PAROLES D’EVÊQUES

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A l’occasion de la parution de l'appel à la mobilisation pour la défense de la vie, lancé par le Pape  Benoît XVI devant l'assemblée générale annuelle des membres de l'Académie pontificale pour la vie, puis de la publication de « Sacramentum Caritatis » (dont nous reproduisons ci-dessous le N°83 : « Cohérence eucharistique »), le Dr Dor a demandé aux évêques de France de bien vouloir lui adresser pour ce site quelques textes significatifs de leurs prises de position sur l’avortement et les lois bioéthiques.

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EXHORTATION APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI  

« Sacramentum Caritatis »  n° 83 : Cohérence eucharistique

Monseigneur Jean-Michel di Falco Leandri, Évêque de Gap

                        L’avortement et le respect de la vie humaine en ses commencements

Monseigneur Guy Bagnard, Évêque de Bellay –Ars

Devant l'absurde !

Quand Dieu est reconduit à la frontière !

Remue-ménage au Parlement !

Culture de mort !

Le bateau, les hommes et la souris

Ce que j’aurais aimé exprimer au tribunal de Bourg, le 14 juin 1995 (extraits)

Message Pascal. Couronne d’épines…couronne de gloire

Monseigneur Eric Aumonier, Évêque de Versailles           

Discernement moral et action politique

Cardinal Philippe Barbarin, Achevêque de Lyon

Entretien pour KTO

Naissance

   

Monseigneur François Garnier, Archevêque de Cambrai

                      Dieu ne veut que ton bonheur

                                        I ~ « S’il te plaît, dessine-moi Dieu ! »

                                            Notre Dieu ? Il est comme un fiancé passionné !

                                            Allons plus loin : Dieu est aussi comme un père et comme une mère

                                            Allons encore plus loin : « Tel Père, tel Fils »

                                            Et l’Esprit Saint dans tout cela ?

                                        II ~ « Alors, vive l’Église ! »

                                          1)    Vive l’Église, quand elle ne craint pas de nous appeler à la sainteté dans notre manière de vivre et d’aimer

                                          2)    Mais vive aussi l’Église quand elle reconnaît que chacun peut être confronté à des choix personnels qui sont souvent difficiles.

                                          3)    Alors, vive l’Église quand elle respecte notre conscience personnelle, sans jamais renoncer à la rendre plus responsable.

                                          4)   Enfin, vive l'Église quand elle nous donne le pardon du Christ

 III ~ « Huit repères pour avancer »

                                           Premier repère AIMER SA VIE

                                            Deuxième repère S'ÉMERVEILLER D'ÊTRE HOMMES ET FEMMES

                                            Troisième repère AIMER SON CORPS AVEC JUSTESSE

                                            Quatrième repère « TU NE FERAS PAS DE L'AUTRE TON OBJET »

                                            Cinquième repère APPRIVOISER, CELA DEMANDE DU TEMPS ET DES ÉTAPES

                                            Sixième repère DÉCOUVRIR LE SENS DU SACREMENT DE MARIAGE

                                            Septième repère DEVENIR PLUS RESPONSABLE DE SA FÉCONDITÉ

                                            Enfin, huitième repère RECEVOIR TOUTE VIE COMME UN DON DE DIEU

                                        IV ~ Trois convictions qui s'appellent

                                            1 ~    Pas de relations sexuelles sans amour

                                            2 ~    Pas d'amour vrai sans mariage

                                            3 ~    Enfin, pas de mariage sans famille

 

Monseigneur André Fort, Évêque d’Orléans

                        «Embryon mon amour »

                        « Familles je vous aime »

                        Les enfants, printemps de la famille et de la société. 

 

Monseigneur Bernard Housset, Evêque de Montauban    

                        Fête des mères, journée de la vie

                        Avortement

 

 

EXHORTATION APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI

 

Cohérence eucharistique

 

83. Il est important de relever ce que les Pères synodaux ont appelé cohérence eucharistique, à laquelle notre existence est objectivement appelée. En effet, le culte agréable à Dieu n'est jamais un acte purement privé, sans conséquence sur nos relations sociales: il requiert un témoignage public de notre foi. Évidemment, cela vaut pour tous les baptisés, mais s'impose avec une exigence particulière pour ceux qui, par la position sociale ou politique qu'ils occupent, doivent prendre des décisions concernant les valeurs fondamentales, comme le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes. (230) Ces valeurs ne sont pas négociables. Par conséquent, les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine. (231) Cela a, entre autres, un lien objectif avec l'Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27-29). Les Évêques sont tenus de rappeler constamment ces valeurs; cela fait partie de leur responsabilité à l'égard du troupeau qui leur est confié. (232)

 

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Monseigneur Jean-Michel di Falco Leandri, Evêque de Gap

L’avortement et le respect de la vie humaine en ses commencements

 

Alors que la France vient de « fêter » en 2005 les 30 ans de la loi autorisant l'IVG (près de 6 millions d'IVG ayant eu lieu depuis cette date) et que de nouvelles législations ont institué en France un « délit d'entrave à l'IVG » au nom du « droit à l'IVG » pour chaque femme, l'Église, consciente des pressions à la fois sociales, économiques et même médicales qui s'exercent sur les femmes, veut avant tout redire sa sollicitude à l'égard de celles qui traversent cette douloureuse épreuve :

« Je voudrais adresser une pensée spéciale à vous, femmes qui avez eu recours à l'avortement. L'Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. Il est probable que la blessure de votre âme n'est pas encore refermée. En réalité, ce qui s'est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l'espérance. Sachez plutôt comprendre ce qui s'est passé et interprétez-le en vérité. Si vous ne l'avez pas encore fait, ouvrez-vous avec humilité et avec confiance au repentir: le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. Vous vous rendrez compte que rien n'est perdu et vous pourrez aussi demander pardon à votre enfant qui vit désormais dans le Seigneur. » Jean-Paul II, EV, 100

Mais dans le même temps, l'Église veut rappeler la valeur de toute vie humaine. L'avortement ne saurait être la véritable solution à des difficultés d'ordre socio-économiques : 

« Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l'homme doit s'en acquitter d'une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception. » Vatican II, GS 51-1 

« Avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Évêques [...], je déclare [...] qu'aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite dans le coeur de tout homme, discernable par la raison elle-même et proclamée par l'Église. » Jean-Paul II, EV, 62

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Monseigneur Guy Bagnard, Évêque de Bellay Ars

 

Devant l'absurde !

C'est le 17 janvier 1975 qu'a été promulguée la Loi sur l'avortement. Elle avait été adoptée et défendue à la Chambre des députés le 21 décembre 1974.

L'impact de cet anniversaire n'échappe à personne, tant ont été considérables les conséquences de cette loi sur la vie de la femme, du couple, de la famille, sur les relations entre filles et garçons, sur la vie en société !

J'ai été relire le discours que Simone Veil a prononcé le 26 novembre 1974 devant le Parlement. Elle y présentait, en une quarantaine de pages, l'esprit du projet de loi qu'elle allait soumettre aux députés.

On est immédiatement frappé - avec le recul que donnent ces trente années - de la distance qui sépare ce qui était alors affirmé à l'époque et ce qui se dit et se pratique aujourd'hui. Il y a une telle différence que l'on peut difficilement s'abriter derrière la Loi Veil pour justifier ce qui se passe sous nos yeux aujourd'hui. Et l'on finit par comprendre qu'en fait la "Loi Veil" n'était que le point de départ d'un processus qui allait conduire à transformer l'avortement en un simple moyen - brutal - de contraception. Le raisonnement est simple : "Puisque l'on n'a pas réussi à prévenir la conception de l'enfant, on le supprime."

Mgr André Vingt-Trois, responsable de la Commission épiscopale pour la famille, voit dans l'avortement une "commodité contraceptive". C'est bien une culture de mort qui s'est instaurée au sein de notre société.

Que disait Simone Veil le 26 novembre 1974 ? Voici ce qu'elle exprimait dès l'ouverture de son discours

"Si le projet qui vous est présenté admet la possibilité d'une interruption de grossesse, c'est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader les femmes".

Dans l'esprit de la loi, cette intention dissuasive, si fortement soulignée, devait amener la femme à renoncer à l'avortement ; la loi ne devait donc n'autoriser l'avortement que dans des cas extrêmes !

Le projet prévoyait, à cet effet, plusieurs consultations pour aider la femme "à mesurer toute la gravité de la décision qu'elle se propose de prendre. " Simone Veil explique : "Cette tâche de dissuasion et de conseil revient au corps médical de façon privilégiée". Et elle poursuit : "Le projet prévoit ensuite une consultation d'un organisme social qui aura pour mission d'écouter la femme, ou le couple, lorsqu'il y en a un, de lui laisser exprimer sa détresse, de l'aider à obtenir des aides si cette détresse est financière, de lui faire prendre conscience de la réalité des obstacles qui s'opposent ou semblent s'opposer à l'accueil d'un enfant. Bien des femmes apprendront ainsi à l'occasion de cette consultation qu'elles peuvent accoucher anonymement et gratuitement à l'hôpital et que l'adoption éventuelle de leur enfant peut constituer une solution. "

Enfin la Ministre conclut : "Tous ces entretiens auront naturellement lieu seul à seule et il est bien évident que l’expérience et la psychologie des personnes appelées à accueillir les femmes en détresse pourront contribuer, de façon non négligeable, à leur apporter un soutien de nature à les faire changer d'avis".

Comment mieux affirmer que cette loi autorisant l'avortement en certaines situations exceptionnelles voulait d'abord mettre tout en oeuvre pour que soit protégé l'enfant à naître. C'est le sens de la suggestion de l'accouchement sous X et de l'adoption.

Cette protection voulue de l'enfant était également étendue à la mère. "L'interruption de grossesse ne peut être que précoce, parce que ses risques physiques et psychiques, qui ne sont jamais nuls, deviennent trop sérieux après la fin de la dixième semaine qui suit la conception, pour que l'on permette aux femmes de s'y exposer. "

Enfin pour renforcer le caractère dissuasif de la loi, deux mesures étaient prévues

• "Le projet interdit l'incitation à l'avortement par quelque moyen que ce soit, car cette incitation reste inadmissible". Donc, toute propagande ou publicité en faveur de l'avortement est interdite.

La Sécurité sociale ne prend pas en charge l'I.V.G. "Il nous a paru nécessaire de souligner la gravité d'un acte qui doit rester exceptionnel, même s'il entraîne, dans certains cas, une charge financière pour les femmes". "L'aide médicale n'est prévue que pour les plus démunies. " Si "la société tolère l'avortement, elle ne saurait ni le prendre en charge ni l'encourager. "

Et voici les lignes qui terminent le discours de Simone Veil : "Si la loi n'interdit pas l'avortement, elle ne crée aucun droit à l'avortement... Personne ne peut éprouver une satisfaction profonde à défendre un tel texte, sur un tel sujet. Personne n'a jamais contesté, et le Ministre de la Santé moins que quiconque, que l'avortement soit un échec quand il n'est pas un drame. "

Quand on voit le chemin qui a été parcouru depuis le vote de cette loi, on ne peut que prendre acte d'un fait patent : la loi a été dé­tournée de ce qu'elle affirmait. Il est même contradictoire de se rapporter à elle pour justifier la pratique d'aujourd'hui. En quelques années, une dérive en a bouleversé complètement le contenu. On peut même dire que la loi a changé de nature. Ce changement a été si rapide qu'en fait la dérive était déjà contenue, virtuellement, au principe de la loi. Car comment dissuader l'avortement au moment où on l'autorise ? Comment une même loi peut-elle prétendre atteindre deux objectifs qui se contredisent ? Cette contradiction conduit à des absurdités dont nous sommes aujourd'hui les témoins.

La première de ces absurdités, c'est que l'embryon n'a aucun statut, aucune identité. La loi se trouve devant l'embryon comme de­vant un objet non identifié. Pourtant, on lit dans le discours de Simone Veil : "Plus personne ne conteste maintenant que, sur un plan strictement médical, l'embryon porte en lui définitivement toutes les virtualités de l'être humain qu'il deviendra". Ce silence voulu, entretenu, donne libre cours à toutes les pratiques ! Face à ce vide juridique, il est inévitable que les intérêts économiques deviennent les maîtres absolus à bord.

La seconde absurdité, c'est que l'ours des Pyrénées, le loup de Savoie, l'animal de compagnie ou un oeuf de serpent sont mieux protégés pénalement qu'un enfant à naître ! Car, bizarrement, on "sait" ce que contient un oeuf de serpent ! On "sait" mieux ce qu'est un petit ours qui est à naître, qu'un enfant humain dans le sein de sa mère.

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, a rapporté ce fait d'actualité qui s'est passé dans un hôpital "Un médecin confond deux femmes et, par erreur, avorte l'une d'elles, enceinte de six mois - au lieu d'enlever son stérilet à l'autre. La Cour d'Appel de Lyon fait son devoir et condamne le praticien pour homicide involontaire. Mais la Cour de cassation, rompant avec une jurisprudence plus que séculaire, casse l'arrêt ; elle considère que le médecin ne peut être poursuivi pour homicide involontaire. Pourquoi ? Parce que dans "homicide", il y a "humain ". Et que rien n'indique que la femme enceinte porte un être humain qui mérite d'être protégé... La preuve ? Puisque la femme est autorisée à avorter, la vie de l'enfant attendu n'a plus besoin d'être protégée. "

Et c'est ainsi que la "loi Veil", en voulant pallier les avortements clandestins, s'est transformée, au fil des années, en une loi qui donne droit à toute femme d'avorter quand elle le souhaite. De fait, le droit à l'avortement est entré dans la mentalité générale. On en parle à l'égal du droit au logement ou du droit à l'instruction. La grave question de l'enfant que l'on supprime, celle de la santé de la mère, ont quitté le champ de la conscience ; celle de l'aide à apporter aux femmes en détresse elle aussi a disparu. L'avortement, désormais, règle tout !

Le Pape Jean-Paul II observe très justement "que la conscience morale semble s'obscurcir terriblement et avoir de plus en plus de difficulté à établir la distinction claire et nette entre le bien et le mal pour ce qui touche à la valeur fondamentale de la vie humaine. "

Pour nous, chrétiens, nous avons le devoir de rappeler partout la gravité de cette situation et de venir en aide à celles qui connaissent des situations de profonde détresse. Sans doute faut-il rappeler aussi le grave devoir d'alerter les hommes politiques qui sont chargés de voter les lois, car demeure ce fait majeur et incontournable : supprimer un enfant à naître c'est supprimer la vie d'un être humain.

