Communiqué de l'Association Catholique des Infirmières et Médecins

du 8 décembre 2010

 

Le poids des mots : le débat sur le préservatif.

 

Il apparaît que la traduction faite par les éditions Bayard du morceau texte afférant à l'usage de préservatif dans l'ouvrage du pape Lumière du monde soit approximative. Notre ami le Dr Goube de la Forest s'est penché sur ce texte et l'a traduit lui-même. Dans le présent tableau de comparaison en bas de texte sont soulignés les passages pouvant donner lieu à controverses. Voici les commentaires que nous faisons.

 

A noter d'abord que les mots de not opposed in principle de la dernière question de l'auteur sont traduits par « n'est pas du tout opposée » , ce qui en change complètement le sens, car le principe est maintenu plus bas par deux fois dans le texte du pape.

 

Le mot de basis a été arbitrairement remplacé par « des cas particuliers » alors qu'il signifie « le fondement, la base ». L'usage des mots « cas particuliers » laisse accroire que le pape fait une ouverture caractérisée par une forme d'absolution à un certain nombre de personnes. En rétablissant la traduction, le sens est complètement changé. Il évoque une situation générale qu'il ne fait pas sienne, puisqu'il la dément ensuite par deux fois.

 

On remarquera surtout l'absence de traduction du mot perhaps signifiant  « peut-être ». Ce qui en pratique fait penser que le pape fait sienne l'idée de l'usage du préservatif chez les prostitués mâles. Ce « peut-être » évoque une éventualité qu'il ne reprend pas pour lui-même ; car il la dément immédiatement par deux fois.

 

Quant au dernier paragraphe, le pape stipule bien que le port du préservatif peut sembler bonne dans son intention. Mais évoquer une intention n'a jamais constitué une approbation.

 

Bayard était-il conscient des conséquences que pouvaient entraîner ces erreurs de traduction dans l'opinion publique et les média ?

 

En traduisant bien ce texte globalement, on ne voit pas en quoi il déroge à la doctrine traditionnelle de l'Eglise. Car le pape sait très bien que médicalement parlant le préservatif n'est pas une solution universelle au sida car sa protection est limitée. Tous les médecins connaissent des cas de grossesses sur préservatif. Le virus du sida étant infiniment plus petit, on voit mal comment il constituerait un obstacle à la contamination.

                                                                                                                        Dr Jean-Pierre Dickès

 

Texte anglais d'après :

An excerpt from Light of the World, Peter Seewald's book-length interview with Pope Benedict XVI

From Chapter 11, "The Journeys of a Shepherd," pages 117-119:

 

Traduction sur le site de Famille Chrétienne d'après celle de Bayard : http://www.famillechretienne.fr/livres/foi/papes-et-vatican/lumiere-du-monde-entretien-avec-peter-seewald_c6_s312_ss324_d58758.html

 

Traduit par nos soins d'après :

http://www.famillechretienne.fr/livres/foi/papes-et-vatican/lumiere-du-monde-entretien-avec-peter-seewald_c6_s312_ss324_d58758.html

 

Lumière du monde - Entretien avec Peter Seewald

 

On the occasion of your trip to Africa in March 2009, the Vatican's policy on AIDs once again became the target of media criticism.Twenty-five percent of all AIDs victims around the world today are treated in Catholic facilities. In some countries, such as Lesotho, for example, the statistic is 40 percent. In Africa you stated that the Church's traditional teaching has proven to be the only sure way to stop the spread of HIV. Critics, including critics from the Church's own ranks, object that it is madness to forbid a high-risk population to use condoms.

The media coverage completely ignored the rest of the trip to Africa on account of a single statement. Someone had asked me why the Catholic Church adopts an unrealistic and ineffective position on AIDs. At that point, I really felt that I was being provoked, because the Church does more than anyone else. And I stand by that claim. Because she is the only institution that assists people up close and concretely, with prevention, education, help, counsel, and accompaniment. And because she is second to none in treating so many AIDs victims, especially children with AIDs.

I had the chance to visit one of these wards and to speak with the patients. That was the real answer: The Church does more than anyone else, because she does not speak from the tribunal of the newspapers, but helps her brothers and sisters where they are actually suffering. In my remarks I was not making a general statement about the condom issue, but merely said, and this is what caused such great offense, that we cannot solve the problem by distributing condoms. Much more needs to be done. We must stand close to the people, we must guide and help them; and we must do this both before and after they contract the disease.

