamais à la place de celui ou ce celle qu'il rencontre : il propose, il appelle… mais il laisse libre, même s’il en souffre, comme l'Église en souffre avec lui.
3) Alors, vive l’Église quand elle respecte notre conscience personnelle, sans jamais renoncer à la rendre plus responsable. L’Église appellera toujours à la sainteté. Elle ne renoncera pas à éclairer nos consciences dans toutes les situations singulières qui seront les nôtres, mais elle se devra de respecter nos choix personnels, même s’ils ne sont pas très saints, et même pas saints du tout. Elle continuera de nous espérer, afin qu'avec la force du Christ, celle que l'on trouve dans le cœur à cœur avec Lui et dans les sacrements de l'Église, nos décisions deviennent plus dignes de Lui. C'est l'honneur de l'Église et de respecter nos choix de conscience et de les questionner toujours et encore. Qu'elle nous provoque à chercher toujours plus de vérité, de beauté et de bonté dans nos décisions. Même si dans la culture majoritaire de nos sociétés, ces décisions plus saintes apparaissent comme celles d'une minorité.
4) Enfin, vive l'Église quand elle nous donne le pardon du Christ. A ce point de notre parcours, il nous faut dire quelque chose sur le sacrement du pardon. Chaque fois que je vois – à Lourdes ou ailleurs – un jeune s'approcher d'un frère prêtre ou évêque (lesquels eux aussi se confessent) pour recevoir le pardon du Christ, je suis heureux. Pourquoi ? Parce que je sais qu'il découvre le sacrement qui transforme le coupable en pécheur. Or, cette transformation est capitale. Notre monde « crève » d'avoir des hommes et des femmes empêtrés dans leur culpabilité ou dans leur auto-justification. La confession ouvre un tout autre chemin. Elle transforme l'humiliation du coupable en l’humilité du pécheur. C'est un changement radical. Parce qu'il n'y a pas de honte à être pécheur. Dieu aime tellement les pécheurs qu'il est venu parmi eux. Dieu les aime tellement qu'avec la Croix de son Fils, il a porté tout le péché du monde. Dieu les aime tellement que par la résurrection de son Fils, il a ouvert définitivement une brèche dans la mort qui paraissait fatale.
Vous dites : « Je ne vis pas bien la relation à mon corps, j'ai du mal avec mon affectivité. Je ne vis pas bien la relation au corps de l'autre. J'ai du mal avec la pureté ». Il n’y a pas de honte à demander pardon. Le faire, c’est découvrir que tout péché est d’abord et avant tout un manque d’amour ; c’est découvrir aussi que nos plus grands manques d’amour ne sont peut-être pas ceux qui nous humilient le plus ! Le faire, c’est accepter d’être appelé à plus de liberté, à plus de responsabilité dans sa manière d’aimer l’autre. Le faire, c’est accepter d’être encore aimé. Demander pardon, c’est préférer son baptême à la misère, c’est croire que notre Dieu ne se lasse pas de relever les pécheurs que nous sommes. Demander pardon, c’est s’ouvrir à la joie d’entendre un prêtre nous dire de la part de Dieu : « Je t’assure, ne désespère pas de toi. Il t’aime encore, il a besoin de toi. Il te relève. Il te pardonne. Il te charge de mission. Avec lui, tu peux encore et toujours aimer mieux ».
Nous avons fait deux détours importants : l'un pour « dessiner notre Dieu » et l'autre pour « dessiner notre Église ». Maintenant, sans oublier le début de cette lettre, nous pouvons aller plus loin et nous donner quelques repères, afin qu'avec notre vie de tous les jours, nous disions quelque chose de la Vérité et de la Beauté de l'Amour que Dieu nous confie.
Ce n'est pas si facile. Beaucoup de jeunes n'aiment pas assez leur vie. Ils peuvent même ne plus l'aimer du tout. « Je n'ai pas la beauté que j'aimerais avoir... je ne suis pas comme j'aimerais être... je ne réussis pas comme j'aimerais réussir... pourquoi m'a t-il (elle) laissé tomber ?... on ne m'aime pas... » La forme tragique du désamour de sa propre vie est le suicide. S'aimer humblement soi-même est peut-être la plus grande grâce !
Car, dans la foi, j’apprends que ma vie vient de Dieu et qu'elle va vers Dieu. Elle vient de plus loin que la rencontre amoureuse de mes parents. Elle va plus loin que la mort. Elle peut être dramatiquement brève (un accident, une maladie grave...), elle peut me sembler trop longue (un handicap ou un mal qui n'en finit pas) : ce que je crois, c’est que Dieu me la confie pour le temps où, avec Lui, j'ai du ciel à faire sur la terre ; Il me donne ma vie avant de me partager à jamais la sienne dans ce mystérieux ciel de bonheur qu'Il veut pour chacun, chacune. Alors je prie pour que tu aimes ta vie, quoi qu'il arrive, car c'est en aimant humblement sa vie qu'on peut être aimé et aimer !
Notre Dieu ne crée pas le monde n'importe comment. Là encore, si nous relisons le premier poème de la création dans la Bible (Gn 1), nous voyons qu'Il aime la différence et la complémentarité ! Il y a le ciel ET la terre, le jour ET la nuit, la mer ET les continents, le soleil ET la lune, le monde végétal ET le monde animal ! Et d'une façon toute particulière, il s'applique à faire l'homme ET la femme... A eux deux, ils sont « à son image et ressemblance ». Merveilleux ajout qui dit combien c'est le bel amour de l'homme et de la femme qui dit le mieux à quoi ressemble son amour à Lui.
A l'heure où l'homosexualité devient un fait de société, une façon comme une autre d'aimer, notre Église garde le courage de dire deux non pour un oui :
– non à la condamnation moqueuse et méprisante des personnes homosexuelles : elles peuvent d’ailleurs souffrir de leur état de vie. Elles demeurent toutes aimées de Dieu et appelées à aimer mieux ;
– mais non aussi à la banalisation de l'homosexualité : cette voie ne peut pas être celle que nous propose le Christ ;
– oui à l'amour responsable et fidèle avec la personne différente de moi ; oui à l'altérité qui peut donner la vie !
On ne peut aimer qu'avec tout soi-même : et soi-même, c'est un corps, un esprit et un cœur !
Tel qu'il est, notre corps est un don de Dieu. A aimer avec juste mesure. En évitant deux excès contraires, mais très courants aujourd'hui.
Le premier, c'est le culte du corps et de sa beauté extérieure : le corps devie