+ Père Guy Bagnard -Évêque de Belley Ars

 Église des Pays de l’Ain n°2 - 21.01.2005

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Quand Dieu est reconduit à la frontière !

 

Au début du mois de juin dernier, l'Assemblée du Sénat a adopté, en seconde lecture, le projet de loi concernant la recherche scientifique sur les embryons humains. Le vote a eu lieu dans la nuit du 8 au 9 juin. 304 suffrages ont été exprimés : 187 pour ; 117 contre. Le groupe U.M.P., le plus nombreux, a voté le projet à la quasi unanimité, à l'exception d'un seul sénateur : M. André Lardeux.

Le Sénat confirme donc, pour les cinq ans qui viennent, l'autorisation des recherches sur l'embryon humain, avec les précisions suivantes : les embryons destinés à un projet parental seront protégés. Par contre, tous les embryons appelés surnuméraires, c'est-à-dire en surnombre - pourront devenir un matériau de recherche pour les scientifiques ! On estime aujourd'hui leur nombre à 200.000 environ. La seule condition sera l'accord des parents.

« Au cours du vote, un amendement particulièrement important concernant le nombre des embryons disponibles pour la recherche a néanmoins été adopté par le Sénat, à 191 voix contre 112. Cet amendement, portant sur l'article 18 et déposé par le rapporteur, M. Giraud, précisait que "le couple dont les embryons sont conservés et ne font plus l'objet d'un projet parental à la date de la promulgation de la loi (...) de bioéthique, peut consentir à ce que ses embryons fassent l'objet des recherches prévues à l'article L.2151-3. " Selon cet amendement, le stock des embryons disponibles pour la recherche était donc limité à ceux existant à la date de la promulgation de la loi. Cette ultime correction n'a pas obtenu l'avis favorable de M. Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé, qui craignait ainsi de limiter la recherche française. L'amendement a été finalement supprimé par la Commission mixte paritaire qui s'est réunie le 15 juin 2004. »

Donc, en l'état actuel du projet de loi, la recherche sera possible non seulement sur le stock actuel des embryons humains surnuméraires, mais aussi sur les stocks futurs de ceux que l'on pourra constituer librement à l'avenir. Ainsi est rendu possible un approvisionnement permanent. Une fois la loi adoptée, les ministres de la Recherche et de la Santé auront tout pouvoir pour autoriser ces activités en laboratoire. Le champ d'action est totalement ouvert aux chercheurs.

On n'a pas manqué de souligner que "c'est la première fois qu'on autorise, en France, la destruction d'êtres humains pour les utiliser comme matériau ".

De fait, même si le commun des mortels n'a pas toujours une conscience claire du contenu ni des conséquences de ce qu'une telle loi engage, du moins il pressent que quelque chose de grave, d'essentiel, s'y trouve impliqué. C'est ce qu'a tenté de montrer M. Bernard Seillier, Sénateur de l'Aveyron, au cours des débats. Sans s'entourer de précautions oratoires, il a attiré l'attention sur la question majeure

"Devons-nous poser, a-t-il déclaré, une barrière infranchissable à l'expérimentation sur l'être humain, dès le début de la vie ?" Et il a poursuivi : "Apporter une réponse positive à cette question, c'est affirmer la réalité métaphysique de l'être humain et établir obligatoirement des in­terdits qui, loin de freiner `le développement scientifique, permettront qu'il soit source d'un vrai progrès sans contradiction, pour toute l'humanité. C'est reconnaître qu'il y a, au-delà du visible, une réalité dont la négation porterait tort à l'intérêt supérieur de l'humanité. C'est à cause de cette négation que se perpétuent les crimes contre l'humanité. "Parler de "la réalité métaphysique de t'être humain" et d'une "réalité au-delà du visible", c'est, en définitive, faire référence à la Transcendance, à Dieu lui-même. C'est donc s'interroger d'une façon radicale : l'humanité veut-elle s'orga­niser sans Dieu, c'est-à-dire sans une Réalité absolue sur la­quelle se fonde le respect de l'être humain ?

Si, en effet, ce respect ne repose que sur des Traditions, des Conventions, des Cultures toutes évolutives, donc provisoi­res et interchangeables, la notion de "seuil infranchissable" disparaît et perd toute signification. Dès lors, on peut faire n'importe quoi !

Il vaut la peine de se souvenir de ce que Georges Pompidou écrivait dans "Le noeud gordien", peu de temps avant de mourir

"La conviction qu'il existe une Puissance qui s'impose aux hommes constitue pour ceux-ci, et donc pour ceux qui les dirigent, une sorte de garde-fou d'autant plus utile que les moyens dont nous disposons aujourd'hui sont plus terrifiants. "

Pour un croyant, ramener Dieu au rôle de "garde-fou" est certainement réducteur. Mais on voit ce que vise le raisonne­ment : si le ciel devient vide de Dieu, alors l'humanité perd tout repère. Le choix de privilégier une direction repose en définitive sur un arbitraire. Toutes les directions sont égale­ment justifiées parce que toutes sont indifféremment valables.

S'il fallait citer encore un autre Président de la République, je citerai François Mitterrand ! Dans son tout dernier entretien avec Marie de Hennezel, il parle de la mort en pensant naturellement à la sienne qu'il sent toute proche

"Jamais peut-être le rapport à la mort n'a été aussi pauvre qu'en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes, pressés d'exister, paraissent éluder le mystère. Ils ignorent qu'ils tarissent ainsi le goût de vivre d'une source essentielle. "

Là aussi, parler de "mystère", de "source essentielle", n'est -ce pas invoquer une réalité supérieure avec laquelle l'homme est en étroite parenté et en laquelle il trouve le fondement de son absolue grandeur.

Comment mieux dire que s'en prendre à la Transcendance, c'est s'en prendre à l'homme lui-même. C'est s'engager sur la voie d'une "dégradation irréversible de l'humanité". C'est pourquoi l'enjeu est si considérable. L'étonnant est que l'éla­boration d'une législation à si grande portée pour l'homme, s'effectue dans une indifférence quasi générale, signe, dit M. Bernard Seillier, "de l'affaiblissement de la conscience mé­taphysique." C'est d'abord dans ce registre là que se situe ce que l'on pourrait appeler la maladie de l'humanité, une mala­die provenant de la perte de la notion de bien et de mal.

Jean-Paul II ne disait pas autre chose quand - dans son exhortation sur l'Europe - il écrivait l'année dernière

"Les grandes valeurs qui ont amplement inspiré la culture européenne ont été séparées de l'Évangile, perdant ainsi leur âme la plus profonde et laissant le champ libre à de nombreuses déviations. "

Ainsi, dans la constitution de ses lois, l'homme se passe de la Transcendance comme, au Premier Livre de la Genèse, il s'est passé de Dieu pour élaborer sa conduite.

+ Père Guy Bagnard Évêque de Belley Ars

Église des Pays de l Ain n°13 - 9.07.2004

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Remue-ménage au Parlement !

La classe politique se trouve aujourd'hui bien embarrassée. Une loi vient d'être votée à la Chambre des Députés, rangeant parmi les délits "l'interruption involontaire de grossesse" (I.I.G.). La loi a été votée en fin d'après-midi, devant une hémicycle clairsemé. Au réveil, le lendemain, grand émoi chez les Parlementaires et les membres du Gouvernement ! C'est que l'I.I.G. pourrait remettre en cause l'I.V.G.!

Ce que recherche cette nouvelle loi, c'est d'apporter de la clarté dans certaines situations. Ainsi, par exemple, le cas de cette femme qui perd l'enfant qu'elle attend dans un accident de voiture. Son véhicule a été heurté violemment par un automobiliste qui n'a pas respecté le code. Elle s'en tire, heureusement, sans trop de dommage, mais l'enfant, lui, meurt. Elle porte plainte. C'est alors la surprise : on ne peut recevoir sa plainte, car la loi ignore qu'elle attendait un enfant, "son" enfant. La loi ne fait pas de différence entre celle qui attend un enfant et celle qui n'en attend pas !

Supposons que la Justice reçoive la plainte ! Elle sera obligée d'identifier "ce" que portait cette femme : un enfant ou "quelque chose" d'autre qu'on ne peut nommer. Elle est donc conduite, de gré ou de force, à donner un statut à l'embryon et au foetus. C'est justement ce que la législation refuse ! Actuellement, une femme qui attend un enfant porte en elle, aux yeux de la loi, quelque chose qui est indéchiffrable, sur lequel le législateur ne veut pas se prononcer. C'est bien "quelque chose", mais on évite de l'identifier.

L'avantage, dans cette position - si l'on peut parler ainsi - c'est que l'on peut agir sur ce "quelque chose" en toute liberté. Comment pourrait-on accuser quelqu'un qui porte atteinte à quelque chose d'inconnu ! Mais, à l'inverse, on ne pourrait prendre la défense de quelqu'un qui veut protéger quelque chose d'inconnu. Les deux situations sont renvoyées dos à dos pour motif d'ignorance.

C'est pourquoi cette loi dérange sérieusement ! On ne peut pas à la fois considérer une I.I.G. comme un délit - un acte poursuivi par la loi parce que... c'est un mal - et une I.V.G., non poursuivie par la loi, parce que l'acte est jugé comme un bien. On ne peut pas avoir le droit d'interrompre une grossesse et refuser le droit de la poursuivre. L'incohérence est trop voyante. Ça passe mal ! Donc, en l'état, il est préférable de rester silencieux. Ainsi, en l'absence d'une législation, la Justice ne peut rendre son jugement.

Sans doute, dans le langage courant, on continuera bien de dire qu'une femme attend un enfant ; et le bon sens fera de lui-même la différence entre une femme enceinte et une autre qui ne l'est pas, surtout quand on arrive dans les derniers mois, comme c'était le cas de la conductrice accidentée.

Mais, face à la Loi, le bon sens doit se résoudre à renoncer à lui-même. On doit dire : "j'ignore de quoi il s'agit"... comme on dit, dans le langage populaire :"Je ne veux pas le savoir !"

Il y a quelque chose de dramatique à refuser ainsi de se prononcer. Bien - Mal, tout se mélange dans la tête des gens ! Comment alors se plaindre d'un manque de repères dans notre société, puisque les Responsables se refusent, délibérément, à apporter l'éclairage nécessaire aux consciences !

Ce choix du silence sur l'identité du foetus est d'autant plus intenable que les échographies pratiquées en grand nombre - en moyenne quatre pour chaque femme qui attend un enfant - montrent sur écran l'enfant qui vit dans le sein de sa mère. On distingue nettement sa bouche, ses bras, ses jambes. On en voit même qui tètent leur pouce. Et on en voit aussi se défendre désespérément quand on s'en prend à leur vie ! On a parlé du "cri silencieux" ! Tout montre que le foetus a une vie autonome dès la conception.

Sans doute il ne peut pas se développer en dehors du corps de sa mère. Mais à l'intérieur de ce corps, il a une autonomie propre. Relié à la mère, il est différent d'elle. Il "n'est pas", purement et simplement, le "corps" de sa mère.

Qu'il y ait des ambiguïtés dans cette loi qu'il faille lever, c'est certain. Mais enfin, soyons clairs la future mère qui porte plainte pour la perte de son enfant est dans son droit ; et l'avortement reste une atteinte mortelle portée contre un être humain innocent qui ne demande qu'à vivre. Il faut avoir le courage de le dire.

C'est faute d'avoir ce courage que les esprits finissent par être totalement dans le brouillard et ne perçoivent même plus la gravité des actes qui sont posés.

Nous devrions avoir l'audace d'écouter la voix des Prophètes de notre temps qui ne manquent pas de s'élever, celle de la bienheureuse Mère Térésa, par exemple. Voici ce qu'elle disait à l'occasion de la remise du Prix Nobel de la Paix, à Oslo, en 1979, devant un parterre de Chefs d'État et de Personnalités

"J'ai une conviction dont je voudrais vous faire part à vous tous : aujourd'hui, le plus grand ennemi de la paix est le cri de l'embryon innocent. Si une mère est capable de tuer l'enfant qu'elle porte en elle, qu'est-ce qui pourrait nous empêcher de nous tuer les uns les autres ? Mais aujourd'hui on tue des millions d'enfants innocents et nous ne disons rien. Nous lisons ceci et cela dans les journaux, mais personne ne parle de ces millions de petits qui ont été conçus du même amour que vous et moi, avec la vie de Dieu... Pour moi, les nations les plus pauvres sont celles qui ont légalisé l'avortement. Elles ont peur des petits, elles ont peur de l'embryon. Et l'enfant doit mourir parce qu'on le refuse... C'est pourquoi je vous invite aujourd'hui, Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs, vous tous qui êtes venus ici de nombreux pays du monde priez pour que nous ayons tous le courage de protéger la vie embryonnaire. "

 

+ Père Guy Bagnard Évêque de Belley Ars

Église des Pays de l Ain n°20 - 5.12.2003

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Culture de mort !

Le Parlement européen vient de rendre son verdict ! Dans un rapport adopté le mercredi 3 juillet, par 280 voix contre 240, et à l'issue d'un débat houleux, les eurodéputés ont demandé que "l'avortement soit légalisé, sûr et accessible à tous" dans toute l'Europe.

Ainsi chaque pays membre de l'Union devra s'aligner sur ce "Parlement universel" et les pays qui attendent à la porte de l'Europe devront modifier leur propre législation, s'ils veulent y entrer.

On s'achemine donc progressivement vers la constitution d'un "super pouvoir" qui donnera à chaque pays la ligne de conduite à tenir dans les domaines aussi différents que celui de l'économie, celui de la répartition des finances, celui de la monnaie, celui de la famille et de l'éducation des enfants. Ainsi, une sorte de Quartier Général, de plus en plus éloigné des gens et de plus en plus puissant, s'organise sous nos yeux. Comment ne pas être inquiet de l'avenir ? On parle de « mondialisation », mais parlons déjà d' « européanisation » !