 

As a matter of fact, you know, people can get condoms when they want them anyway. But this just goes to show that condoms alone do not resolve the question itself. More needs to happen. Meanwhile, the secular realm itself has developed the so-called ABC Theory: Abstinence-Be Faithful-Condom, where the condom is understood only as a last resort, when the other two points fail to work. This means that the sheer fixation on the condom implies a banalization of sexuality, which, after all, is precisely the dangerous source of the attitude of no longer seeing sexuality as the expression of love, but only a sort of drug that people administer to themselves.

 

 

This is why the fight against the banalization of sexuality is also a part of the struggle to ensure that sexuality is treated as a positive value and to enable it to have a positive effect on the whole of man's being.

There may be a basis in the case of some individuals, as perhaps when a male prostitute uses a condom, where this can be a first step in the direction of a moralization, a first assumption of responsibility, on the way toward recovering an awareness that not everything is allowed and that one cannot do whatever one wants. But it is not really the way to deal with the evil of HIV infection. That can really lie only in a humanization of sexuality.

 

Are you saying, then, that the Catholic Church is actually not opposed in principle to the use of condoms?

She of course does not regard it as a real or moral solution, but, in this or that case, there can be nonetheless, in the intention of reducing the risk of infection, a first step in a movement toward a different way, a more human way, of living sexuality.(*)

Dans Lumière du monde, le pape revient sur la polémique qui a accompagné son voyage en Afrique en mars 2009.

Sommaire

 « La couverture médiatique a totalement ignoré le reste du voyage en Afrique sur la base d'une unique citation. Quelqu'un m'a demandé pourquoi l'Église catholique adoptait une position irréaliste et inefficace sur le sida. À cet instant, je me suis vraiment senti provoqué, car l'Église en fait plus que quiconque. Et je pars de cette affirmation. Parce qu'elle est la seule institution qui aide les gens en étant proche d'eux et de manière concrète, par la prévention, l'éducation, l'aide, le conseil et l'accompagnement. Et parce qu'elle est exemplaire pour ce qui est du traitement de tant de victimes du sida, spécialement des enfants.

J'ai eu la chance de visiter un de ces lieux et de parler avec les malades. Là est la véritable réponse: l'Église fait plus que quiconque, car elle ne parle pas depuis le tribunal des journaux, mais aide ses frères et sœurs là où ils souffrent réellement.

Dans mes remarques, je ne faisais pas une déclaration générale sur la question du préservatif, mais disais simplement, et c'est ce qui a scandalisé, que nous ne pouvons pas résoudre ce problème en distribuant des préservatifs. Il faut faire bien plus. Nous devons être au côté des gens, nous devons les guider et les aider; et nous devons le faire avant et après qu'ils aient contracté cette maladie. »

C'est un fait: partout où quelqu'un veut avoir des préservatifs, il en a à sa disposition. Mais cela seul ne résout pas la question. Il faut plus que cela. Depuis peu s'est développé, y compris dans les milieux laïques, ce que l'on appelle la théorie ABC, pour Abstinence, Be faithful, Condom (Abstinence, fidélité, préservatif), où le préservatif n'est conçu que comme un pis-aller si les deux autres éléments ne fonctionnent pas. Cela signifie que la seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité. Or, cette banalisation est justement à l'origine d'un phénomène dangereux : tant de personnes ne trouvent plus dans la sexualité l'expression de leur amour, mais uniquement une sorte de drogue qu'ils s'administrent eux-mêmes.

C'est la raison pour laquelle le combat contre la banalisation de la sexualité est aussi une partie de la lutte menée pour que la sexualité soit vue sous un jour positif, et pour qu'elle puisse exercer son effet bénéfique dans tout ce qui constitue notre humanité.

Il peut y avoir des cas particuliers, par exemple lorsqu'un prostitué utilise un préservatif, dans la mesure où cela peut être un premier pas vers une moralisation, un premier élément de responsabilité permettant de développer à nouveau une conscience du fait que tout n'est pas permis et que l'on ne peut pas faire tout ce que l'on veut. Mais ce n'est pas la véritable manière de répondre au mal que constitue l'infection par le virus VIH. La bonne réponse réside forcément dans l'humanisation de la sexualité.»

Cela signifie que l'Église catholique, sur le principe, n'est pas du tout opposée à l'utilisation des préservatifs?

«Elle ne la considère naturellement pas comme une solution véritable et morale. Dans l'un ou l'autre cas, dans l'intention de réduire le risque de contamination, l'utilisation d'un préservatif peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d'une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine.»

Peter S. - A l'occasion de votre voyage en Afrique au mois de mars 2009, la politique du Vatican devint la cible une fois encore de la critique médiatique. Vingt-cinq pour cent de l'ensemble des victimes du SIDA de par le monde sont traitées dans des établissements catholiques. Dans certains pays comme par exemple au Lesotho, la statistique est de 40 pour cent. En Afrique, vous avez déclaré que l'enseignement traditionnel de l'Eglise s'était révélé comme le moyen le plus sûr d'arrêter la propagation du VIH. Des critiques, y compris les critiques émanant des rangs-mêmes de l'Eglise objectent que c'est de la folie d'empêcher une population à haut risque d'utiliser des préservatifs. 

 

B XVI - La couverture médiatique a complètement ignoré le restant du voyage en Afrique compte tenu d'une seule déclaration. Quelqu'un m'avait demandé pourquoi l'Eglise catholique adopte une position irréaliste et inefficace en matière de SIDA. A cet instant, je me suis senti réellement provoqué, parce que l'Eglise fait plus que quiconque. Et je pars de cette affirmation. Car elle est la seule institution qui aide les gens de près et concrètement par la prévention, l'éducation, le soutien, le conseil et l'accompagnement. Et parce que c'est la seconde à traiter tant de victimes du SIDA, spécialement les enfants sidéens.

J'eus la chance de visiter une de ces salles et de parler aux patients. Ce fut cela la vraie réponse. L'Eglise fait plus que quiconque car elle  ne parle pas depuis le tribunal des journaux, mais elle aide ses frères et sœurs la où il sont effectivement en train de souffrir. Dans mes remarques je n'étais pas en train de prendre une position générale au sujet de la question du préservatif, mais essentiellement, et c'est ce qui heurta tellement les gens, sur le fait que nous ne pouvons résoudre le problème en distribuant des préservatifs. Il y a beaucoup plus à faire. Nous devons nous tenir à proximité des gens, nous devons les guider et les aider ; et nous devons faire ceci à la fois avant et après qu'ils aient contracté la maladie.

En fait, vous savez, les gens peuvent obtenir n'importe où des préservatifs lorsqu'ils en veulent. Mais ceci ne conduit qu'à montrer que les préservatifs à eux seuls ne résolvent pas la question elle-même. Il y a plus à faire. Entre temps le domaine laïc lui-même à développé la théorie dite ABC : Abstinence, fidélité, préservatif, où le préservatif n'est conçu que comme un pis-aller lorsque les deux autres éléments ne fonctionnent pas. Ceci signifie que la seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité, qui, après tout, est précisément la source dangereuse de l'attitude consistant à ne plus voir la sexualité comme l'expression de l'amour mais seulement comme une sorte de drogue que les gens s'administrent eux-mêmes.
C'est pourquoi le combat contre la banalisation de la sexualité fait aussi partie de la lutte pour faire en sorte que la sexualité soit traitée comme une valeur positive, et qu'elle puisse exercer son effet bénéfique sur tout ce qui constitue notre humanité.

 Il peut y avoir un fondement dans le cas de certains individus, comme peut être lorsqu'un prostitué masculin utilise un préservatif, où ceci peut être un premier pas vers une moralisation, une  première responsabilisation, conduisant à reprendre conscience du fait que tout n'est pas permis et que l'on ne peut pas faire tout ce que l'on veut. Mais ce n'est pas vraiment la manière de répondre au fléau de l'infection par le virus VIH. La bonne réponse réside forcément dans l'humanisation de la sexualité.»

Peter S. - Etes-vous alors en train de dire que l'Église catholique n'est pas en  principe opposée à l'utilisation de préservatifs?

B XVI - «Elle ne la considère certes pas comme une solution véritable ou morale, mais dans l'un ou l'autre cas il peut y avoir toutefois, dans l'intention de réduire le risque de contamination, un premier pas sur la voie d'une façon différente, d'une manière plus humaine, de vivre la sexualité»

 http://www.acimps.org.
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