Sans doute, faut-il se réjouir de voir les pays du vieux continent se rapprocher les uns des autres, entrer dans une collaboration cordiale et une aide mutuelle. Qui ne serait heureux de ce "vivre ensemble" qui éloigne le spectre des guerres et des violences insensées d'un passé encore récent ?

Mais cette violence n'est-elle pas en train de revenir sous la forme d'un pouvoir législatif dont chaque peuple particulier se laisse progressivement déposséder ? Car enfin, concernant l'avortement, n'y a-t-il pas quelque chose d'exorbitant à vouloir imposer une loi à tous, alors que, dans notre propre pays - je ne parle que de lui ! - on ne parvient pas à donner un "statut" au foetus. On le manipule, on l'élimine, mais chercheurs et médecins ne savent pas sur "QUOI" ils interviennent. S'agit-il d'un être humain ou d'une tumeur maligne, d'un matériau utile ou inutile ? Personne ne semble pressé de mettre un nom sur ce qui fait pourtant l'objet d'une législation de plus en plus étendue ! On promulgue une loi en lais­sant dans l'ombre ce qui est à son fondement.

  

Ainsi, le 25 juin dernier, au cours d'un procès, la Cour de cassation a refusé à nouveau de se prononcer sur la nature du foetus. Elle a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une "personne". Donc, de la part des parents qui portaient plainte pour le décès d'un futur bébé, mort dans un accident de la route dont ils n'étaient pas responsables, il n'y avait pas de dommage à réclamer. Pourtant, l'avocate générale avait dit : "L'être humain est respectable dès le commencement de sa vie, sans aucune autre condition". Elle avait ajouté : "A quelques minutes près - selon qu'il est né ou non - l'enfant peut être protégé juridiquement ou pas. C'est extrêmement choquant".

Voilà donc la question faut-il instaurer une "protection" pour "CE" qui a commencé de vivre sans être né ? On le voit : à vouloir ne pas répondre sur le statut des foetus, on entre dans un dédale de questions de plus en plus étranges.

Le Docteur Roger Bessis, Président du collège d'échographie foetale, s'est ainsi adressé aux juges : "On ne peut pas dire que la mort d'un foetus n'est rien ! Un homme qui blesse une femme enceinte et provoque le décès du futur bébé, on ne peut pas dire qu'il n'a rien fait. La jurisprudence actuelle protège plutôt les médecins, c'est vrai, mais il faudrait aujourd'hui établir un statut du foetus. Il y a un décalage entre l'évolution de la société et de la médecine - car nous soignons désormais ces bébés à naître in utero - et le droit".

Tout le monde se tourne alors vers le législateur. C'est à lui que l'on demande de se prononcer ! Mais, à l'évidence, il y a longtemps que la pratique impose déjà sa loi !.,.

Ne faut-il pas aussi se tourner vers les consciences ? Un député, ancien Ministre, M. Jack Lang, a fait cette quasi-confidence au journaliste venu l'interviewer "Avec d'autres, je me suis battu pour la contraception et j'ai plaidé pour le droit à l'avortement. Je le referais si c'était à refaire./

Mais, en même temps, dans l'intimité de ma conscience - et cela n'engage que moi -, je ressens l'interruption de la genèse de la vie humaine comme une mutilation ou une souffrance."

Enfin ! Voilà quelqu'un qui laisse parler sa conscience. Ne faudrait-il pas que le Parlement aussi écoute cette voix des consciences avant de légiférer à l'échelon de l'Europe ? Cette voix n'est-elle pas celle du Bon Sens et de la Sagesse ?

Et revient toujours la même question cruciale : faut-il faire dépendre la nature du foetus d'un vote majoritaire ? La vérité de ce que chacun d'entre nous a été dans le sein de sa mère serait-elle brusquement livrée à une entente entre Députés, par ailleurs soumis à toutes sortes de pressions !

Nous sommes bel et bien entrés dans l'ère de la culture de mort !

+ Père Guy Bagnard, Évêque de Belley Ars

Église des Pays de l Ain n°13 -           12.07.2002

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Le bateau, les hommes et la souris

 

Il y avait un océan grand, vaste et beau, tumultueux parfois. Sur cet océan na­viguait un vaisseau aux larges voiles couleur de nuage. Les vagues étaient comme des jours et l'abîme de ces vagues était comme des nuits. Sur le bateau vivaient de nombreux hommes, tous fiers et aimant Dieu, la terre et les étoiles. Il y avait aussi une souris, si petite sur le bateau que personne n'y prenait garde. Le bateau filait à bonne allure et sur l'horizon se détachaient des chaînes de volcans en éruption.

La souris rongea un biscuit, mais les marins se dirent : "un de plus, un de moins, bah ! Qu'importe !". Un jour elle rongea l'embase de la corde qui amenait la grande voile et elle se cacha sitôt son forfait accompli. Puis un autre jour de grand soleil où l'on faisait escale sur une île sauvage, monsieur souris monta à bord et il rencontra madame et le navire reprit la mer ; deux biscuits furent rongés et les petits de monsieur et madame souris vinrent au monde par une après-midi de grand vent. D'autres cordages furent rongés et tous les biscuits des marins furent mangés par toutes ces souris qui avaient grand faim. Le capitaine décréta que l'on ferait la chasse aux souris mais elles étaient déjà si nombreuses que le navire dût aborder sur l'île aux volcans. Le pain ne dura pas longtemps, un gros volcan se réveilla fort en colère et le bateau avec son équipage fut enseveli sous un torrent de lave. Madame souris, seule, en réchappa et l'on dit qu'elle attend toujours un bateau. Moralité : Avant d'être contraint à faire escale là où vous ne voulez pas, chassez le mal à sa première apparition !

 

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Ce que j’aurais aimé exprimer au tribunal de Bourg, le 14 juin 1995 (extraits)

Des propositions positives

Pour rester dans un esprit constructif, il est bon de proposer des moyens concrets pour remédier aux situations de détresse

 - et d’abord faciliter l’adoption ;

 - que la loi souligne davantage la responsabilité du père ; qu’elle lui forme un devoir d’assumer les conséquences de ses actions. Dans cette loi, l’homme brille par son absence. Le couple n’existe pas ! Nous sommes dans une société sans père ! La femme, le plus souvent, se débat seule, comme elle peut.

- que, par le jeu des subventions, des organismes sociaux d’aide aux familles se multiplient ;

- que les mères de famille soient mieux reconnues dans leurs tâches familiales et leur mission d’éducation ; qu’elles aient un salaire à l’égal de ceux qui exercent une profession ;

- qu’il y ait une véritable solidarité de la société avec les femmes en détresse. Rien n’est inéluctable. Devant des situations apparem­ment sans issue, il reste encore des chemins possibles, des voies à découvrir. L’inventivité humaine est admirable.

 

- Enfin – et c’est peut-être le plus important – que la loi dise clairement ce qu’il en est de l’embryon. Oui ou non, a-t-on affaire à un être humain ? Ce procès n’est pas seulement celui des accusés, mais d’abord celui d’une législation, celui de l’Étai qui, jusqu’alors, se refuse à donner un statut a l’embryon et Lui se prononcer sur son identité. Dans l’ignorance de ce qu’est un embryon, il est logique qu’on puisse le traiter n’importe comment et en faire n’importe quoi !

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+ Père Guy BAGNARD Évêque de Belley Ars

 

 

MESSAGE PASCAL
COURONNE D'EPINES... COURONNE DE GLOIRE !

Par Mgr BAGNARD

Les journaux nous ont appris, dernièrement, une nouvelle assez singulière un roi avait décidé, de lui-même, de déposer sa couronne ! La raison avancée était encore plus singulière que le geste : le roi estimait ne pas pouvoir donner sa voix à une loi qui contredisait gravement sa conscience. Dans une lettre au Premier Ministre, il avait écrit : "Serait-il normal que je sois le seul citoyen belge à être forcé d'agir contre ma conscience dans un domaine essentiel ?". Il recourait donc à la constitution de son pays pour pouvoir légalement ne pas voter la loi ! Et ainsi, il devenait, pour un temps, un roi découronné... avec un risque cependant : celui de se déconsidérer aux yeux de tous, puisque la constitution ne prévoit que trois cas où une telle procédure devient légitime : il faut que le roi soit fou, malade ou prisonnier. Comme il n'était ni prisonnier, ni atteint par la maladie, il s'exposait à ce qu'on tire la conclusion.

Aujourd'hui, l'appel à la conscience semble produire dans notre société le même effet qu'un grain de sable qui se serait introduit dans des rouages délicats et complexes. Sa présence, tel un virus dans un ordinateur, finit par dérégler tout le système. C'est si vrai que certaines fonctions, affirme-t-on, ne devraient plus être autorisées à recourir à la clause de conscience. On ne saurait dire plus clairement que certaines tâches ne seront plus désormais assumées que par des "hommes-sans-conscience". Quand je me trouvais en 1960, sur le territoire algérien en pleine guerre, j'ai entendu développer ces raisonnements en des circonstances ô combien difficiles !

L'appel à la conscience jette habituellement dans un profond embarras. Celui qui invoque ce sanctuaire le plus sacré et le plus noble de l'homme jette le trouble autour de lui. Il dérange par le simple fait qu'il déclare "avoir une conscience" ! Car il renvoie ainsi brutalement chacun à la sienne ! Il n'y a pas de situation plus périlleuse que celle-là : attirer les regards sur soi alors que l'on voudrait au contraire les tourner vers un au-delà de soi-même ! Reconnaître que l'on a une conscience n'est-ce pas avouer, en effet, que l'on est habité par plus grand que soi ! La vérité existe ! Elle ne peut être arrangée selon nos goûts, à moins d'avoir introduit un virus, le virus "endormeur de conscience". Il n'y a pas pire gêneur que celui

qui dérange un dormeur !

 

Il n'est pas difficile de relier cette actualité brûlante aux fêtes pascales ; les communautés chrétiennes célèbrent, en ces jours, la résurrection du Christ, Celui qui fut, à un degré indépassable, "le gêneur" : un gêneur pacifique, innocent, qui refuse jusqu'au bout de se défendre mais qui laisse tomber de sa bouche des paroles auxquelles l'humanité viendra ou se nourrir - ou se heurter -jusqu'à la fin des temps.

Qu'on se souvienne de ce dialogue étonnant entre le Christ et son jugé

- "Alors tu es roi ?"

- "C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix !"

- Pilate lui dit : "Qu'est-ce que la vérité ?".

Le juge perd pied. Il est littéralement dépassé par ce condamné qui est là devant lui, les mains nues. Le prisonnier est roi ; mais c'est d'un royaume où règne la Vérité. C'est pourquoi, le juge est invité, avec une impressionnante sérénité, à se laisser mesurer par la vérité. Le Christ est un prodigieux éveilleur de conscience. Il tourne vers ce centre essentiel les regards de tous ses interlocuteurs. Il met chaque homme en devoir de rentrer en lui-même et de se laisser regarder par "le Père" qui voit dans le secret, Lui qui est source de Vérité !

Le Père a couronné de gloire Celui que les hommes avaient couronné d'épines. D'une certaine façon, Pâques nous fait célébrer la victoire d'une Conscience qui se livre jusqu'au bout à la vérité et qui voudrait entraîner toute l'humanité dans son sillage, parce qu'il est lui-même la Vérité ! C'est le triomphe de la vie sur la mort dans la clarté et la fidélité sans compromission à la Personne du Christ.

Dans cette lumière de Pâques, on peut s'interroger : la vérité est-elle simplement dans un bulletin de vote ? Est-elle affaire de majorité, une question de coutume .? Est-elle le fruit du seul consensus social ? Il y a deux mille cinq cents ans, Platon recueillait déjà cette opinion des lèvres de Protagoras, son interlocuteur !

L'acte par lequel un enfant est supprimé dans le sein de sa mère devient-il moral parce qu'il s'harmonise avec le point de vue majoritaire ? On voit bien le glissement qui s'opère. Dans un premier temps, le "légal" se détache du "moral' pour se constituer en domaine indépendant; puis, dans un deuxième temps, le légal devient purement et simplement moral ! Ce qui est "légal" devient"légalement moral" ! Mais au cours de ce glissement, quelque chose de capital se produit : la conscience personnelle s'est évanouie ! Agir et se comporter comme la Majorité tend alors à devenir la ligne de conduite de chacun. Dans ce climat, il est extrêmement courageux de sortir du rang !

Le Père Bro, célèbre prédicateur de Notre-Dame de Paris, rapporte le fait historique suivant Il écrit : ( "Le génial compositeur que fut Beethoven a dû s'interroger sur le mystère de sa naissance. On connaît la question

- "Dans le cas d'une famille dont le Père est syphilitique, dont le premier enfant est aveugle second unijambiste~ troisième tuberculeux, le quatrième diminué mental. Un cinquième s'annonce, faut-il le supprimer ?

- Sans aucun doute, répond le généticien.

- Alors, vous auriez supprimé Ludwig van Beethoven" ).

Avoir foi en l'avenir. Accueillir l'enfant parce que c'est un être humain ! Le Seigneur nous dit : "Tu ne tueras pas !.

J'aime ce témoignage d'une mère de famille, membre de l'ACGF. Il a été publié dans Le Journal du Mouvement, il y a quelque temps.

"J'ai quarante-cinq ans et à nouveau, je vais avoir un bébé. Certains me disent : "Il faut avorter, c'est trop tard pour avoir un enfant". On me donne des soi-disant conseils ? Mais je sais déjà ce que je ferai. Cet enfant, c'est le mien, c'est une vie. Je n'ai pas le droit de vie ou de mort. Je le garderai. Les gens penseront ce qu'ils voudront, je m'en fichue Les enfants sont heureux d'avoir à nouveau un petit frère ou une petite soeur. Les plus grands font tout ce qu'ils peuvent pour m'aider. Ma grossesse se passe très bien.

Tout va bien. Et quand la sage-femme me dit: "C'est un garçon", je lui réplique aussitôt:

- "Dites-moi, Madame, est-il normal ?".

- "Rien de plus normal, il mesure 54 centimètres et pèse 4,540 kg. C'est le plus beau bébé de la journée". Elle me regarda surpris

- "Pourquoi me posez-vous cette question ?"

- "On m'a dit que je risquais d'avoir un trisomique à cause de mon âge".

- "C'est un très beau bébé, Madame On lui donnerait un mois". Quel dynamisme et quelle foi en l'avenir ! Et quelle joie pour l'enfant à qui on a permis de naître. N'est-ce pas le tout premier de ses droits ? On sent passer ici le souffle de Pâques. Mais il restera toujours vrai que pour dire oui à la vie, il faut faire un choix décisif dans une conscience éclairée par le Bien ! Il faut alors refuser toutes sortes de sollicitations, refuser de prêter sa voix à toutes sortes de chansons ! D'une certaine manière, il faut courir le risque de porter une couronne d'épines ! Nous savons que, sur cette route, nous avons été précédés par Quelqu'un !

En définitive, la couronne de gloire est toujours précédée d'une couronne d'épines ! Le oui à la vie passe par le non à la mort ! Tant pis s'il faut, pour cela, qu'un roi se découronne ! Notre Roi n'a-t-il pas connu la croix avant de baigner dans la lumière de la résurrection ?

+ Père Guy BAGNARD Évêque de Belley Ars

Église des Pays de l Ain n°8 - 13.4 .1990

 

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Monseigneur Eric Aumonier, Évêque de Versailles

 

Discernement moral et action politique

 

Les débuts de congés de l'été sont propices aux annonces pénibles, et nous y avons eu droit comme chaque année! Je n'évoque pas les régulières augmentations des timbres poste ou de l'essence, qui ne nous traumatisent plus beaucoup, mais l'application des lois autorisant l'avortement quasiment à domicile, par un décret qui ne traumatise pas davantage, semble-t-il, la population de notre pays. La présentation de la décision par les média nationaux a été effrayante de neutralité: n'ont été évoqués que les avantages matériels, et les économies budgétaires qu'une telle décision est censée comporter. Personne ne s'interroge pour se demander pourquoi le nombre des avortements n'a pas diminué depuis que la loi dépénalisant l'avortement a été votée. Ni pourquoi les seuls avertissements "techniques" (usage des préservatifs) pour éviter l'attente d'enfant ne sont pas aussi "efficaces" que leurs promoteurs l'imaginaient... Il est tacitement admis par certains, clairement dit par d'autres, que les premières victimes de l'IVG (puisque l'abréviation, l'euphémisme IVG couvre la honte) ne seraient pas des enfants mais des "masses moléculaires" non identifiées. Dans ce contexte, dire ou penser qu'ils ont été tués apparaît inconvenant et on dira qu'ils ont été "supprimés". Comble de l'hypocrisie, il revient à la "santé" de rembourser un acte considéré dans les faits comme l'équivalent d'une maladie: attendre un enfant dans des conditions non désirées ou non prévues. Une société qui banalise et présente comme un acte neutre ce qu'elle présen­tait hier comme, un moindre mal, mais tout de même comme un mal, une telle société est en survie artificielle. Elle ne veut plus vivre mais profiter. Elle se demande qui paiera demain les retraites des anciens, mais comment prépare-t-elle l'avenir?

Les chrétiens ne gémissent pas mais font appel à la conscience éclairée. S'ils voient la perversité de certains systèmes -Le Pape et les évêques l'ont montré pour leur part maintes fois -, ils cherchent de toutes leurs forces, avec beaucoup d'inventivité et de présence gratuite, à agir. Je pense à tout ce qui est fait pour soutenir les familles et les femmes en désarroi, pour aider à l'accueil de l'enfant, ou, si l'avortement a eu lieu, à l'accompagnement des mamans la plupart du temps laissées seules. Le Service de pastorale familiale publiera dans les mois qui viennent la liste des associations qui travaillent en ce sens, et qui méritent d'être connues et soutenues. Mais il y a aussi le travail en amont, que rien ne remplace: l'éducation des jeunes et des adultes. Il s'agit, non pas de "débattre" pour débattre, mais de réfléchir et d'aider à réfléchir sur ce qu'est l'homme, une authentique liberté humaine, la société. Des repères solides existent. Ils nous ont été redonnés, notamment dans l’Évangile de la vie (Jean Paul II, 25 Mars 1995). La catéchèse, des formations sont offertes, sans doute pas assez nombreuses ou pas assez connues. C'est un gros travail, mais les fourmis aussi savent travailler, surtout quand elles ont la foi et l'espérance!

+ Eric Aumonier

Évêque de Versailles pour les Yvelines

 

 

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Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon

 

 

 

Entretien pour KTO

 

Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a bien voulu répondre à nos questions sur la réalité de l'avortement en France et l'éclairage évangélique qu'il convient d'offrir à une société blessée.

 

Monsieur le Cardinal, quel bilan faites-vous des trente ans de la loi Veil ?

Les statistiques montrent que le nombre d’avortements augmente, il y en a  plus de 200 000 par an en France. Cet acte,  qu’on voulait ne pas punir dans certaines circonstances, a été rapidement considéré comme laissé au libre choix de chacun.  On en est venu non seulement à permettre, mais à recommander l’avortement, si l’on décelait le risque d’un possible handicap chez l’enfant à naître… Beaucoup estiment aujourd’hui que c’est un droit auquel il ne faut porter atteinte sous aucun prétexte. J’ai même lu un texte d’un responsable politique, le regardant comme un « droit fondamental » de notre pays. Quelle dérive ! Le prologue de la loi de 1975 rappelle pourtant l’article 16 du Code civil, qui affirme que « la loi garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ». Depuis trente ans, j’ai l’impression qu’on ne fait que des exceptions à ce principe majeur de vie sociale.

 

Quel regard pastoral vous inspire la réalité de l'avortement ?

Tout le monde ferme les yeux sur les souffrances qui s’ensuivent : « Le syndrome post avortement » pour tant de femmes, qui peut aller chez certaines d’entre elles, jusqu’à leur hospitalisation dans des établissements psychiatriques. Et les difficultés familiales aux formes multiples. Que de culpabilité enfouie chez des pères ayant refusé leur paternité, par peur ou par lâcheté, chez des médecins et des personnels soignants qui voudraient ne plus continuer à pratiquer d’I.V.G., et qui sentent en eux comme une déchirure qui s’aggrave ! Pourquoi ne pas redire les choses simples de la vie et de la foi ? Nous avons toujours entendu les mamans dire : « Mon bébé commence à bouger » ou : « Quand j’attendais mon deuxième… ». Vatican II nous enseigne à quel point il s’agit d’un acte grave et dramatique. Tout le monde s’accorde pour dire cette évidence que tant qu’il y aura des guerres le monde ne sera pas en paix , Mère Teresa complétait : « Tant qu’il y aura l’avortement, le monde ne sera pas en paix.»

 

Mais alors, comment réagir aujourd'hui ?

Il faut reprendre la parole, sinon le silence nous étouffera. L’enfant de Noël n’est-il pas la Miséricorde qui est venue visiter les ténèbres de nos souffrances ? Demandons-lui la grâce d’une guérison intérieure profonde, complète. Le pardon de Dieu est offert à tous, il est plus fort que tous nos péchés et toutes nos souffrances. Il suffit de le demander, d’appeler les choses par leur nom. Combien de fois, j’ai parlé avec une femme qui avait traversé cette épreuve ! La conversation commençait souvent par des larmes. Il fallait écouter longuement pour que ce cœur dise son désir d’aimer, pour que s’exprime à nouveau toute la dignité d’une féminité blessée. Puis je parlais de l’enfant, vivant auprès de Dieu, de son regard d’amour sur sa mère, sur son père. Cet enfant voit maintenant tout dans la lumière de Dieu, il désire que ses frères et sœurs n’aient pas à souffrir de sa triste histoire terrestre, et que tous avancent librement, dans les meilleures conditions, sur les chemins de la vie.

 

Dans le documentaire de Marie Mitterrand « Avortement ou accueil de la vie », vous déclarez que l'Église n'a pas été assez présente au moment de la discussion de la loi Veil et qu'il faudrait demander pardon pour cela.

 

Je ne suis pas le seul à penser cela. J'en ai parlé à d'autres évêques qui partagent le même avis. La question de l'avortement est trop grave pour que la moindre équivoque soit possible sur la pensée de l'Église. Aujourd'hui, il nous faut reprendre la parole, éclairer et libérer  les consciences,  secourir autant qu’il sera possible les nombreuses personnes blessées par ce drame.

Des propos recueillis par Gérard Leclerc

 

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Naissance

 

Marie dès qu’elle a compris l’incroyable événement qui venait de se passer en elle, a entonné un cantique d’action de grâce : Magnificat. Mon esprit exulte en Dieu mon sauveur.

J’aime écouter aussi Zacharie qui ne cache pas sa joie devant Jean-Baptiste, l’enfant qu’on n’attendait plus. Quand il retrouve l’usage de la parole, le papa exulte devant son petit bonhomme : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël(…) Et toi, petit enfant, tu marcheras devant, à la face du Seigneur, pour annoncer à son peuple le salut, par la rémission des péchés.

A chaque fois qu’un faire-part de naissance m’arrive, je le reçois comme un rayon de Noël, et j’entends monter en moi le chant de la naissance. Mais tout cela reste discret, pour ne pas risquer de blesser ceux qui n’arrivent pas à trouver la joie de Noël.

Je pense aux couples qui se réunissent pour prier et partager leur peine, car ils attendent depuis des années d’avoir un enfant…qui n’est toujours pas là. Leur souffrance m’a décidé à célébrer la messe pour eux chaque semaine, le jeudi.

L’an dernier, j’ai passé l’après-midi de Noël dans un bidonville de Lyon, et au milieu de centaines de Roumains et de Yougoslaves que nous ne savions pas comment accueillir parmi nous, je me rappelais la phrase de l’Évangile : il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Souvent je me suis demandé pourquoi on fêtait tant de martyres après Noël, pourquoi cette couronne rouge, mêlée à la lumière de la Nativité ? Saint Etienne, le premier martyr, dès le lendemain, et les saints innocents, fêtés le 28 décembre, avec leurs mamans qui ne « veulent pas être consolées » ? Autour de la naissance du Christ, plane déjà l’ombre de la Croix. L’immense joie de sa venue est vraiment faite pour la guérison de nos blessures. Et, cette année, je pense à tous les enfants que ne sont pas nés, qu’on n’a pas laissé naître, l’une des plus douloureuses plaies de notre société !

          Il y a trente ans, une loi a dépénalisé l’avortement en France. Et les statistiques montrent que le nombre des avortements augmentent, qu’il y en a plus de 200 000 par ans. Rapidement, cet acte qu’on voulait ne pas punir dans certaines circonstances, a été considéré comme un libre choix laissé aux parents. On est venu non seulement à permettre, mais à recommander l’avortement, si l’on décelait un risque d’un possible handicap chez l’enfant à naître…Beaucoup estime aujourd’hui que c’est un droit auquel il ne faut porter atteinte sous aucun prétexte. J’ai même lu un texte d’un responsable politique, le regardant comme « un droit fondamental » dans notre pays.  Quelle dérive ! Et moi qui croyais que les droits fondamentaux, c’est la liberté, la santé, la nourriture, l’instruction…

Dans le prologue de la loi de 1975, on trouve le texte de l'article 16 du code civil,qui affirme que" la loi garantie le respect de l'être humain dès le commencement de la vie". Depuis trente ans, j'ai l'impression que l'on fait que des exceptions à ce principe majeur de la vie sociale.

Et tout le monde ferme les yeux sur les souffrances qui s'en suivent : "le syndrome post-avortement" pour tant de femmes, qui entraîne leur hospitalisation dans des établissements psychiatriques. Qui se préoccupe de leur souffrance? Et le syndrome du survivant, perceptible chez la soeur ou le frère, qui perturbe bien des adolescents et des jeune.

Que de culpabilité chez des pères ayant refusé leur paternité, par peur ou par lâcheté, chez des médecins et des personnels soignants qui voudraient ne plus pratiquer l'IVG, et sentent en eux comme une déchirure qui s'aggrave !

Pourquoi ne pas redire les choses simples de la vie et de la foi ? Nous avons toujours entendu les mamans dirent : mon bébé commence à bouger ou quand j'attendais mon deuxième...  Dans le Concile Vatican II, l'Église enseigne à quel point il s'agit d'un acte grave et dramatique. Nous nous souvenons de la forte déclaration de Mère Teresa, lorsqu'elle a reçu le prix Nobel de la Paix : Tant qu'il y aura l'avortement, le monde ne sera pas en paix.

Il fut reprendre la parole en ce domaine, sinon le silence nous étouffera. L'enfant dont nous fêtons la naissante n'est-il pas la Miséricorde qui vient visiter les ténèbres de nos souffrances. Il suffit de le demander, d'appeler les choses par leur nom. Qui ne comprend pas les peurs qui s'emparent de nous, le refus d'une grossesse inattendue, les pressions auxquelles on n'a pas pu, on n'a pas su résister ?

Souvent j'ai pensé aux enfants qu'on n'a pas laissé naître, mais que personne ne peut empêcher d'entrer dans le Royaume des Cieux. Ils voient tout avec le regard de personne, ils comprennent leur maman, la détresse dans laquelle elle s'est trouvée. Ils souhaitent son bonheur retrouvé de femme, d'épouse, de mère...

Combien de fois j'ai parlé avec une femme qui avait traversée cette épreuve ! La conversation commençait souvent par des larmes. J'avis l'impression qu'il fallait écouter longuement pour que ce coeur dise son désir d'aimer, pour que s'exprime à nouveau toute la dignité d'une féminité blessée. Puis je parlais de l'enfant, vivant auprès de Dieu, de son regard d'amour sur sa mère, sur son père, son désir que ses frères et soeurs n'aient plus à souffrir de sa triste histoire terrestre, qu'il voit maintenant dans la lumière de Dieu, afin que tous avancent librement, dans les meilleures conditions, sur les chemins de la vie.

Je remercie tous ceux qui, dans notre diocèse ou ailleurs, agissent pour que toute femme en difficulté trouve une écoute, un accueil pour le bébé qu'elle voudrait mais ne sait pas comment le garder.

Une nouvelle fois, nous voici devant la crèche, contemplant Joseph, la Mère et l'Enfant-Dieu venu pour nous sauver, et que Bethléem n'a pas su accueillir. En priant pour notre monde, nous pourrions reprendre les mots que Jean-Paul II écrivait il y a dix ans, à la fin de l'encyclique sur la valeur et l'inviolabilité de la vie humaine : Ô Marie, aurore d'un monde nouveau, Mère des vivants, nous te confions la cause de la vie : regarde, Ô mère, le nombre immense des enfants qu'on empêche de naître, des pauvres pour qui la vie est rendue difficile. Fais que ceux qui croient en Ton fils  sachent annoncer aux hommes de notre temps l'Évangile de la vie.

 

Cardinal Philippe Barbarin

 

Monseigneur François Garnier, Archevêque de Cambrai

 

DIEU NE VEUT QUE TON BONHEUR

 

I ~ « S’il te plaît, dessine-moi Dieu ! »

     « Sexualité, sida, cohabitation, contraception, avortement… », impossible de vous rencontrer sans que vous abordiez toutes ces questions. Je suis heureux que vous n’ayez pas peur d’en parler avec votre évêque. Je souhaite aussi que vous puissiez le faire avec vos parents, vos éducateurs, ainsi qu’avec des couples qui vous donnent de voir leur bonheur de vivre et d’aimer, quelles que soient leurs épreuves.

     Je n’éviterai pas vos questions. Promis. Mais avant d’y répondre, laissez-moi faire un premier détour : donnez-moi la joie de vous « dessiner Dieu » ! Le Dieu que j’aime ! Celui que me révèle le Christ ! Tellement différent de tous les autres !

Notre Dieu ? Il est comme un fiancé passionné !

     Je ne l’invente pas ! C’est la Bible qui le dit ! Avec les mots merveilleux d’un poème de braise. Lisez le « Cantique des Cantiques ». Doucement. Respectueusement. En le lisant du dedans, avec le cœur. Il ne fait qu’une dizaine de pages. Pourquoi s’en priver ? Vous n’y trouverez pas le mot « Dieu », mais l’histoire de l’amour fou entre un fiancé et une fiancée qui se cherchent, se trouvent et ne veulent plus se quitter :

« – la fiancée :

Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché ton visage.

J’ai cherché : je ne l’ai pas trouvé.

Je me suis levée ; j’ai parcouru la ville.

Dans les rues, sur les places,

j’ai cherché celui que mon cœur aime…

j’ai rencontré les gardes de la ville et leur ai demandé :

"Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?"

A peine les avais-je dépassés, je l'ai trouvé.

Je l'ai saisi, je ne le lâcherai plus… »

(Ct 3, 1-4)

 « – le fiancé :

Tu es belle, ma bien aimée. Que tu es belle !

Tes yeux sont comme des colombes derrière ton voile…

Tes lèvres sont comme un ruban écarlate…

Tes joues comme des moitiés de grenades…[1] »

(Ct 4, 1 et 3)

     J’aime notre Dieu qui s’appuie sur l’expérience de l’amour humain pour nous dire combien Il nous aime. Avec pudeur, mais avec passion ! J’aime qu’Il nous dise à quel point il aime le bonheur que donne l’amour partagé. Et j’aime bien qu’Il se dessine comme un fiancé qui cherche passionnément chacun d’entre nous, pour le trouver et ne plus le quitter.

 

Allons plus loin : Dieu est aussi comme un père et comme une mère

 

     L’un des plus beaux tableaux qui existe représentant Dieu le Père a été peint par Rembrandt (1606-1669). C’est le père de cet enfant prodigue qui a gâché sa vie et son argent dans la « débauche avec des femmes ». (Lc 15, 11-24)

 

     Rembrandt peint le père au moment où son enfant revient. Son fils est en guenilles, il a la nuque rasée comme un bagnard. Il a les pieds nus. Il est à genoux, il appuie sa tête contre le ventre de son père.

     Le père est là debout. Ses yeux sont épuisés d’avoir pleuré. Il pose ses deux mains sur les épaules de son fils. Sa main droite est longue, effilée et douce, c’est une main de femme ; sa main gauche est forte, carrée et trapue, c’est une main d’homme. Rembrandt nous dessine un Dieu qui est à la fois père et mère, un Dieu qui est même un peu plus mère que père.

 

     En effet, lorsque Rembrandt peint ce tableau, il habite dans le quartier juif d’une ville de Hollande. Il est chrétien mais il connaît bien les coutumes juives : il sait qu’un bon juif, le matin, lave d’abord sa main droite et ensuite seulement sa main gauche. Car la main droite est celle de la miséricorde et la gauche celle de l’exigence. Il faut toujours que la miséricorde passe avant l’exigence. J’aime qu’on représente notre Dieu comme cela… exigeant sans doute, mais toujours plein de miséricorde comme savent l’être ceux et celles qui nous aiment vraiment. Exigeant, tant il attend de nous que nous aimions mieux !

 

     Il faut bien qu’il le soit : nous sommes tellement fragiles ; quand nous le sommes, il ne souhaite qu’une chose : nous pardonner ! Il nous accueille malgré nos défaillances, nos maladresses ; il attend notre retour et l’aveu humble de notre péché si nous avons abîmé l’amour. Il espère que nous apprenions de Lui à aimer en vérité, sans gâcher cette formidable capacité d'aimer qu'il nous a donnée.

 

Allons encore plus loin : « Tel Père, tel Fils »

 

     Je peux vous dire en un seul exemple pourquoi j’aime le Christ :

     Un jour, il est le seul à défendre la femme surprise en état d’adultère que tous ceux qui sont là, avec leur bonne conscience, veulent lapider (Jn 8, 3-11) ; et un autre jour, il dit : « Un homme qui regarde une femme avec envie est déjà adultère en son cœur ». (Lc 5, 28)

 

     Eh bien, ce Christ mérite d’être contemplé : il est bien le Fils de son Père. Lui aussi a la main douce et féminine qui refuse de saisir la pierre qui blessera cette femme pécheresse. Mais il a aussi la main ferme et masculine qui la relève… avec une parole exigeante : « Va et ne pèche plus ». (Jn 8, 11)

     En Jésus, comme en son Père, nous contemplons la miséricorde sans limite, mais aussi l’exigence la plus grande. En Lui, jamais l’exigence ne se dégrade en dureté et jamais la miséricorde ne se dégrade en lâcheté. Il accomplit l’exigence en demeurant dans la miséricorde et inversement. J’aime ce Christ qui déteste le péché, qui le déniche partout où il se cache et le combat, mais qui est le seul à aimer encore et toujours les pécheurs, à aimer encore et toujours le dernier des derniers des pécheurs. Il est le seul à nous croire capables de nous relever et de réapprendre à aimer.

 

     Rappelez-vous de cela le jour où vous aurez abîmé quelque chose de votre cœur, quelque chose de votre vie ; le jour où vous aurez abîmé quelque chose de la relation avec l’autre ; ce jour-là, rappelez-vous que vous pourrez toujours revenir vers le Seigneur et lui dire « Seigneur, je ne suis pas digne, mais dis seulement une parole et je serai guéri… »

 

Et l’Esprit Saint dans tout cela ?

 

     Souvenez-vous de votre Confirmation ! Si vous ne l’aviez pas encore faite, sachez d’ailleurs qu’il n’est jamais trop tard pour la célébrer ! Elle nous rappelle en effet que, depuis le matin de la Pentecôte (Ac 2, 1-12), l’Esprit Saint est Celui qui donne du souffle à l’Église. Il est Celui qui fait de nous des « chrétiens gonflés » ! Vous savez qu’Il anime et sanctifie l’Église et que sans Lui, il y a longtemps qu’elle aurait disparu comme une secte de passage ! Il réveille l’Église quand elle s’endort ; Il lui redonne courage quand elle en perd ; Il lui donne les saints et les saintes (le plus souvent des baptisés tout simples) pour la réorienter vers le Christ. Il est « feu » et « vent ». On ne le trouve pas dans les petites vies tièdes couleur de cendre, mais dans les vies ardentes qui cherchent à aimer vrai, à aimer juste, à aimer toujours et quand même. « Il vous mènera à la vérité tout entière », annonce Jésus. (Jn 16, 13). « Il vient au secours de notre faiblesse ». (Rm 8, 26). « Laissez-vous conduire par Lui », « Il vous affermira puissamment », ajoute Paul (Rm 8, 26 – Ga 5, 16 – Ep 3, 16)… là où Il est, il y a « de la joie, de la paix, … de la confiance et de la maîtrise de soi… » (Ga 5, 22-23).

 

     Sa mission majeure est de tout recentrer sur le Christ. De tout fonder sur la Foi. Y compris ce qu’on appelle la morale, cet effort que fait l’intelligence pour réfléchir comment mieux vivre entre nous chaque jour. J’en appelle à votre expérience de jeunes qui – non sans épreuves – découvrez ce qu’est l’amitié. Vous savez bien que tout change lorsque vous aimez et que vous êtes aimés. Si j’aime et si je suis aimé, je ne peux plus vivre n’importe quoi, avec n’importe qui, n’importe comment et n’importe où. Sinon, je vais abîmer quelqu’un, le faire souffrir, lui faire du mal. Eh bien, l’Esprit qui nous révèle à quel point le Christ nous aime nous provoque à ne pas faire n’importe quoi de notre puissance d’amour. Il nous invite à laisser le Christ renouveler, ressusciter notre façon, souvent maladroite, d’aimer. Il vit dans son Église pour sanctifier ce qu’elle dit, quand elle propose à tous et à chacun des repères pour vivre en vérité l’Amour, celui que nous recevons et celui que nous donnons.

 

II ~ « Alors, vive l’Église ! »

 

1)    Vive l’Église, quand elle ne craint pas de nous appeler à la sainteté dans notre manière de vivre et d’aimer. Les baptisés n’ont qu’un seul Seigneur à servir : c’est le Seigneur de la sainteté, le Christ, qui nous appelle à devenir saints, comme Lui (1 Pi 1, 15) ! Cela paraît un peu fou, et pourtant, chaque année, la fête de la Toussaint nous rappelle que la sainteté est notre vocation commune. L’Église ne serait pas fidèle à son Seigneur si elle ne la proposait à chacun. Au moins doué comme au plus doué, au moins cultivé comme au plus diplômé, au plus handicapé comme à celui qui a la chance d’une santé débordante. Oui, l’Église nous appelle à la sainteté ; elle ne peut pas ne pas le faire ! Cela peut nous agacer, nous faire réagir, nous faire dire « pas d'accord », nous faire penser : « elle devrait s'adapter »…

Elle ne rabaissera pas la sainteté de l'amour pour faire plaisir au monde, aux modes, aux médias ou aux sondages ! On voudrait souvent qu'elle tienne le langage qui plaît aux majorités d’opinion : pourquoi pas si c’est ce que veut le Christ ? Sûrement pas si ce n’est pas cela.

J’aime cette Église qui a de l’ambition pour nous. J'aime cette Église qui nous dérange. J'aime cette Église qui ne manque pas d’audace et ne se lasse pas de nous appeler à la sainteté plus grande dans nos façons d’aimer. Nous avons aimé pour cela le Pape Jean-Paul II : il a toujours eu le courage d'appeler les jeunes et les moins jeunes à lutter contre toutes les contrefaçons de l'amour, contre tous les massacres quotidiens de l’amour !

2)    Mais vive aussi l’Église quand elle reconnaît que chacun peut être confronté à des choix personnels qui sont souvent difficiles. Chaque fois que j’ai une décision à prendre, je me trouve dans une situation tout à fait singulière. Bien sûr, il y a la sainteté à laquelle je suis appelé, mais il y a cette situation très difficile et unique dans laquelle je suis…

 

Je vous donne un exemple. J’ai reçu un jour un couple. Je les avais préparés au mariage. Ils étaient vraiment attachés au Christ. « Nous attendons un bébé, mais toutes les analyses médicales nous font pressentir qu’il sera gravement handicapé. Aide-nous à réfléchir… ». Je me suis vite rendu compte que l’un des deux souhaitait l’avortement et que l’autre ne le voulait pas. Dans cette situation singulière, ils avaient – à deux – à faire un choix, et un choix difficile. Ils savaient ma prière : « Mon Dieu, pourvu qu’ils soient capables d’accueillir la vie de cet enfant même si elle est handicapée. Pourvu qu’ils trouvent en Toi le courage d’accueillir cette vie… ». Je devais éclairer leur conscience. Je devais les appeler à trouver dans leur foi la force de respecter toute vie. Je devais leur proposer une voie de sainteté dont la foi nous dit que Dieu nous rend capables ; mais je ne pouvais pas prendre la décision à leur place : ils étaient devant leur conscience et moi devant mon impuissance, l’impuissance que choisit d’avoir Jésus : vous savez bien qu'il ne choisit jamais à la place de celui ou ce celle qu'il rencontre : il propose, il appelle… mais il laisse libre, même s’il en souffre, comme l'Église en souffre avec lui.

 

3)    Alors, vive l’Église quand elle respecte notre conscience personnelle, sans jamais renoncer à la rendre plus responsable. L’Église appellera toujours à la sainteté. Elle ne renoncera pas à éclairer nos consciences dans toutes les situations singulières qui seront les nôtres, mais elle se devra de respecter nos choix personnels, même s’ils ne sont pas très saints, et même pas saints du tout. Elle continuera de nous espérer, afin qu'avec la force du Christ, celle que l'on trouve dans le cœur à cœur avec Lui et dans les sacrements de l'Église, nos décisions deviennent plus dignes de Lui. C'est l'honneur de l'Église et de respecter nos choix de conscience et de les questionner toujours et encore. Qu'elle nous provoque à chercher toujours plus de vérité, de beauté et de bonté dans nos décisions. Même si dans la culture majoritaire de nos sociétés, ces décisions plus saintes apparaissent comme celles d'une minorité.

 

4)   Enfin, vive l'Église quand elle nous donne le pardon du Christ. A ce point de notre parcours, il nous faut dire quelque chose sur le sacrement du pardon. Chaque fois que je vois – à Lourdes ou ailleurs – un jeune s'approcher d'un frère prêtre ou évêque (lesquels eux aussi se confessent) pour recevoir le pardon du Christ, je suis heureux. Pourquoi ? Parce que je sais qu'il découvre le sacrement qui transforme le coupable en pécheur. Or, cette transformation est capitale. Notre monde « crève » d'avoir des hommes et des femmes empêtrés dans leur culpabilité ou dans leur auto-justification. La confession ouvre un tout autre chemin. Elle transforme l'humiliation du coupable en l’humilité du pécheur. C'est un changement radical. Parce qu'il n'y a pas de honte à être pécheur. Dieu aime tellement les pécheurs qu'il est venu parmi eux. Dieu les aime tellement qu'avec la Croix de son Fils, il a porté tout le péché du monde. Dieu les aime tellement que par la résurrection de son Fils, il a ouvert définitivement une brèche dans la mort qui paraissait fatale.

 

Vous dites : « Je ne vis pas bien la relation à mon corps, j'ai du mal avec mon affectivité. Je ne vis pas bien la relation au corps de l'autre. J'ai du mal avec la pureté ». Il n’y a pas de honte à demander pardon. Le faire, c’est découvrir que tout péché est d’abord et avant tout un manque d’amour ; c’est découvrir aussi que nos plus grands manques d’amour ne sont peut-être pas ceux qui nous humilient le plus ! Le faire, c’est accepter d’être appelé à plus de liberté, à plus de responsabilité dans sa manière d’aimer l’autre. Le faire, c’est accepter d’être encore aimé. Demander pardon, c’est préférer son baptême à la misère, c’est croire que notre Dieu ne se lasse pas de relever les pécheurs que nous sommes. Demander pardon, c’est s’ouvrir à la joie d’entendre un prêtre nous dire de la part de Dieu : « Je t’assure, ne désespère pas de toi. Il t’aime encore, il a besoin de toi. Il te relève. Il te pardonne. Il te charge de mission. Avec lui, tu peux encore et toujours aimer mieux ».

 

III ~ « Huit repères pour avancer »

 

     Nous avons fait deux détours importants : l'un pour « dessiner notre Dieu » et l'autre pour « dessiner notre Église ». Maintenant, sans oublier le début de cette lettre, nous pouvons aller plus loin et nous donner quelques repères, afin qu'avec notre vie de tous les jours, nous disions quelque chose de la Vérité et de la Beauté de l'Amour que Dieu nous confie.

 

Premier repère AIMER SA VIE

 

     Ce n'est pas si facile. Beaucoup de jeunes n'aiment pas assez leur vie. Ils peuvent même ne plus l'aimer du tout. « Je n'ai pas la beauté que j'aimerais avoir... je ne suis pas comme j'aimerais être... je ne réussis pas comme j'aimerais réussir... pourquoi m'a t-il (elle) laissé tomber ?... on ne m'aime pas... » La forme tragique du désamour de sa propre vie est le suicide. S'aimer humblement soi-même est peut-être la plus grande grâce !

 

     Car, dans la foi, j’apprends que ma vie vient de Dieu et qu'elle va vers Dieu. Elle vient de plus loin que la rencontre amoureuse de mes parents. Elle va plus loin que la mort. Elle peut être dramatiquement brève (un accident, une maladie grave...), elle peut me sembler trop longue (un handicap ou un mal qui n'en finit pas) : ce que je crois, c’est que Dieu me la confie pour le temps où, avec Lui, j'ai du ciel à faire sur la terre ; Il me donne ma vie avant de me partager à jamais la sienne dans ce mystérieux ciel de bonheur qu'Il veut pour chacun, chacune. Alors je prie pour que tu aimes ta vie, quoi qu'il arrive, car c'est en aimant humblement sa vie qu'on peut être aimé et aimer !

 

Deuxième repère S'ÉMERVEILLER D'ÊTRE HOMMES ET FEMMES

 

      Notre Dieu ne crée pas le monde n'importe comment. Là encore, si nous relisons le premier poème de la création dans la Bible (Gn 1), nous voyons qu'Il aime la différence et la complémentarité ! Il y a le ciel ET la terre, le jour ET la nuit, la mer ET les continents, le soleil ET la lune, le monde végétal ET le monde animal ! Et d'une façon toute particulière, il s'applique à faire l'homme ET la femme... A eux deux, ils sont « à son image et ressemblance ». Merveilleux ajout qui dit combien c'est le bel amour de l'homme et de la femme qui dit le mieux à quoi ressemble son amour à Lui.

 

     A l'heure où l'homosexualité devient un fait de société, une façon comme une autre d'aimer, notre Église garde le courage de dire deux non pour un oui :

–   non à la condamnation moqueuse et méprisante des personnes homosexuelles : elles peuvent d’ailleurs souffrir de leur état de vie. Elles demeurent toutes aimées de Dieu et appelées à aimer mieux ;

–   mais non aussi à la banalisation de l'homosexualité : cette voie ne peut pas être celle que nous propose le Christ ;

–   oui à l'amour responsable et fidèle avec la personne différente de moi ; oui à l'altérité qui peut donner la vie !

 

Troisième repère AIMER SON CORPS AVEC JUSTESSE

 

     On ne peut aimer qu'avec tout soi-même : et soi-même, c'est un corps, un esprit et un cœur !

     Tel qu'il est, notre corps est un don de Dieu. A aimer avec juste mesure. En évitant deux excès contraires, mais très courants aujourd'hui.

 

     Le premier, c'est le culte du corps et de sa beauté extérieure : le corps devient comme une idole à laquelle il faut tout sacrifier. C'est le ressort d'une quantité de publicités plus ou moins mensongères qui font rêver de devenir l'Apollon ou la Vénus que nous rêvons d'être ! Or, dure dure est la réalité !

 

     Le second est l'excès contraire : le mépris de son corps. On le néglige, on l'instrumentalise sans pudeur, on le soigne mal ou pas du tout, on l'abîme dans l'excès du tabac, des drogues ou de l'alcool, ou encore dans la vitesse folle pour soi et pour les autres.

 

     Il n'y a qu'une seule raison pour laquelle on puisse risquer sa vie et même la perdre : c'est l'Amour du prochain, du prochain tel qu’il est. Du prochain qu’on n’a pas choisi.

« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (et même s'ils ne nous aiment pas) (Jn 15, 13). C'est le choix du Christ et, grâce à Lui, de nombreux saints et saintes, à tous les âges de l'Église !

 

Quatrième repère « TU NE FERAS PAS DE L'AUTRE TON OBJET »

 

     Il y a des « interdits » qui font vivre. Dont il vaut la peine de les garder à jamais dans sa mémoire. Je vous en confie un seul que j'aime entre tous, même s'il n'est pas toujours facile à vivre : il résume à lui seul tous les commandements de Dieu : « Tu ne feras pas de l'autre ton objet », ni de Dieu, ni d'un homme ou d'une femme, ni d'un enfant bien sûr. L'autre n'est pas un objet qu'on manipule à loisir. Le corps d'un autre, ça ne s'essaie pas.

 

     J'ai mieux appris cela d'un philosophe juif du XXème siècle, Martin Buber : il a écrit sur la relation un tout petit livre superbe : « JE et TU ». Lisez-le et je suis sûr que vous aimerez la philosophie ! L'autre n'est pas un « CELA », une « CHOSE », un « OBJET » que l'on pourrait manipuler à loisir, pour son seul plaisir, avant de le laisser tomber après usage !

 

Cinquième repère APPRIVOISER, CELA DEMANDE DU TEMPS ET DES ÉTAPES

 

     Rappelez-vous l'inoubliable dialogue entre le petit prince et le renard 1

 

–   « Qu'est-ce que signifie "apprivoiser" ? »

–  C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie "créer des liens"... On ne connaît que les choses que l'on apprivoise. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître... Il faut être patient... Mais chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près... »

 

     Apprivoiser demande du temps et des précautions : ce n'est pas capturer violemment, brutalement. Apprivoiser demande des étapes : « Chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près ».

 

     Dans une relation affective, c'est à l'évidence bousculer les étapes que de la réduire d'abord à la relation sexuelle et à son plus ou moins bon fonctionnement. Je suis même sûr que c'est le chemin le plus sûr de son échec. Les statistiques sont là :

« Les divorcés sont plus nombreux dans les mariages qui ont été précédés de cohabitation. On aurait dû assister en France à une chute spectaculaire des divorces, puisque la plupart des couples mariés ont fait les essais de la cohabitation, c'est le contraire qui s'est passé : la cohabitation s'accompagne d'une montée des divorces » [2]

     Il faut le temps de l'apprivoisement respectueux, celui de ce qu'il serait toujours bon d'appeler les fiançailles ; il y a tant d'autres langages à partager, de projets à se confier avant le dialogue des corps. Il y a tant de questions majeures à se poser : « Quel sens donnerons-nous à notre vie ? C’est quoi, réussir sa vie ? Quelle terre ferons-nous pour nos enfants ? Quels engagements prendrons-nous ? Quelle est notre foi ? Où puiserons-nous l'amour et la force d'aimer ? ».

     Il faut du temps à chacun pour dire à l'autre ce qui lui tient vraiment à cœur. Même avec les mots les plus simples. Chacun sait alors qu'il est écouté et respecté ! S'il est aimé plus pour ce qu'il est que pour son seul corps !

 

     La sagesse populaire, décidément, n'est pas bête quand elle nous conseille de toujours mettre les bœufs avant la charrue ! Et l'Église n'est pas en retard lorsqu'elle propose un temps de vraies « fiançailles » avant le mariage !

 

Sixième repère DÉCOUVRIR LE SENS DU SACREMENT DE MARIAGE

 

     Comme tous les sacrements, il est un don que Dieu nous fait pour une mission à réussir avec Lui. Dans le mariage, Dieu nous donne son Alliance. Il nous la confie pour que nous en vivions et que nous la fassions réussir autour de nous et en nous.

 

     Il y a de quoi faire !

 

     Quand on lit l'Ancien et le Nouveau Testaments, il est question de l'Alliance presque à toutes les pages. Dieu nous en révèle la beauté petit à petit ; Il nous dit son bonheur de l’offrir à son peuple. Et du coup, ses déceptions, ses colères, son envie de tout casser quand son peuple l'abandonne. Mais aussi son choix de lui pardonner « s'il revient ». Mieux, son courage pour faire vers lui « le premier pas » quand il ne revient pas. Et encore mieux, son bonheur de l'aimer jusqu'à mourir pour lui s'il le faut, même s'il ne le mérite pas du tout. C’est à cette qualité d’amour que l’on reconnaît celui du Christ. Ça n'est pas pour rien que nous portons sur nous des croix : elles sont le signe de son Amour, de l'Amour le plus gratuit, le plus définitif et le plus fou ! Il n'exige pas la réciprocité pour continuer d'aimer ! Son amour est vraiment libre, fidèle, indissoluble et fécond.

     Le mariage-sacrement confie cette mission d'Alliance aux époux qui se le donnent. Après l'avoir célébré, ils le nourriront par leur prière, leur vie en Église et leur vie sacramentelle. En communiant au corps du Christ livré pour eux dans l’Eucharistie, ils renouvelleront leur capacité à se donner et à s’accueillir. En buvant à la coupe du sang versé pour la nouvelle alliance en rémission des péchés, ils recevront la force de se pardonner l’un l’autre. Ils y trouveront l’Amour à sa source. Ils pourront le puiser sans risque de le voir s’épuiser.

 

Septième repère DEVENIR PLUS RESPONSABLE DE SA FÉCONDITÉ

 

     Cette question est difficile. Je devine votre désaccord ! Et pourtant, ça vaut la peine de réfléchir !

     Toutes les méthodes contraceptives ne sont pas identiques. Les unes (c’est le risque du stérilet et de la pilule du lendemain par exemple) détruisent une vraie vie qui commence. Les autres (la pilule ou le préservatif) empêchent le commencement de la vie. Cela n’est pas la même chose et c’est l’honneur de l’Église de le faire remarquer.

 

     De nombreux couples choisissent les méthodes jugées les plus pratiques et les plus sûres : on fait confiance à la technique ou à la chimie, sans trop se préoccuper d’ailleurs de l’écologie interne de la femme.

 

     Le choix que nous propose l’Église est infiniment plus respectueux de la femme. Il demande plus de responsabilité ; l’Église vous invite à découvrir ce qu’on appelle les méthodes naturelles de régulation des naissances. L’homme doit s’adapter au rythme de sa femme qui n’est pas le même que le sien ; il apprend à choisir avec elle, quand il le faut, ce que nous appelons la continence ; ce n’est pas facile, mais c’est à coup sûr le plus grand signe de respect de l’autre. Demandez-le à des couples mariés : ils vous le diront mieux que moi ! Et là encore, quoi que vous choisissiez, que vous le fassiez en couple ! Et puis, gardez le goût d’avancer vers plus de vérité et de responsabilité dans vos choix de conscience.

 

Enfin, huitième repère RECEVOIR TOUTE VIE COMME UN DON DE DIEU

 

     Redisons-le : pour celui qui croit, la vie vient de plus loin que l'union charnelle de ses parents. Pour celui qui croit, la vie va plus loin que la mort. La vie vient plus de Dieu que de nos amours. Elle va plus vers Dieu que vers la tombe. Voilà pourquoi toute vie est à protéger, qu'elle soit embryonnaire, handicapée, gravement malade ou vieillie. Bien sûr, il faut renoncer à tout acharnement thérapeutique, mais dans le même temps, respecter toute vie qui vit encore et peut vivre, sans se donner jamais le droit  de la supprimer. C'est à cette lumière qu'il faut comprendre ce que l'Église nous dit sur l'avortement, l'eugénisme et l'euthanasie.

 

     Et sur le suicide aussi, pour les mêmes raisons, contrairement à ce que nous entendons. Nous n'avons pas le droit de mettre un terme à notre vie. Je suis effrayé par le nombre des  suicides de jeunes en France. J'ai reçu récemment la lettre d'une confirmée de quatorze ans qui me confie ceci : « Ma meilleure amie a tenté de se suicider trois fois. Parce qu'un garçon a "bien profité d'elle" et l'a "laissé tomber". Je suis allée rencontrer ce garçon et il m'a dit : "Je n'en ai rien à faire !" ». Il y a des paroles qui tuent plus sûrement que les balles…

 

IV ~ Trois convictions qui s'appellent

 

     Il est temps de terminer cette lettre.

 

     Nous nous sommes donnés huit repères pour aimer mieux, aimer plus vrai, nous préparer à aimer longtemps :

–   aimer sa vie,

–   s'émerveiller d'être homme et femme,

–   aimer son corps avec justesse,

–   ne jamais faire de l'autre son objet,

–   respecter le temps et les étapes de l'apprivoisement,

–   découvrir dès maintenant le sacrement du mariage comme un don pour une mission,

      devenir plus responsables de sa fécondité,

      recevoir et servir toute vie comme un don de Dieu.

 

     Ce sont des « repères pour vivre » parmi d'autres possibles !

 

    Si nous les choisissons, notre vie dira quelque chose de la beauté de l'amour de Dieu ! Non pas avec des mots, mais avec nos gestes, nos actes, nos attitudes, nos choix d'hommes et de femmes. Assez libérés par le Christ pour ne pas craindre d'être différents, voire non conformes par rapport aux modes majoritaires d'aujourd'hui. Notre foi trouve sa joie en Lui par des choix de vie conformes à l'Évangile !

Oh ! Nous le faisons humblement : « Pour l'immense témoignage, nous avons si peu de dons » 1. Mais fermement : « Notre existence même a charge de Te montrer» .1

 

     Il me reste à vous confier trois convictions qui, vous allez le voir, s'appellent l'une l'autre 2 :

 

 1 ~    Pas de relations sexuelles sans amour

 

     C'est pour cela que l'Église dit non à l'utilisation systématique du préservatif : elle manifeste une limite de la confiance en l'autre. Pourquoi ? Parce qu'elle permet de séparer l'exercice de la sexualité de la réalité d'un véritable amour partagé.

     Mais il y a le drame du sida. Et toutes les maladies sexuellement transmissibles.

 

     Nous savons comment le virus du sida se transmet : surtout par l'usage de la drogue et des pratiques sexuelles à risques. L'Église nous provoquera toujours à respecter sans limite ceux et celles qui vivent ces situations, mais elle ne renoncera jamais à nous appeler à vivre notre sexualité autrement, c'est-à-dire sans risquer la moindre transmission du virus et sans avoir besoin d'utiliser quelque préservatif que ce soit. Personne n'oubliera que l'Abbé Pierre s'est fait siffler pour avoir osé dire à la télévision que la fidélité conjugale et la continence étaient les meilleures parades contre le sida. Il a été courageux et vrai.

     Cependant, si quelqu'un se sait séropositif, il n'a pas le droit de donner la mort. Autrement dit, s'il ne peut pas se passer d'avoir des relations sexuelles, il se doit de préserver l'autre d'un risque de mort, c'est évident.

 

2 ~    Pas d'amour vrai sans mariage

 

     C'est pour cela que l'Église questionne la cohabitation. Même si nous savons bien qu'elle peut être vécue de bien des manières, y compris de manière respectueuse et responsable. Il reste que, sans mariage civil, de nombreuses jeunes mères se retrouvent du jour au lendemain absolument seules et souvent sans droits. Et puis, nous savons bien qu'une cohabitation plus ou moins prolongée peut priver de nombreux jeunes d'une authentique liberté quand vient l'heure du mariage civil ou religieux : ils ont vécu ensemble, ils ont acheté ensemble, ils ont emprunté ensemble, et ils se retrouvent mariés sans l'avoir vraiment choisi. Or, à l'heure de votre mariage, votre Église veut s'assurer que vous êtes vraiment libres : « Je te choisis comme époux – je te choisis comme épouse ». Il y va de la validité du sacrement !

 

3 ~    Enfin, pas de mariage sans famille

     Je n'y reviens pas longuement puisque nous en avons déjà parlé. Mais il est évident qu'une des missions des époux est d'accueillir la vie, toute vie, quand elle vient et comme elle vient. Et si elle ne venait pas, pourquoi ne pas accueillir alors un ou plusieurs enfants venus d'ailleurs et qui ont besoin de parents et de bonheur ?

 

     Je voudrais enfin vous dire un mot sur le célibat. De plus en plus de jeunes souffrent d'un célibat qu'ils n'ont pas choisi : il est alors subi comme une contrainte et une épreuve douloureuse.

     Mais il arrive aujourd'hui encore qu'il soit bel et bien choisi, pour le Christ ! Parce que le Christ l’a choisi pour lui-même. Parce que le Christ peut suffire largement pour combler un cœur d'homme ou de femme. Il devient le premier pôle organisateur d'une vie qui veut se donner tout entière à l'annonce de l'Évangile, que ce soit dans la vie consacrée ou dans le ministère ordonné. Ce choix, comme tout choix, comme celui du mariage, ne se vit pas sans épreuves, sans batailles parfois. Mais il est une très belle manière d'aimer et de servir. C’est en tout cas la manière d’aimer qu’a choisie le Christ. Dieu sait qu’elle est féconde ! Puissent quelques-uns (unes) d’entre vous la choisir. Elle n’est pas plus difficile à vivre que la fidélité dans le mariage !

    Alors, bonne route à chacun !

    Dans l'espérance de vous voir grandir dans la vérité qui rend libre et la passion d'aimer mieux.

    Dans l'Amour pour notre Dieu « qui ne veut que notre bonheur ».

X François GARNIER

Archevêque de Cambrai


[1] Ces grenades n’ont rien à voir avec les armes ! Il s’agit là du fruit de l’arbre qu’on appelle le grenadier.

1 Saint-Exupéry – Le Petit Prince – NRF Gallimard 1946, p. 68-69.

[2] Père Denis Sonet, dans son livre : « Découvrons l’amour ».

1 Guy Coq « Que m'est-il donc arrivé ? Un trajet vers la foi ». Seuil 1993, p. 20.

2 Cf. Mgr Jacques Jullien « Demain la famille ». Mame 1992, p. 170-178.

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Monseigneur André Fort, Évêque d’Orléans

 « EMBRYON, MON AMOUR»

Depuis que s'est ouvert le passionnant et, pour moi, stupéfiant débat sur le clonage reproductif humain, je ne cesse de méditer l'alternative élaborée par Claude Bruraire, professeur de philosophie à la Sorbonne : « Ou bien nous croyons, selon le vieux rêve de Prométhée que l'homme doit tout ce qu`il est à lui-même, à ses conquêtes, à ses puissances, à ses choix historiques et personnels. Ou bien nous pouvons comprendre et savoir que nous sommes, dès l'origine, en dette de nous-mêmes, de notre être et de notre existence. Libres du don ou du refus, nous démettre de nous-même serait à désespérer des chances de l'esprit ».

On ne peut plus clairement tracer la ligne de partage entre ceux qui. croient au ciel et ceux qui n'y croient pas, entre ceux pour qui tout est grâce et don de Dieu et ceux pour qui tout est matière et énergie, soumises au loi du hasard et de la nécessité.

Pas 325 voix contre 21, l'Assemblée Nationale a adopté en première lecture, le 21, janvier 2002, un projet de loi bioéthique qui autorise l'expérimentation sur l'embryon et entrouvre la voie au clonage. Ce vote a soulevé, parmi les chrétiens les plus conscients des enjeux et des conséquences d'un tel projet, une vague de stupeur et d'indignation.

Stupeur devant l'inconscience ou la désinvolture de la grande majorité de 1-eux qui sont censés avoir pour mission de protéger les biens les plus précieux de chacun des membres d'une société authentiquement humaine : la vie et la dignité. Indignation devant une nouvelle forme de massacre des innocents scientifiquement programmée et justifiée.

Des voix éminentes de biologistes et de philosophes, de médecins et de psychanalystes, de théologiens et de juristes se sont élevées pour dénoncer cette aberration. Jamais nos connaissances dont été aussi précises sur les tout débuts de la vie. Nous savons désormais que chacun de nous a commencé d'exister en une unique et merveilleuse cellule, riche de l'intégralité d'un patrimoine génétique unique et irremplaçable. Cette première forme de notre être a quelque chose d'extraordinaire- A partir d'elle, au gré des divisions cellulaires, les tissus vont se différencier et se spécialiser, mais c'est avec elle qu'un nouvel être est donné et que tout commence. Tout est donné et tout commence, mais dans une impressionnante fragilité. En sa cellule initiale, l'embryon est à la fois si extraordinaire et si prodigieusement différent de nous que la question qu'il nous pose est d'une absolue radicalité : pour toi, suis-je quelqu'un ou quelque chose. Parmi toutes les voix qui se sont élevées pour répondre à cette question, il en est une dont la compétence scientifique et l'autorité morale m'ont plus particulièrement impressionné. Cette voix m'a aussi conforté dans ma protestation contre la dérive actuelle dans laquelle trop de scientifiques et de responsables politiques nous entraînent.

Cette voix est celle de Monsieur Jean-Marie Le Mené, Président de la fondation Jérôme Lejeune. Dans un texte adressé aux candidats à la magistrature suprême, il écrit : « haut-il s'excuser de savoir et de dire que l'embryon est membre de la famille humaine? Et qu'à ce seul et unique titre, il a droit absolu au respect, au dévouement et à la compassion de l'État qui n'a, en aucune façon, le droit de disposer de lui. Les actes collectifs tendant au mépris ou au respect de l'embryon sont, au sens strict, des actes de guerre ou de paix vis-à-vis de l'humanité. Le geste à l'égard de l'embryon est donc le critère majeur en politique. Embryon, mon amour, pour te défendre la campagne électorale sera courte »

Embryon, mon amour. La formule peut faire ricaner les cyniques. Pour ma part, puisqu'il s'agit de la vie et de la dignité de l'homme, je la trouve magnifique. Instruit par la Parole du Christ et I'enseignement de son Église, je n'ai jamais douté que la grandeur et la dignité que l'homme tient de son Créateur ne peuvent être accueillies et reconnues que dans un acte d'amour. « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn 13,35 1, « Ce que vous avez fait à ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 4C). A l'écoute du Christ, nous ne cessons d'are appelés à aimer et nous savons que chacune de nos vies, entre les mains de son l'ère qui est notre Père (Jn 20, 17), ne pèsera que son poids d'amour.

A toutes les femmes qui, en apprenant qu'elles étaient enceintes, ont su dire « Mon tout-petit, mon amour », je souhaite une belle et heureuse Fête des Mères.

+ André FORT Evêque d'Orléans

« FAMILLES, JE VOUS AIME »

Les candidats à la présidence de la République sont maintenant connus, ils sont désormais en campagne. Voici donc venu le temps des programmes et des promesses, des déclarations et des contestations, des sondages et de leurs interprétations.

Au hit parade des thèmes les plus mobilisateurs pour les candidats et pour les électeurs l'insécurité est constamment dans le peloton de tête, le plus souvent en compagnie du chômage, de la santé et des retraites.

On ne peut que partager d'aussi légitimes préoccupations mais on reste perplexe en observant que le thème de l'insécurité est rarement associé avec fermeté et clarté au thème de la famille et à celui de l'éducation nationale.

Depuis quelques jours, les journalistes de la presse écrite et de la télévision me réjouissent. Ils m'assurent que « la famille s'impose dans la campagne ». En réponse aux interpellations que leur ont adressées I`Union Nationale des Associations Familiales et la Confédération Nationale des Association Familiales Catholiques, chacun des candidats s'applique, en effet, à présenter sa vision de la famille et à préciser les propositions majeures qu'il entend défendre pour faire évoluer le droit de la famille.

Dans le contexte culturel actuel, il nous faut bien reconnaître que la vision catholique de la famille, telle qu'elle est présentée dans la Constitution conciliaire sur l'Eglise dans le monde de ce temps (Graudium et spes) et l`Exhortation apostolique consacrée par le Pape Jean-Paul Il à la Communauté familiale (Familiaris consortio), apparaît, aux yeux de beaucoup, très estimable mais trop exigeante pour être applicable.

Parole de croyant et de pasteur à ses frères et soeurs dans la foi, l'exhortation de Jean-Paul II ne peut que provoquer des controverses et soulever des critiques. Controverses d'autant plus passionnées et critiques d'autant plus acerbes que la parole du Pape, lorsqu'il parle de l'amour et de la vie, est violemment dénoncée comme une parole qui cherche à s'imposer.

Ce mauvais procès m'apparaît particulièrement révélateur de la qualité et de l'impact de cette parole, car il est trop clair que le Pape n'a aucun moyen d'imposer sa vision de la vie et de l'amour. Pourtant cette parole fait autorité, même pour ceux qui la contestent et la rejettent, parce qu'elle est au service d'une vérité qui, elle, ne peut que s'imposer à tous. Un des grands penseurs de l'antiquité préchrétienne, Aristote, l'avait clairement perçu lorsqu'il enseignait - «La vérité ne demande pas à être défendue, elle demande à être servie. Ce qui fait la force de la vérité ce n'est pas notre soutien, c'est qu'elle est la vérité ».

De façon très significative, un des candidats à la présidence de la République déclare : « Défendre la famille ce n'est pas défendre un modèle unique et obligataire. Il faut bien aujourd'hui reconnaître qu'il existe, pour l'enfant, différentes formes de familles à côté du mariage, comme l'union libre, les familles monoparentales ou les familles recomposées qui, justement au nom de l'enfant, méritent une égale attention ».

Le propos apparaît généreux et politiquement on ne peut plus correct, mais il ne répond. vraiment pas à ce que, pour ma part; j'attends d'un élu décidé à participer à la construction d'une société vraiment et pleinement humaine, animé de la conviction que « seul l'amour construit le monde » et que « l'avenir de l'humanité passe par la famille ».

Ces deux expressions, empruntées au Pape Jean-Paul II, tracent les lignes de force d'une vision chrétienne de la famille. Cette vision est présentée d'une façon concise et claire par :e Catéchisme de l'Église catholique : « La famille est la cellule originelle de la vie sociale. Elle est la société naturelle où l'homme et la femme sont appelés au don de soi dans l'amour et dans le don de la vie. L'autorité, la stabilité et la vie de relations au sein de la famille constituent les fondement-) de la liberté, de la sécurité et de la fraternité au sein de la société. La famille est la communauté dans laquelle, dès l'enfance, on peut apprendre les valeurs morales, commencer et honorer Dieu et bien user de la liberté. La vie de famille est initiation à la vie en société ».

Au moment où nous sommes appelés â engager notre responsabilité dans un acte politique majeur en démocratie : le vote, le Conseil permanent de l'Assemblée des évêques de France vient de nous rappeler que la politique est « une forme éminente de la charité >>. Cette charité doit être lucidement et courageusement au service de famille, pour être au service de la vie, de l'amour et de la paix. A toutes les familles chrétiennes, je souhaite de belles et joyeuse Fêtes de Pâques.

André FORT  Évêque d'Orléans

«LES ENFANTS, PRINTEMPS DE LA FAMILLE ET DE LA SOCIÉTÉ»

Du 13 au 15 octobre 2000 se tiendra à Rome la IIIéme Rencontre Mondiale des Familles. Je viens de découvrir le thème choisi par le Pape Jean-Paul II pour ces journées d'échanges, de réflexion et de prière : les enfants, printemps de la famille et de la société. Quelle bouffée d'oxygène ! Quel rayon de soleil !

Voici qu'après avoir redonné confiance et courage aux plus âgés dont il se sait fraternellement proche et profondément solidaire, Jean-Paul Il se tourne maintenant avec amour vers les plus petits pour leur dire qu'ils sont désirés comme le printemps, accueillis comme une promesse d'espérance, reçus comme une source de joie.

Quelle bouffée d'oxygène, quel rayon de soleil alors qu'une série de projets gouvernementaux contre la vie de l'enfant à naître se sont accumulés tout au long de l'été comme de noirs nuages précurseurs d'orages et de malheurs.

Au mois d'octobre les parlementaires auront à se prononcer pour la révision de la loi Neuwirth de 1967 sur la contraception et celle de la loi de 1975 sur l'avortement : autorisation des infirmières scolaires â délivrer la « pilule du lendemain » et, pour l'avortement, allongement du délai légal de dix à douze semaines, dispenses de l'autorisation parentale pour les mineures et suppression du délit de propagande.

De toutes les réactions de réprobation suscitées par ces projets, celles des associations familiales, catholiques ou non, étaient prévisibles et attendues. Mais il en est d'autres qui sont d'autant plus significatives qu'elles nous viennent les unes du corps Médical, les autres de groupes de jeunes qui se de' fendent avec passion de toute inféodation religieuse ou politique.

Parmi les gynécologues, de professeurs éminents qui n'ont jamais dénoncé en son principe la pratique de l'avortement, alertent aujourd'hui les responsables politiques sur les risques graves de dérive eugéniste que comporte l'allongement du délai légal pour l'avortement. Non seulement la loi Veil n'a pas régulé la pratique de l'avortement mais elle n'a freiné ni sa banalisations ni les pressions que subissent les femmes les plus vulnérables pour qu'elles y consentent. Désormais la vie d'un enfant à naître pourra être en danger dès lors qu'une échographie aura fait apparaître qu'il présente un risque d'anomalie ou aura confirmé qu'il n'est pas du genre que l'on avait souhaité. Tout autant impressionnants et significatifs les manifestations et les propos des jeunes qui s'identifient et s'affichent comme « les rescapés ». En un premier temps je n'avais pas compris leurs propos.

Je suis resté sans voix lorsque j'ai réalisé qu'une vague d'indignation et d'angoisse les avait bouleversés lorsque, instruits par le rapport du Professeur Nisand, ils avaient découvert que le quart des enfants à naître étaient interdits de naissance et irrémédiablement privés du droit de vivre. De même que les rescapés d'un cataclysme demandent à être assistés pour surmonter le traumatisme provoqué au plus profond de leur être par le vent de mort qui les a fouettés sans les emporter, de même ces jeunes s'interrogent et demandent : Pourquoi eux, pourquoi pas moi ? A quoi., à qui dois-je d'être encore en vie ?

Heureux les enfants et les jeunes qui pourront grandir certains d'avoir été accueillis et assurés d'être toujours aimés. Heureux les enfants et les jeunes qui pourront grandir dans une famille telle que Dieu la veut et telle que le magistère de l’Église catholique n'a jamais cessé de la promouvoir et de la défendre pour affirmer son rôle irremplaçable et son éminente dignité. Je viens de célébrer l'Eucharistie, l'Évangile de ce mardi de la 25ème semaine du temps liturgique que nous qualifions, bien à tort, d'ordinaire, nous fait entendre un bref mais extraordinaire dialogue entre Jésus et la foule qui se presse pour l'entendre. « On fit savoir à Jésus : Ta mère et tes frères sont là dehors qui veulent te voir. Il leur répondit : Ma mère et mes fières, ce sont ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ». (Lc S, 20, 21). Déconcertante, la leçon n'en est que plus forte : les liens de parenté humaine ne trouvent leur sens et leur fécondité plénière que lorsqu'ils inaugurent les liens de relations à Dieu et leur permettent de s'épanouir. Là est la plus belle vocation de la famille et le fondement de ses devoirs et de ses droits imprescriptibles. Là est la source du courage audacieux et confiant, de la fierté et de la joie des parents chrétiens. En accueillant la vie que le Père leur confie pour qu'ils la transmettent, ils savent que c'est le Christ qu'ils accueillent. « Prenant un enfant. Jésus le plaça au milieu d'eux et après l'avoir embrassé, Il leur dit : Qui accueille en mon nom un petit enfant comme celui-là, c'est Moi qu'il accueille, et celui qui m'accueille n'accueille pas que Moi, il accueille aussi, Celui qui m'a envoyé» (Mc 9, 36-37).

+ André FORT Évêque d'Orléans


 
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Monseigneur Bernard Housset, Evêque de Montauban

 

Fête des mères, journée de la vie

 

La fête des mères permet à chacun de nous d'exprimer sa gratitude à celle qui lui a donné le jour. C'est avec le recul du temps que l'on se rend compte de l'amour, du dévouement et de la générosité d'une maman. De tout ce qu'elle a donné d'elle-même pour que son enfant naisse et soit éduqué. Mais la plus grande reconnaissance que nous pouvons adresser à nos mères n'est-elle pas de nous avoir conservés en vie ?

Voilà pourquoi, depuis quelques années, cette fête des mères coïncide avec la journée de, la vie. Nous sommes ainsi invités à réfléchir et à prier au sujet de l'avortement.

On ne peut aborder cette réalité qu'avec appréhension, tellement elle est complexe et douloureuse. Il faut beaucoup de doigté et de délicatesse pour ne pas ajouter une nouvelle blessure aux femmes et aux hommes (car eux aussi sont concernés) qui sont déjà marqués par un avortement.

J'ose pourtant en parler, même si cette réalité est devenue tabou. Car notre société est comme anesthésiée à cet égard. Pour quelles raisons ne peut-on pas s'interroger sur ce drame et analyser ses causes et ses conséquences?

Ce silence est d'autant plus étonnant que de nombreux français se donnent beaucoup de mal pour assurer la protection d'espèces végétales et animales en danger.

Comment se fait-il qu'on ne mette pas autant d'intelligence et d'énergie à protéger de la mort- tous les fétus ?

Comment se fait-il que la proportion du nombre d'avortements provoqués reste stable par rapport au nombre de naissances, c'est à dire près d'un sur trois ? D'après les statistiques de ces dix dernières années, il s'agit, en moyenne annuelle, de 220 000 avortements pour 750 000 naissances.

Nous avons nettement progressé par rapport à l'hécatombe routière. Après des décennies de stagnation et d'immobilisme, la lutte contre ce fléau est en train d'atteindre des résultats significatifs. Le nombre de morts a diminué de 21% en un an. C'est bien la preuve que, là où il y a une volonté, on finit par obtenir des résultats.

Qu'est-ce qui empêche que l'on agisse sérieusement sur les causes lointaines ou proches des avortements ?

Par une solide éducation affective et sexuelle qui développe le sens des responsabilités.

Par des logements sociaux et des hébergements d'urgence mieux appropriés.

Par un soutien financier plus important qui permettrait aux femmes enceintes en détresse de ne pas être acculées à subir un avortement.

Par un conseil conjugal adapté qui procure une aide psychologique et spirituelle de qualité.

Que fait-on pour que soient davantage connues les associations qui essaient de soutenir les femmes en difficultés ? Elles sont en mesure de leur fournir diverses assistances et informations pour que, sans pression ni dissuasion, elles prennent une décision favorable à leur enfant. La loi du 4 juillet 2001 a supprimé l'obligation de l'entretien relatif à l'I.V.G. Du coup, ces informations ne sont plus offertes qu'à un nombre très restreint de personnes.

Il faut ajouter que, sur le plan juridique, le flou est maintenu au sujet de la dignité de toute personne humaine, depuis sa conception, jusqu'à sa mort naturelle. Quand une société se met à ne plus avoir de considération ni de respect pour les plus petits de ses membres, n'est ce pas mauvais signe ?

« Il est déjà humain celui qui n'est pas encore né ». En insistant sur cette conviction, sans se lasser, notre Église catholique ne défend pas une thèse confessionnelle sur la vie humaine. Elle ambitionne de servir, en toute objectivité, la vérité concernant chaque personne humaine comme le bien commun.

A l'occasion de cette journée de la vie, que chacun s'interroge : que puis-je faire concrètement pour que la plaie de l'avortement recule et pour que les enfants soient davantage accueillis ?

+ Bernard HOUSSET, Évêque de MONTAUBAN

 

Avortement

« Je voudrais adresser une pensée spéciale à vous, femmes qui avez eu recours à l'avortement. L'Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. II est probable que la blessure de votre âme n'est pas encore refermée. En réalité, ce qui s'est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l'espérance. Sachez plutôt comprendre ce qui s'est passé et interprétez-le en vérité. Si vous ne l'avez pas encore fait, ouvrez-vous avec humilité et avec confiance au repentir : le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. Vous vous rendrez compte que rien n'est perdu et vous pourrez aussi demander pardon à votre enfant qui vit désormais dans le Seigneur. Avec l'aide des conseils et de la présence de personnes amies compétentes, vous pourrez faire partie des défenseurs les plus convaincants du droit de tous à la vie par votre témoignage douloureux. Dans votre engagement pour la vie, éven­tuellement couronné par la naissance de nouvelles créatures et exercé par l'accueil et l'attention envers ceux qui ont le plus besoin d'une présence chaleureuse, vous travaillerez à instaurer une nouvelle manière de considérer la vie de l'homme ».

C'est le pape Jean-Paul II qui est l'auteur de ce texte plein de compassion dans son encyclique « l'Évangile de la vie » (n° 99).

Uni à lui, je veux vous partager quelques-unes de mes convictions.

Toute femme qui avorte reste aimée de Dieu. En effet, aucune personne ne se réduit à ses actes ni à ses tendances. Il est fondamental de rappeler cet amour de Dieu pour chaque être humain.

Et, en même temps, tout avortement est un acte grave. Bien souvent, il est traumatisant, douloureux. J'ai rencontré à différentes reprises des psychologues et des conseillers familiaux : ils le disent avec force.

Il est indispensable de ne pas taire cette réalité douloureuse, d'en parler, bien sûr de manière non simpliste. Chaque femme est concernée, quelle que soit sa situation, elle est vraiment à entendre. Et les hommes aussi sont concernés. Ils n'ont pas à jouer aux abonnés absents, à se des­saisir de leurs responsabilités. Je pense, par exemple, au garçon qui apprend de sa petite amie qu'elle est enceinte, et lui rétorque « débrouille-toi ! ».

Une mère (1) qui a bien conscience de la complexité de l'avortement, écrit : « Ne plus reconnaître dans les faits que pratiquer une I.V.G. revient à supprimer la vie à son commencement, n'est-ce pas une régression de la conscience morale ? ». Est-ce un progrès en humanité quand les plus forts imposent leurs lois aux plus faibles ? Allons donc ! Toute vie humaine est à respecter dès ses commencements.

Il ne nous appartient pas de décider d'un soi-disant seuil d'humanité que l'embryon franchirait à un moment de son évolution. Depuis sa conception, il est membre de l'espèce humaine. Un chrétien du troisième siècle disait à juste raison : « Il est déjà humain celui qui le deviendra ». Telle est la conviction fondamentale de l'Église, dès ses origines. Le Christ nous assure de la dignité inaliénable de tout être humain de sa conception à sa mort.

On parle beaucoup de la liberté aujourd'hui, et de la liberté d'avorter, « La femme peut avorter, dit-on, si c'est son choix. Mais si elle avorte, c'est parce qu'elle n'a pas le choix. Obscur ! » (2). Il est vrai que beaucoup de femmes sont contraintes à l'avortement parce qu'elles sont seules, parce qu'elles sont soumises à de fortes pressions par leur entourage, parce qu'elles n'ont pas les moyens financiers d'éduquer leurs enfants.

Je crois savoir, si mes renseignements sont exacts, que les décrets d'application de la loi Veil qui prévoyait une aide financière n'ont jamais vu le jour. Qu'est-ce que la vraie liberté ? Celle de donner la mort ou celle de donner la vie ? Tout doit être mis en place pour que les femmes enceintes, en difficulté « aient la liberté d'aller au terme de leur grossesse » (3). L'Évangile est un appel à la vie. A la Vraie vie, pleinement humaine pour chacun. Et l'Évangile nous invite à tout mettre en oeuvre pour que la culture de vie l'emporte sur la culture de mort.

Je suis intimement persuadé que l'avortement n'est pas une fatalité à laquelle il faudrait se résigner. A condition de le vouloir, à condition de s'en donner les moyens, cette réalité peut progressivement diminuer, comme d'autres réalités négatives. Par exemple, l'ignorance et l'anal­phabétisme, grâce au développement de l'école et de l'éducation. Comme aussi la tuberculose et d'autres maladies, grâce au progrès de la méde­cine et des soins de santé.

En France, diverses associations se consacrent à l'aide aux femmes enceintes en difficulté et à l'action contre les causes à moyen et long terme de l'avortement. Par exemple, en ouvrant une maison où de jeunes mamans peuvent commencer d'élever leurs enfants.

Je connais plusieurs de ces associations

- Mère de Miséricorde, rue Sainte Philomène, 31400 Toulouse -

Tél. 05 61 32 88 77.

- Secours aux futures mères, 109, rue Defrance, 94300 Vincennes.

- SOS grossesse, 51, rue Jeanne d'Arc, 75013 Paris - Tél. 01 45 84 5591.

Le Christ nous invite à réagir contre toutes les soi-disant fatalités en prenant nos responsabilités. Ainsi le drame de l'avortement pourra peu à peu reculer.

+ Bernard HOUSSET, Évêque de Montauban

1) Mijo Beccaria, La Croix - octobre 2000

2) Elisabeth G. Sledziewki, Le Monde - 6 octobre 2000 - « I.V.G., un dossier éthique à rouvrir »

3) Déclaration du Conseil Permanent des évêques français « respecter la vie en ses commencements » (11 octobre 2000)

 

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